Le drapeau américain flotte dans le centre Wilmington d’extraction de pétrole au sud de Los Angeles, en Californie, aux États-Unis, le 21 avril 2020. Frederic J. Brown/AFP
L’incursion des prix du baril de pétrole nord-américain en territoire négatif est imputable à des phénomènes de marché ponctuels, même si la pandémie de coronavirus et la guerre entre grands pays producteurs laissent augurer des cours durablement bas. À première vue, le chiffre défie le bon sens : lundi à New York, le baril de pétrole a clôturé à -37,63 dollars. En clair, les vendeurs en étaient réduits à payer les acheteurs pour écouler leur brut. Ce phénomène vaut cependant d’être décortiqué.
Déjà, cet effondrement historique ne concerne que la variété dite « WTI » (West Texas Intermediate) qui sert de référence sur le marché américain alors que pour l’Europe c’est la variété « Brent » de la mer du Nord qui détermine les prix. Or le Brent, même attaqué, reste lui pour l’instant autour de vingt dollars. La raison provient essentiellement de l’importante production américaine de pétrole, notamment de schiste, et de la constitution d’énormes réserves dans le terminal de Cushing (Oklahoma) qui débordent face au ralentissement brutal de l’économie américaine en raison de l’épidémie de coronavirus. En clair : les vendeurs de brut non seulement ne trouvent plus d’acheteurs, mais peinent même à stocker le surplus, d’où le dérapage de lundi. Par ailleurs, le prix « négatif » exige d’explorer les mécanismes assez techniques du marché pétrolier, le plus souvent inconnus du grand public.
Mécanismes de marché
Le marché du pétrole est ce que l’on appelle un marché « à terme » : les prix se négocient plusieurs semaines à l’avance en fonction d’échéances de livraison fixes. Ce sont donc moins des barils physiques qui s’échangent que des contrats adossés au pétrole lui-même. Ce mécanisme, conçu au départ comme une assurance contre les mouvements de prix, est devenu matière à spéculation. En ce début de semaine, les contrats sur le brut devant être livré en mai arrivent à expiration et les spéculateurs se voient lundi bien obligés de prendre possession du pétrole qu’ils ont déjà acheté. Ne pouvant le stocker, ils ont préféré dédommager leur « contrepartie » du contrat en payant pour annuler l’achat, d’où le prix négatif. « Comme le WTI doit être physiquement livré et qu’il coûte cher d’accéder aux réservoirs, le coût du stockage en mai dépasse la valeur intrinsèque du pétrole pour ce même mois », souligne Stephen Innes de Axi Trader. « À moins d’une intervention coordonnée, le contrat de juin pourrait perdre toute valeur également » ajoute-t-il. Mardi vers midi, ce contrat sur le WTI devant être livré en juin cotait autour de 16 dollars, et était lui-même en forte baisse.
Derrière ces soubresauts de court terme à l’apparence absurde, ce sont bien des mouvements de fond qui agitent le marché du pétrole. En particulier la guerre entre producteurs. La Russie et l’OPEP – et plus particulièrement l’Arabie saoudite, chef de file du cartel – se livrent depuis deux mois à une surenchère de production qui tire les prix vers le bas depuis début mars. Un accord sur une réduction de la production intervenu depuis n’est pas parvenu à l’enrayer, la récession économique mondiale entraînant une baisse de la consommation. Avec des avions cloués au sol, des usines au ralenti, des voitures au garage pour cause de propriétaires confinés, la demande est en effet déprimée, certainement pour un moment.
Plusieurs pays membres de l’OPEP et d’autres producteurs de pétrole extérieurs à l’organisation se sont entretenus hier, lors d’une téléconférence, et « ont réitéré leur engagement à ajuster la production de pétrole » selon les termes de l’accord scellé le 12 avril visant à réduire l’offre de 9,7 millions de barils par jour à partir du mois de mai, a précisé dans une série de tweets l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Donald Trump, le président des États-Unis, a quant à lui promis mardi de venir en aide à la filière en débloquant des fonds pour garantir les emplois et les entreprises, sans toutefois en préciser le volume.
Jean-Louis Doublet/AFP


QUAND ON A DU FUEL CHARGE SUR DES NAVIRES EN ROUTE VERS LEURS DESTINATIONS DE DECHARGEMENT ET QUE DANS CES DESTINATIONS IL N,Y A PLUS POSSIBILITE DE STOCKAGE POUR EVITER DE PAYER DES SURESTARIES JOURNALIERES ENORMES LES IMPORTATEURS PAIENT DE L,ARGENT A DES ACHETEURS PROBABLES DANS DES PAYS OU IL Y A POSSIBILITE DE STOCKAGE POUR S,EN DEBARRASSER. SI SIMPLE QUE CA.
07 h 33, le 22 avril 2020