La dégradation de la situation financière a poussé les Libanais à investir dans l’immobilier pour tenter de sauver leur épargne. La dynamique a démarré à la mi-novembre 2019. La panique des épargnants a été alimentée par les rumeurs d’une possible ponction des dépôts bancaires mais surtout par l’interdiction des transferts vers l’étranger, l’effondrement de la livre libanaise par rapport au dollar et les restrictions des retraits en devises.
Ainsi, depuis cinq mois, tout s’est vendu. Que ce soit des appartements, des bureaux, des immeubles ou des terrains. Seules les fonds de commerce ont semblé moins recherchés. Selon nos estimations, le total des ventes pour l’ensemble du Beyrouth municipal se situerait autour de 1,5 milliard de dollars.
Le montant des ventes totaliserait près de 500 millions de dollars au centre-ville. De 50 à 75 appartements, principalement à Minet el-Hosn, auraient changé de main. De son côté, Solidere a vendu plusieurs parcelles à Saifi Village et sur le remblai du Normandy où se trouve la plus importante réserve foncière de la capitale. Certaines ventes ont été au-delà de 50 millions de dollars. Des immeubles de bureaux dans le secteur Foch-Allenby ont également trouvé preneur.
Les transactions foncières sont restées limitées jusqu’à février 2020. Depuis, les choses se sont accélérées et plusieurs ventes ont été observées. Plus de 45 millions de dollars ont été vendus à Ras Beyrouth. Le secteur de la corniche du Fleuve a également attiré des investisseurs. La quasi-totalité des ventes ne vient pas de promoteurs. Les acheteurs sont des novices dans l’immobilier.
Parallèlement, plusieurs centaines d’appartements ont changé de propriétaires. La soudaine demande a été un petit miracle pour les immeubles qui avaient des unités invendues. Certains ne parvenaient plus à vendre et parfois depuis plusieurs années.
L’appétit des acheteurs a permis à certains promoteurs d’éponger leurs dettes en quelques semaines. Que ce soit à Verdun, au centre-ville, à Clemenceau et à Gemmayzé, de nombreux logements se sont vendus. La demande des investisseurs s’est surtout focalisée vers des quartiers qui disposaient de produits au-delà de 3 000 dollars le m². L’intérêt pour des secteurs dits « populaires » était limité.
La stratégie des investisseurs a été multiple. Certains ont acheté des appartements pour y habiter, ou pour les léguer à leurs enfants. D’autres ont investi dans un bien pour le mettre sur le marché locatif. Cela explique l’abondance actuelle de biens à la location alors que la demande est au ralenti.
La multiplication de la demande associée au fait que de moins en moins de propriétaires acceptent dorénavant des chèques bancaires ont entraîné une soudaine hausse des prix. Tant que la demande actuelle ne sera pas comblée, l’évolution des prix ne changera pas.


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