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Nos lecteurs ont la parole

Promesses de réformes : paillettes et pacotilles

« La politique est la seule industrie au Liban, elle fait bien vivre des gens, elle en tue quelques-uns »

Thierry Desjardins

Je ne m’étalerai pas sur le sujet de la pandémie, tout ou presque a été dit et décortiqué ; les savants, les chercheurs, les donneurs de leçons, les scénaristes de grands stratagèmes, les écolos, les paranos, les résignés, les disciplinés, les kamikazes, ceux qui fabriquent et entreprennent et ceux à qui cela profite, ceux qui savent et ceux qui sont confus, ceux qui soignent et ceux qui meurent, les dévots et les impies, les drôles et les râleurs… Tout ou presque.

Cette épreuve, nous nous en sortirons, sans doute ; avec beaucoup de méfiance, avec un tas de bonnes résolutions comme pour un 1er janvier, plus prudents, plus nerveux, plus sceptiques, mais nous nous en sortirons.

Par contre, c’est à l’hémorragie nationale qu’il faudra survivre.

Les artères cardiaques et urbaines des Libanais sont sectionnées, les jets sont saccadés, la fureur n’est plus contenue et le pronostic vital va bientôt être enclenché.

La faim ne connaît ni foi ni loi, c’est une douleur lancinante pour qui en souffre ; quand elle se répand sur tout un peuple cela devient une plaie béante. Ni garrots ni compression, plus rien n’y fera.

C’est un malheur. Comme ces grands malheurs que l’humanité a connus depuis la nuit des temps.

Et quand l’on diagnostique une hémorragie cérébrale, interne ou externe, seule une célérité efficace et radicale peut, peut-être, sauver ce grand malade qu’est le peuple du Cèdre.

Chaque instant compte !

Or notre destin nous a donné, nous Libanais, à subir en une seule vie plusieurs guerres dont certaines honteusement fratricides, des dévaluations, des privations, des punitions, des humiliations ; des instants, des minutes, des jours, que dis-je, des années précieuses se sont écoulés sans interventions salvatrices !

Sclérosés, passifs ou impuissants, guidés ou dominés, révoltés ou soumis, nous saignons tous ! Dans nos entrailles, viscéralement, abondamment ! Nous saignons, la désolation se mêle au flot. En perdant pied nous nous débattons comme engloutis dans une noyade profonde ! Asphyxiés !

Subies aussi, des gangrènes qui ont mené à des amputations de liens familiaux, des départs, des fractures, des dépôts de bilans, des revers de modestes fortunes, des affronts de toutes sortes, des viols répétitifs de notre dignité ; toutes les veines jugulaires qui forment un peuple sont atteintes !

Il y a urgence !

Mais dans la salle attenante à notre souffrance siègent de faux Arabes, aux allures qui se veulent occidentales, trop mendiants/marchands, trop obséquieux, des pervers narcissiques au profil reptilien qui tergiversent et discutent du sexe des anges, en se détournant ostensiblement de la Colère qui gronde. Il serait intéressant d’observer leur langage du corps, qui souvent les trahit.

Garrots, ligatures, prise du pouls populaire, pansements, rien n’est prévu au calendrier de sauvetage dont ils se targuent les uns après les autres, mandat après mandat.

Pire, profitant du confinement (et nous ne sommes pas novices en matière de confinement, puisque l’organisation civile a vite pris le relais) ils ont eu le culot de voter des lois inutiles, d’imposer des décisions à la « va-comme-je-te-pousse », des réunions pour rien, des tours de passe-passe acrobatiques défiant tout observateur, dérobations et autres recels savants, des déclarations stériles, des alliances sournoises et cupides, qui ne font qu’alimenter la rancœur et le cataclysme qui nous guettent.

Diaboliser ; sacraliser les ego leurs armes et leurs partisans ; intoxiquer les cerveaux pour mieux servir du réchauffé ; afficher une rigidité glaciale face au désarroi rampant ; balayer d’une main indifférente les râles de l’agonie : « Qu’on leur donne des biscuits… Mais demandez d’abord de quel bord ils sont et pour qui voteront-ils ? » font-ils dire à leurs sbires.

Dépenser, prêter, dilapider, se servir copieusement sans scrupules, bien au-delà des petits et moyens épargnants, au-delà des économies de nos émigrés, notre seule manne depuis longtemps, et bien plus encore… Ils n’en étaient plus à compter, faux grands princes ! Faux grands airs !

Infliger moult gifles, faire avaler couleuvres, aspics, pilules létales. Demandez le programme !

Puis se poser en victimes éplorées, puis se rejeter les maladresses et les affronts ; jongler avec des susceptibilités exacerbées et des bouderies puériles et débiles, trouver un bouc émissaire qui paiera pour tout le monde, le biffer du paysage, ou l’envoyer ad patres, le pleurer derrière le convoi funéraire, et en refaçonner un autre plus docile ou moins connu, du sang neuf quoi !

Mot d’ordre : pas de compassion !

Mendier surtout, auprès de nations qui voulaient bien croire en ce Liban, mais qui, elles, ont bien compris que les promesses de réformes n’étaient que paillettes et pacotilles et que leurs généreuses oboles ont fondu comme neige au soleil. Adieu l’aumône !

À force d’utiliser Dieu pour des querelles intestines, il semble qu’il s’en soit détourné, lui aussi dépité et désespéré. Que les prêcheurs, saints, prophètes et incantateurs prennent la relève ! Leur encens achèvera de nous aveugler et étouffer !

Tout cela c’était sans compter la déferlante humaine, belle, puissante, hurlante, et désormais violente, n’ayant plus rien à perdre !

Le chaudron était déjà brûlant. « Avoir faim d’honneur est aussi une faim. »

Oui, nous vous vomissons, hypocrites et serviles. Oui, notre envie de vous pulvériser est latente.

Notre rugissement aura gain de cause et vous nous devrez tellement de repentir, pour que chaque larme, chaque goutte de sang ait servi à faire renaître une nation, 100 ans après, en mieux, en mille fois mieux. Autrement. Sans vous.

« Pitié pour la nation divisée, dont chaque partie revendique pour elle-même le nom de la Nation. » À lire et relire, le Jardin du Prophète de notre Gibran Khalil Gibran.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

« La politique est la seule industrie au Liban, elle fait bien vivre des gens, elle en tue quelques-uns » Thierry DesjardinsJe ne m’étalerai pas sur le sujet de la pandémie, tout ou presque a été dit et décortiqué ; les savants, les chercheurs, les donneurs de leçons, les scénaristes de grands stratagèmes, les écolos, les paranos, les résignés, les disciplinés, les kamikazes, ceux qui fabriquent et entreprennent et ceux à qui cela profite, ceux qui savent et ceux qui sont confus, ceux qui soignent et ceux qui meurent, les dévots et les impies, les drôles et les râleurs… Tout ou presque. Cette épreuve, nous nous en sortirons, sans doute ; avec beaucoup de méfiance, avec un tas de bonnes résolutions comme pour un 1er janvier, plus prudents, plus nerveux, plus sceptiques, mais nous nous en sortirons.Par...
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