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Lifestyle - Décalé

Des racines et des poils... Le défi de l’esthétique en temps de confinement

Botox, teinture, petits et grands soins... La routine beauté bouleversée en ces temps de coronavirus.


La coquetterie, indispensable, même en temps de coronavirus. Photo bigstock

Coup de chance au Liban : a priori, nous n’allons pas manquer, dans un avenir proche du moins, de masques, gants, gel hydroalcoolique et eau de javel ! Question désinfection et protection face au coronavirus, nous sommes parés. Mais question beauté... Nos pots de crèmes précieuses se vident, alors que coiffeurs, esthéticiennes, barbiers et chirurgiens plastiques sont aux abonnés absents. Dans ce contexte, comment cacher ces racines blanches, comment arranger ces ongles qui poussent, cette barbe qui s’allonge, le poil et le cheveu semblant totalement hermétiques à la notion de ralentissement du temps en confinement. Comment, en un mot, assurer notre routine beauté quand tous les lieux de jouvence sont fermés ? Depuis le jour où le gouvernement a instauré le « stay home », nous vivons dans une nouvelle réalité. Femmes comme hommes. Car les soins capillaires et ceux du visage ne sont pas seulement une affaire de femmes. Prendre soin de soi au masculin n’est plus un tabou. Ils sont de plus en plus nombreux, au sein de la gent masculine, à se faire botoxer, injecter de l’acide hyaluronique, teindre les cheveux, à se tartiner le visage, et à témoigner d’un appétit marqué pour la cosmétique conçue pour le rasage et le soin de la barbe. Selon le cabinet d’études Euromonitor International, le marché mondial des soins pour hommes devait atteindre en 2020 les 60,7 milliards de dollars.

Michel Sabbagh, dermatologue, est catégorique quand on lui demande si, par hasard, il officierait tout de même ces jours-ci : « Vous rigolez ! Je suis bien sûr confiné ! » Le médecin assure toutefois être prêt à répondre aux urgences, dans les cas de « cancer de peau (mélanome), eczéma, champignons... ». « Mais pas pour un nettoyage de peau ou une autre coquetterie du genre, pas question ! »

Or pour ceux qui, du fond de leur confinement, enchaînent les conférences téléphoniques ou rendez-vous sur Zoom, les apparences comptent toujours.

Ce n’est pas auprès de Carole Hakim, dermatologue spécialisée dans les maladies de peau, que les accros aux soins purement esthétiques trouveront non plus leur salut. La docteure Hakim pratique la téléconsultation. Par conséquent, adieu botox, injections hyaluroniques et autres traitements au laser. À travers un vidéo call, elle traite les problèmes cutanés, établit un diagnostic et prescrit le traitement à suivre. Son conseil : « Même pour un petit bobo n’hésitez pas à appeler votre médecin. Il ne faut pas penser que ça va passer et attendre. Une petite anomalie cutanée est susceptible de générer de graves complications qui nécessiteront peut-être d’aller aux urgences ou une hospitalisation. Ce n’est pas le moment de faire passer sa santé au second plan. »

Dites docteur, vous faites des injections de botox ?

Pour le docteur Paul Audi, chirurgien esthétique et plastique, c’est bien le moment de reporter, conformément à la demande formulée par l’ordre des médecins, toutes les interventions chirurgicales « non urgentes ». « Il faut libérer les lits de réanimation postopératoire et réserver les gants et les masques en priorité aux soignants qui entrent en contact direct avec les malades du Covid-19 », martèle-t-il.

Si les opérations esthétiques sont donc reportées, le Dr Audi ne chôme pas pour autant. « Les chirurgies reconstructives sont maintenues », précise-t-il. Redresser le nez d’une jeune fille qui s’est pris la porte vitrée de plein fouet, reconstruire le mollet d’une autre mordue par un chien ou le sein d’une patiente victime d’un cancer... Tout ceci est toujours d’actualité. Et les injections de botox ? « J’en fais surtout pour réduire la fréquence des migraines chroniques... » répond le médecin. Du coup, faut-il, en ces temps de confinement, se résoudre à vivre avec un visage un peu déglingué ? « Mais non, nourrissez soigneusement votre peau ! Vous trouverez de bons produits en pharmacie, exfoliants, masques, crèmes de soin. Et puis pensez à votre alimentation ! » lance le docteur. Retour au bon sens donc.

Le moment idéal pour une opération en toute discrétion ?

Il est un chirurgien esthétique, toutefois, qui continue d’officier en ces temps de mobilisation générale anticoronavirus. Sans surprise, il tient à garder l’anonymat. Depuis que la crise du coronavirus a commencé à Beyrouth, plusieurs personnes ont fait appel à ses services, profitant ainsi du lock down pour se faire opérer et récupérer discrètement chez elles, confie-t-il. « Profiter du confinement pour s’embellir, pourquoi pas ! Je comprends ce souhait et je ne refuse pas les rendez-vous », dit-il.L’on a eu vent, aussi, de ces coiffeurs qui font entrer clientes et clients à la sauvette par la porte de derrière, pour une couleur et un petit rafraîchissement de la coupe. Certains, pour plus de discrétion encore, se rendent, gantés et masqués, chez leurs clientes les plus fidèles, pour cacher ces racines qui plombent le moral ou rattraper une frange (mal) coupée à la maison.

À la télévision, les publicitaires ont aussi pris le pli. En ces temps de confinement, les marques proposant des bandes dépilatoires s’engouffrent dans la brèche du « Faites-le vous-mêmes ».Cette situation, évidemment, inspire un humour sur mesure. Parmi la foule de blagues qui circulent, celle-ci : un père lance à son fils : « Bon Dieu, rase-toi donc la barbe, habille-toi et coiffe-toi. » Et s’entend répondre : « Mais papa, moi c’est Nadine ! »



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