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Culture - Culture numérique

Émotions littéraires libanaises sur YouTube

C’est une émouvante ode à Beyrouth, ville berceau de leur jeunesse, qu’adressent trois cousines, grandes lectrices, à travers une vidéo déroulant des titres d’ouvrages en langue arabe. « Aanawin Touhaki al-Hayat » (« Des titres qui parlent à/de la vie »), ou quand la nostalgie s’exprime par une poétique revue de livres partagée sur plateforme numérique.

Émotions littéraires libanaises sur YouTube

« C’est un peu notre histoire, celle de toute une génération qui a vécu en pleine jeunesse l’éclosion de la guerre », confie Leila Bissat, initiatrice de la vidéo littéraire sur YouTube intitulée Aanawin Touhaki al-Hayat (Des titres qui parlent à/de la vie) (https://www.youtube.com/watch?v=

ReMO0-IWlCQ). « Une histoire de parcours de vies qui ressemblent un peu à ceux décrits par Amine Maalouf dans son roman Les Désorientés. Nous étions une bande de cousines complices, grandes lectrices, qui se retrouvaient chez les grands-parents dans la maison familiale de Ain el-Mreisseh, ou dans celle de la montagne durant les grandes vacances. Et tout d’un coup, il y a eu la guerre. Tout s’est arrêté, tout a été chambardé. Une partie de ma famille a quitté le pays pour l’Europe, une autre pour les États-Unis. Moi, j’ai choisi de rester pour poursuivre mes études à l’AUB (Université américaine de Beyrouth). Mes cousines se sont installées à Brooklyn, où elles sont toujours établies. Mais même de loin, on a continué à échanger autour des livres… », ajoute l’ex-libraire de la rue Sadate, qui a signé avec ses deux cousines et sa fille Zahra Bissat Tabbara (qui s’est chargée du montage), cette vidéo qui a déjà récolté en deux semaines plus de 5 000 vues.

Vous l’aurez deviné, Leila Bissat et ses cousines Nada Eid Itani et Nahed Eid Yumi ne font absolument pas partie des BookTubers, ces internautes 2.0 qui partagent leurs romans coups de cœur sur la plateforme numérique. Elles ne se filment pas devant leur bibliothèque en train de présenter des livres, ne livrent pas des opinions critiques sur leurs lectures face caméra… Elles sont simplement de grandes dévoreuses de pages qui ont toujours évolué dans un univers de livres et d’émotions mêlés, au point de trouver dans l’inventaire de leurs lectures communes le dérivatif idéal à l’ennui au cours de ces derniers mois de confinement planétaire. Plutôt que d’échanger leurs photos de familles ; de reposter sur les réseaux sociaux des portraits un peu jaunis du temps de l’enfance, ce sont les souvenirs de livres lus qui ont fait naître chez elles des images évocatrices de leurs parcours de vie liés aux turbulences du destin d’un pays et d’une ville…

Et c’est de là qu’est née leur envie de partager, avec la nouvelle génération de youtubeurs-lecteurs, leur panthéon littéraire libanais dans un long poème en prose qu’elles ont composé, à partir d’une énumération d’œuvres célèbres de grands auteurs libanais et arabe.

Cette grande demeure faite de multiples maisons

Portée par le phrasé sans failles de Leila Bissat, cette ode au souffle nostalgique résonne comme un émouvant hommage à Beyrouth, berceau de leur jeunesse commune et ville muse mais aussi capitale de l’édition et de la littérature arabe.

Une succession de titres de livres qui déroulent, au fil des mots, des images de la douceur du Liban d’avant-guerre, de la tourmente de sa capitale embrasée, des sentiments d’exil et d’appartenance identitaires mêlés… Des souvenirs communs à beaucoup de Libanais qui parlent d’attachement, d’espoirs, de déceptions, de départs et de retrouvailles dans cette « grande demeure faite de multiples maisons » qu’est le pays du Cèdre que racontent aussi bien le romancier d’expression française Charif Majdalani ou l’historien Kamal el-Saliby.

Et l’on retrouve dans cette vitrine virtuelle mettant en lumière la variété et la qualité de la production littéraire et éditoriale libanaises, les empreintes d’Émilie Nasrallah, Edward Saïd, Naguib Mahfouz, Nazek Yared, Ghassan Kanafani, Élias el-Khoury, Mahmoud Darwich, Hanane el-Cheikh, Jabbour Doueihy, Rachid el-Daif, Alaa al-Aswani, Alexandre Najjar et évidemment Amin Maalouf, parmi d’autres…

Le tout intercalé d’évocations d’œuvres scéniques marquantes à l’instar de Bel nesba la boukra chou ? de Ziad al-Rahbani ou encore du prémonitoire Akh ya baladna de Chouchou joué juste avant le début des événements au Grand Théâtre…

Une vidéo, certes à l’image un peu artisanale mais aux paroles et rythmes denses et émouvants, à découvrir sur YouTube. En attendant un second volet qui inclura d’autres poètes et auteurs illustres, à l’instar d’Etel Adnan, de Nadia Tuéni ou encore de Samir Kassir, promet Leila Bissat.

« C’est un peu notre histoire, celle de toute une génération qui a vécu en pleine jeunesse l’éclosion de la guerre », confie Leila Bissat, initiatrice de la vidéo littéraire sur YouTube intitulée Aanawin Touhaki al-Hayat (Des titres qui parlent à/de la vie) (https://www.youtube.com/watch?v=ReMO0-IWlCQ). « Une histoire de parcours de vies qui ressemblent un peu à...
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