Édito

Charognards

On connaissait les vautours de la politique libanaise, ceux qui, non contents d’avoir dépecé le pays, en ont siphonné les caisses, ceux qui s’estiment intouchables tant que la main brandissant le glaive de la justice censé s’abattre sur eux pour les punir et nous restituer l’argent volé, est retenue par des dirigeants fourbes et complices qui, selon l’expression évangélique consacrée, « disent et ne font pas » (Mt 23:3).

À cette race de rapaces bien identifiée est venue s’ajouter une nouvelle : celle des spéculateurs et des profiteurs de la crise économique et de l’épidémie du coronavirus. « Capables de faire des dominos avec les os de leur père », selon la formule terrible de Balzac dans Le Père Goriot, ils sucent le sang de la population libanaise, déjà affaiblie et privée de ses dépôts bancaires, en manipulant le taux de change au risque de réduire à néant les salaires ou retraites, et en multipliant de manière aussi vertigineuse que scandaleuse le prix des produits de consommation par une sorte de connivence dans la cupidité entre importateurs, producteurs et commerçants !

Certes, ce phénomène n’est pas nouveau puisque, par application du fameux proverbe anglais « Where there's muck there's brass », cette racaille a prospéré durant les deux guerres mondiales (souvenons-nous que la responsabilité de la Grande famine au Liban, entre 1915 et 1918, incombe en partie aux profiteurs et usuriers qui n'ont pas hésité à exploiter la situation pour s'enrichir, contribuant ainsi à l'aggravation de la crise) et, bien sûr, pendant notre « guerre civile » de triste mémoire (où nous avons eu droit à un marché noir florissant et à toutes sortes de trafics, initiés ou couverts par les milices et mafias locales). Mais force est de constater que ces charognards-là sévissaient en période d’anarchie et de vide étatique, alors que les abus actuels sont commis en temps de paix, sous les yeux d’un pseudo-État qui a visiblement renoncé à exercer ses prérogatives, bien que l’arsenal législatif et répressif lui permette aisément de défendre le consommateur et châtier tout contrevenant...

Pour mettre un terme immédiat à cette criminelle mascarade, nous exhortons la Garde des Sceaux à former sans tarder, en accord avec le Parquet et les ministères concernés, une task force destinée à prendre toutes les mesures qui s’imposent. Car en l’absence de garde-fous adéquats, notre économie sinistrée risque fort de plonger dans un gouffre sans fond !

Alexandre Najjar


On connaissait les vautours de la politique libanaise, ceux qui, non contents d’avoir dépecé le pays, en ont siphonné les caisses, ceux qui s’estiment intouchables tant que la main brandissant le glaive de la justice censé s’abattre sur eux pour les punir et nous restituer l’argent volé, est retenue par des dirigeants fourbes et complices qui, selon l’expression évangélique...

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