Coolitude

Quand un crack de l’informatique devient artiste chocolatier

Énergisant, réconfortant, euphorique ou péché mignon, bon pour le moral mais mauvais pour le foie, blanc, noir à 70 % voire à 100 %, le chocolat passionne sous toutes ses formes... Aujourd’hui, il est le jeu favori de scientifiques de haute volée.

La version chocolatée des chercheurs suisses. Photo Université ETH de Zürich

Le 10 mai dernier, Samy Kamkar postait sur son compte Twitter la photo d’un morceau de chocolat de sa création aux reflets irisés comme un arc-en-ciel. Pourtant, cet homme n’est pas un chocolatier mais un illustre crack américain de l’informatique. Plus précisément, un chercheur en sécurité, un pirate informatique, un lanceur d’alerte et un entrepreneur. Âgé d’à peine 34 ans, il affiche déjà une impressionnante carrière professionnelle. À 16 ans, il abandonne ses études et participe, un an plus tard, à la création de Fonality, une entreprise proposant des solutions de VoIP (Voice over Internet Protocol ou diffusion du flux de la voix sur les réseaux internet), basées sur un logiciel pour le développement duquel il lèvera plus de 46 millions de dollars en financement privé. Il devient notamment célèbre pour avoir créé et diffusé en octobre 2005 Samy, un ver informatique qui détient encore aujourd’hui le record de la diffusion la plus rapide au monde. Pour ce ver, le jeune homme avait été arrêté par les services secrets américains, en vertu du Patriot Act (loi antiterroriste). Il avait notamment été condamné à passer un an sans accès à internet.

Samy Kamkar est également connu pour divers projets qui ont démontré la vulnérabilité des réseaux informatiques, parmi lesquels SkyJack, un drone personnalisé permettant de prendre le contrôle d’autres drones, Parrot et Evercookie, dont il est fait mention dans un des documents secrets de la National Security Agency (NSA) divulgués par Edward Snowden. Le trentenaire est aussi à l’origine de plusieurs découvertes concernant des collectes de données illégales opérées par certains systèmes d’exploitation pour téléphone mobile. Il donne des conférences partout dans le monde autour de ses travaux.

Samy Kamkar, crack américain de l’informatique et chocolatier improvisé. Photo tirée du compte Instagram @hackerkamkarsamy

Un exploit ludique en chocolat

Son côté bad boy lui réussit puisqu’on le retrouve collaborant avec le prestigieux quotidien Wall Street Journal. Et en 2011, Samy Kamkar rejoint le comité de direction de Brave New Software, une organisation à but non lucratif financée par un fonds du département d’État. Elle permet aux internautes des pays vivant sous le joug de régimes répressifs d’accéder à la Toile sans faire l’objet de surveillance. À ses moments perdus, ce génie de l’informatique aime « bricoler la nourriture ». L’idée d’un chocolat « caméléon » qui scintille comme un arc-en-ciel lui est venue après avoir noté cet effet sur une plaque en plastique lors d’une rencontre de créateurs à Los Angeles. Il s’est alors demandé sur quel aliment il pourrait reproduire cet effet. Il a d’abord pensé aux bonbons durs. L’affaire étant jugée trop facile, il a rapidement opté pour le chocolat car son moelleux représentait à ses yeux un plus grand défi. Samy Kamkar livre ainsi le mode d’emploi de sa création sur son compte Twitter, précisant que chacun peut l’imiter dans sa cuisine.

À l’aide de son imprimante 3D, il a d’abord réalisé un moule à rainures en forme de champignon, une forme qu’il trouve « magique », dans lequel il a coulé le chocolat liquéfié. Dans une seconde étape, il a placé le moule dans une chambre à vide pour éviter que le chocolat ne fasse des bulles. Enfin, pour obtenir l’effet irisé recherché, il a utilisé « le concept de la diffraction de la lumière, semblable à la lumière blanche et qui, passée à travers un prisme, prend les différentes couleurs de l’arc-en-ciel ». L’essentiel à ses yeux était d’avoir réussi à obtenir un chocolat attrayant, comestible et dépourvu de tout colorant.

La trouvaille de Samy Kamkar n’est toutefois pas une première. Des chercheurs de deux grandes universités suisses, ETH à Zurich et Northwestern des sciences et des arts appliqués à Bâle, planchent depuis deux ans sur ce même sujet. Histoire pour eux aussi d’égayer leur pause-café. La petite équipe est formée de trois spécialistes : Patrick Rühs (sciences alimentaires), Étienne Jeoffroy (sciences des matériaux) et Henning Galinski (physicien). Le trio a même présenté un brevet relatif à la fabrication de chocolats iridescents sans additifs en vue de leur mise sur le marché. Mais il bute sur un obstacle de taille : convaincre les aficionados de chocolat que les surfaces azurées qu’ils vont croquer ne sont pas du papier aluminium. Ils peuvent peut-être compter sur le calcul de l’écrivain américain John Tullius qui affirmait : « Neuf personnes sur dix aiment le chocolat. La dixième ment. »


Le 10 mai dernier, Samy Kamkar postait sur son compte Twitter la photo d’un morceau de chocolat de sa création aux reflets irisés comme un arc-en-ciel. Pourtant, cet homme n’est pas un chocolatier mais un illustre crack américain de l’informatique. Plus précisément, un chercheur en sécurité, un pirate informatique, un lanceur d’alerte et un entrepreneur. Âgé d’à peine 34...

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