Des juges et personnels de la Cour suprême israélienne lors d’une session, le 4 mai 2020, pour discuter de l’accord Netanyahu-Gantz. Abir Sultan / AFP / Pool
La Knesset (Parlement israélien) a entamé hier un débat marathon sur l’accord de gouvernement conclu entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son ex-rival électoral Benny Gantz, dont la légalité a été contestée jusque devant la Cour suprême.
Les parlementaires ont jusqu’à jeudi soir pour entériner cet accord destiné à mettre fin à la plus longue crise politique de l’histoire d’Israël, qui a connu trois élections en moins d’un an sans qu’aucun des deux chefs de parti ne parvienne à former un gouvernement.
Devant l’impasse et la crise du nouveau coronavirus, M. Gantz a récemment tendu la main à M. Netanyahu, et les deux camps ont convenu d’un gouvernement d’urgence et d’union avec un partage du pouvoir pour les trois prochaines années.
Hier, les députés débattaient de l’accord, qui fait l’objet d’un millier de demandes de modification, a précisé le Parlement dans un communiqué. Les parlementaires devaient débattre jusqu’à environ minuit hier, pour reprendre leurs échanges ce matin. Le vote doit, lui, commencer à 16h00 mercredi et s’étendre sur plusieurs heures, a indiqué un porte-parole du Parlement qui a fait état de possibles changements d’horaire à tout moment.
Yaïr Lapid, ancien allié politique de M. Gantz, a fustigé l’accord et l’a contesté devant la Cour suprême qui doit se prononcer dans les prochains jours sur sa légalité. « Si je vous avais dit il y a trois mois que Gantz se battrait devant les tribunaux pour le droit de Netanyahu à exercer ses fonctions avec trois graves inculpations (corruption, malversation, abus de confiance), vous m’auriez dit que j’ai perdu la raison », a-t-il dit hier.
M. Lapid, chef du parti centriste Yesh Atid, a d’ailleurs remis en cause l’idée d’un gouvernement d’urgence pour affronter la crise coronavirus, Israël ayant déjà entamé le déconfinement.
L’accord prévoit que M. Netanyahu sera reconduit à son poste pendant les 18 premiers mois puis M. Gantz deviendra à son tour Premier ministre pour une période équivalente. Les postes de ministres seront partagés équitablement entre les deux camps qui s’engagent aussi à discuter à partir de juillet d’une annexion par Israël de la vallée du Jourdain et des colonies juives en Cisjordanie occupée.
Mais le pacte signé il y a deux semaines compte de nombreux détracteurs pour qui certaines clauses ne respectent pas les Lois fondamentales du pays, l’équivalent de la Constitution.
Outre l’impossibilité, selon eux, pour un élu inculpé de diriger un gouvernement, ils pointent du doigt la tenue d’élections prévues dans trois ans, alors que la loi prévoit une mandature de quatre ans ou le gel des nominations à la tête des services publics pour six mois.
Selon les opposants, la loi israélienne permet à un Premier ministre de rester en fonctions malgré une inculpation criminelle, mais pas de diriger un nouveau gouvernement.
Dans une allocution lundi soir, M. Netanyahu a soutenu qu’une intervention judiciaire « irait à l’encontre de la volonté du peuple », son parti, le Likoud, ayant remporté le plus grand nombre de sièges (36) lors des élections du 2 mars dernier.
Si l’accord est invalidé par la Cour suprême ou le Parlement, les Israéliens seront de nouveau appelés à voter pour un 4e scrutin depuis avril 2019. La cour pourrait aussi choisir d’invalider seulement certaines dispositions du pacte, ce qui forcerait les partis à le modifier rapidement, voire à l’abandonner en cas de désaccords.
Durant le week-end à Tel-Aviv et Jérusalem, des manifestants ont exprimé leur opposition au texte, tout en respectant pour la plupart les mesures de distanciation sociale et en brandissant des drapeaux noirs pour signifier la « mort » de la démocratie israélienne.
Source : AFP


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