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La Hongrie lève son état d'urgence controversé

La Hongrie lève son état d'urgence controversé

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, le 11 juin 2020. AFP / Michal Cizek

Le parlement hongrois a approuvé mardi la fin de l'état d'urgence controversé instauré pour lutter contre l'épidémie de coronavirus et qui a permis au Premier ministre Viktor Orban de gouverner par décrets durant plus de deux mois, déclenchant de vives critiques internationales.

La levée de cet "état de danger" a été votée à l'unanimité des 192 députés présents, dans une assemblée largement dominée par le parti national-conservateur Fidesz de M. Orban. Elle entrera formellement en vigueur dans les prochains jours. La législation adoptée le 30 mars avait accordé de quasi pleins pouvoirs au dirigeant nationaliste, pour une durée indéterminée, le temps jugé nécessaire afin de combattre l'épidémie de nouveau coronavirus.

Budapest s'était attiré les foudres de l'opposition hongroise et les critiques de nombreux responsables européens qui ont accusé Viktor Orban de porter de nouveaux coups à la démocratie déjà malmenée dans ce pays de l'UE. Le risque d'un maintien des pouvoirs spéciaux de l'exécutif sans limite dans le temps avait été jugé sérieux. L'abrogation de l'état d'urgence est une "illusion d'optique", ont cependant dénoncé plusieurs ONG hongroises de défense des droits civils.

Lors de la session de mardi, les députés ont également adopté un texte, qui selon ces associations, autorise le gouvernement à décréter dans l'avenir un "état de crise médicale" et à légiférer par décret. Viktor Orban, coutumier des bras de fer avec les instances européennes, multiplie depuis dix ans les mesures controversées et se retrouve régulièrement épinglé pour ses attaques contre l'opposition, les médias, les universités, les ONG, les demandeurs d'asile.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'était dite "particulièrement préoccupée" par les mesures spéciales adoptées fin mars. Quatorze Etats européens avaient de leur côté alerté contre les violations de l'Etat de droit dans l'UE au motif de la lutte contre l'épidémie de Covid-19. Le gouvernement hongrois s'était estimé victime d'"une chasse aux sorcières" et d"'informations trompeuses", assurant qu'une fois le danger passé, le Parlement serait appelé à restaurer un fonctionnement législatif normal.

Crise pleinement exploitée

L'état d'urgence a été "l'une des meilleures décisions prises ces dix dernières années", s'est encore félicité récemment M. Orban, assurant que les pouvoirs accrus avaient permis au gouvernement d'agir "rapidement et efficacement contre le virus". Le Premier ministre clame que son pays mériterait des "excuses" de la part de ceux qui ont dénoncé un basculement vers l'autoritarisme.

Viktor Orban sort en "vainqueur absolu" de cette controverse, estime Agoston Mraz, directeur de l'Institut Nezopont, proche du gouvernement. "En Hongrie, une large majorité de la population est satisfaite de sa gestion de la crise tandis que vis-à-vis de l'étranger, il a gagné sa bataille contre les critiques". La Hongrie, passée par plusieurs semaines de confinement, a été relativement peu touchée par le virus avec un total de 565 décès pour un peu plus de 4.000 infections.

Parmi les plus de 100 décrets publiés depuis fin mars, plusieurs ont réduit les pouvoirs des municipalités et leurs moyens financiers au motif de combattre la pandémie. Certains continueront d'avoir des effets après l'épidémie, au grand dam des élus locaux d'opposition. En vertu d'une nouvelle disposition sanctionnant les propos "alarmistes" sur l'épidémie, la police a également enquêté ces dernières semaines sur plus d'une centaine de personnes à l'origine de critiques sur la gestion de l'épidémie.

"Le gouvernement a exploité dans toute la mesure possible les opportunités créées par l'état d'urgence et l'environnement politique", note l'institut de recherches Political Capital, qui juge que plusieurs dispositions amenées à rester en place renforcent l'influence des oligarques proches de Viktor Orban et affaiblissent les contre-pouvoirs.



Le parlement hongrois a approuvé mardi la fin de l'état d'urgence controversé instauré pour lutter contre l'épidémie de coronavirus et qui a permis au Premier ministre Viktor Orban de gouverner par décrets durant plus de deux mois, déclenchant de vives critiques internationales.La levée de cet "état de danger" a été votée à l'unanimité des 192 députés présents, dans une...