Rencontre

Noor Tehini : Je fais confiance à l’univers

De la politique à l’édition, en passant par la mode, Noor Tehini est enfin arrivée à bon port, en créant en janvier 2018 une plateforme dédiée au bien-être émotionnel, physique et psychologique des femmes et qu’elle a naturellement baptisée « Goodness ».

Noor Tehini, au nom de toutes les femmes. Photo DR

Lorsqu’on cherche la traduction en français du mot goodness, de nombreuses options se présentent et finalement, elles vont toutes bien avec la démarche de Noor Tehini, qu’elle désire « humble, franche et sincère ». Quatre mots au choix : bonté, valeur, qualité, le bien-être en somme. Celui, essentiellement, des femmes d’un Moyen-Orient chargé de tabous, qui ont grandi dans un environnement, une culture et une éducation où le mot aaïb, « c’est honteux », était sur toutes les lèvres. Tabous du corps, de l’âme de ces femmes qui ont toujours été forcées de se taire, de culpabiliser, de répondre à l’éternelle remarque « tu as (encore) pris du poids » que leurs mères, d’abord, puis leurs copines leur lançaient, presque nonchalamment, mais toujours cruellement.

C’est d’abord son parcours personnel, l’intolérance du regard des autres sur son physique un peu rond qui a, sans doute, tracé son chemin, inconsciemment, dans l’esprit de cette femme aujourd’hui parfaitement épanouie. « Pour bien des raisons, confirme-t-elle, mon parcours professionnel a été mon parcours personnel. Je souhaite surtout procurer aux femmes ce dont j’ai eu moi-même besoin, que ce soit l’acceptation de mon corps ou juste le sentiment que nous ne sommes pas seules. »


Noor Tehini, au nom de toutes les femmes. Photo DR

Noor Tehini, l’aînée de trois enfants, est née à Londres, « mes parents ont, chacun, quitté le Liban pendant la guerre civile et se sont rencontrés là-bas ». Après Paris et l’Algérie, alors qu’elle n’a que 4 ans, la famille s’installe à Abou Dhabi. « J’adorais écrire et je dévorais livre sur livre », poursuit-elle. Ce sont d’abord des études dans le domaine juridique et politique qui l’interpellent, « j’ai toujours voulu m’impliquer dans un travail régional et global ». Très vite, après avoir passé un été en stage à CNN et un autre à l’Unesco, à Paris, elle réalise que la carrière politique ne la tente pas, « trop frustrant, trop obscur ». « Avant de décrocher mon master, précise-t-elle, j’avais commencé à travailler à Hachette UK. Durant trois ans, j’ai découvert et aimé tout le processus de l’édition. » En 2012, avec deux diplômes et un CV chargé, Noor Tehini retrouve sa destination de cœur, les Émirats arabes unis et Dubaï. C’est là qu’elle atterrit dans l’édition d’un magazine, Savoir-Flair, et donc en plein cœur du domaine de la mode dont elle ne connaissait pas grand-chose. En un mois, elle en apprend les rudiments et devient rédactrice en chef. « Je ne me suis jamais inquiétée, je crois aux signes et aux belles rencontres qui accompagnent notre chemin. Je fais confiance à l’univers, je ferme mes yeux et je saute. C’est ainsi que j’ai pris les plus grandes décisions de ma vie. »

Ces premières années étaient « belles et enrichissantes». « J’en adorais le glam et les paillettes. Mais au gré des années, je commençais à en voir les limites et à tomber en désamour pour l’industrie, les acteurs, les messages qu’elle véhiculait, et toute cette société de consommation qui gravitait autour. Mes désordres alimentaires m’ont rattrapée encore plus violemment, dans mes tentatives, surtout, de ressembler à toutes ces femmes des magazines et celles que je côtoyais durant les semaines de la mode. C’était insupportable », confie-t-elle en toute franchise.

De nombreuses interrogations, « essentielles », la rattrapent aussi, « je me suis demandé si mon impact sur la condition des femmes était le bon. Il m’a paru évident que je faisais le contraire de ce en quoi je croyais ». C’est ainsi qu’elle partage avec la rédactrice en chef de Savoir-Flair, Hale Nea, la décision de partir, et celle de fonder Goodness. « Elle a compris. Nous l’avons créée ensemble. »

La parole aux femmes

« Goodness est née de la nécessité de donner leur vraie valeur aux femmes. Changer le concept de bien-être, qui se limitait aux deux mots “nutrition et fitness”, et y intégrer une autre dimension, qu’elle soit émotionnelle, physique ou spirituelle. Les encourager à parler de tout ce qui les affecte dans leur vie, leur couple, leur maternité, leur sexualité et leur équilibre psychologique. Cette plateforme a été créée pour leur donner la parole et les mettre en contact les unes avec les autres, et partager leurs interrogations, leurs expériences pour se débarrasser de ce fameux aaïb. Aaïb de parler de ses problèmes conjugaux, aaïb de parler de son corps, de ses désirs ou de ses non-désirs. » Outre le site qui publie régulièrement des articles sur le sujet, des témoignages, comme d’abord celui de Noor Tehini, leur compte Instagram, et des événements et autres talks, les deux fondatrices ont démarré les Goodness podcasts « pour mieux s’adapter aux habitudes des gens qui changent vite et qui, aujourd’hui, aiment moins lire, plus écouter et nous réinventer ».

Profitant autant qu’il est possible de ce confinement, Noor Tehini en a tiré le meilleur, « une occasion de relâcher le stress, apprendre à rester avec ses émotions et se faire du bien ». Pour elle, le passage obligé a été l’écriture et la poésie, les meilleurs remèdes contre les émotions négatives. « Je suis également en train de travailler sur un autre projet personnel, avec des Libanais. C’est important pour moi d’aider ce pays auquel j’appartiens, autant que je le peux… Je ne peux rien dire de plus, le lancement est prévu à l’automne, si tout va bien. » Car tout ira bien, a-t-elle certainement pensé.


Lorsqu’on cherche la traduction en français du mot goodness, de nombreuses options se présentent et finalement, elles vont toutes bien avec la démarche de Noor Tehini, qu’elle désire « humble, franche et sincère ». Quatre mots au choix : bonté, valeur, qualité, le bien-être en somme. Celui, essentiellement, des femmes d’un Moyen-Orient chargé de tabous, qui ont...

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