édito

Salah...

À la mort de Georges Schéhadé, Salah Stétié publia dans L’Orient-Le Jour un hommage à son ami, simplement intitulé : « Georges… ». Ce qui unissait les deux hommes, à part la poésie et l’amour de la langue française, c’est le fait que Schéhadé cofonda dans les années 1920 L’Orient littéraire, repris en 1956 par Salah Stétié qui s’en occupa admirablement jusqu’à sa nomination en 1961 au poste de conseiller culturel à Paris... À notre tour de rendre un hommage appuyé à M. Stétié qui donna à ce supplément littéraire une dimension internationale et nous céda la collection complète, aujourd’hui introuvable, des numéros parus sous sa direction.

 

J’ai consacré dans mon Dictionnaire amoureux du Liban une entrée à Salah Stétié, et ce n’est que justice : né dans une famille sunnite de Beyrouth en 1929, il intégra l’École supérieure des lettres, puis poursuivit ses études à Paris où il rencontra les grands écrivains de son temps. Poète exigeant et hermétique, il publia de nombreux recueils poétiques, mais aussi plusieurs essais – où il aborde aussi bien la culture arabe (dont des textes sur Mahomet, les mystiques, Gibran, l’art islamique, les Médinas...), que la culture française (Rimbaud, Mallarmé, Hugo...) repris dans ses Œuvres complètes parues dans la prestigieuse collection « Bouquins » chez Robert Laffont. Ses Mémoires, publiés en 2014 sous le titre L’Extravagance, ont retracé son parcours d’écrivain et de diplomate, et constituent un témoignage à la fois intime et mordant sur son époque. Parvenu au crépuscule de sa vie, l’auteur s’y interroge sur « l’aube du néant » et s’attend à ce que « la main de la mort » mette « un point final » à son itinéraire. Or, il n’y a pas de point final dans l’itinéraire d’un artiste qui survit grâce à son œuvre. « Chaque mot écrit est une victoire contre la mort », affirmait Michel Butor. Stétié a beaucoup écrit, c’est donc qu’il restera vivant, pour nous rappeler le « fruité » de la langue de Molière, l’importance de la poésie, « cette eau des profondeurs », dans notre société matérialiste, la nécessité d’un islam éclairé et la spécificité du « Liban pluriel » qu’il a aimé et servi…

Une nuit, à Beyrouth, Schéhadé et Stétié furent arrêtés à un barrage et emmenés ensemble au poste de police par les gendarmes qui ne les avaient pas reconnus. « Georges Schéhadé et Salah Stétié inconnus dans leur propre pays », avait alors titré L’Orient. La postérité sera moins inculte : l’un et l’autre siègent désormais au panthéon de la Francophonie.



À la mort de Georges Schéhadé, Salah Stétié publia dans L’Orient-Le Jour un hommage à son ami, simplement intitulé : « Georges… ». Ce qui unissait les deux hommes, à part la poésie et l’amour de la langue française, c’est le fait que Schéhadé cofonda dans les années 1920 L’Orient littéraire, repris en 1956 par Salah Stétié qui s’en occupa admirablement...

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