par Carole Georges CHELHOT

Le coronavirus, le phobiavirus, l’hysterievirus et moi !

De l’Asie à l’Afrique et l’Europe, en passant par l’Amérique et jusqu’à l’Océanie et l’Antarctique, le monde est touché par le coronavirus. Un mal terrible qui frappe l’humanité entière et plonge la terre dans une douleur infinie.

Un premier cas a été confirmé le vendredi 23 février 2020 au Liban et, depuis, la frayeur, l’appréhension et la terreur ont pris le dessus d’une révolution qui se voulait résiliente et récurrente, fluide, contagieuse, épidémique et dynamique.

Si la révolution a échoué, hélas, à occuper tous les esprits, voilà que le coronavirus a réussi.

Il a suffi d’un matin pour que la panique se fraye un chemin, un petit virus pour que le globe arrête de tourner.

Quelles que soient notre situation, notre opinion, notre révolution, ou notre évolution et notre mutation, nous valsons, désormais, au rythme fou de l’excitation et l’agitation, souvent de la colère et de l’exaspération. Nous sommes désormais terrés chez nous, tous unis par la crainte et la peur, la frayeur et l’horreur, la répugnance et l’écœurement.

Pris par le désarroi et piégé par notre ignorance, notre insolence et impertinence, on pointe du doigt, on chine un responsable, on cherche un coupable, on condamne, on blâme, on s’accuse, on se récuse pour finir par nous user. On demeure incapable, impuissant devant cette frénésie, cette folie meurtrière. On n’a plus de vie, on s’invente un mode de vie, on fait semblant de continuer, de persévérer, pour durer un jour, un mois, une année, peut-être qui sait ?

On ne se parlera plus ? On ne se fréquentera plus ? On ne se visitera plus? On ne s’enlacera plus ? On ne s’embrassera plus ? On se tiendra à distance les uns des autres par crainte de contamination ? On s’isolera, on se récusera, on se confinera dans un chez-nous stérile, puéril et inutile ? Pour un jour, un mois, une année, peut-être, qui sait ?

Nous avons peur de quoi au juste ?

Probablement du tourment, de l’accablement, de la souffrance et de la douleur, et certainement de la maladie et de la mort. Nous avons peur de voir arriver la fin, cette fin que nous redoutons tous, aussi fort soit-on. Ce dénouement qui arrivera sans introduction aucune et sans discussion.

Pourtant, tout petite on m’a longtemps enseigné que la mort fait partie de la vie, que nous sommes tous mortels et qu’un jour ou l’autre nous serons tous portés de l’autre côté, emportés vers une nouvelle vie, une autre destinée, vers l’au-delà que nous imaginons chacun à sa façon…

On m’a souvent répété que tout, ici-bas, est éphémère et temporaire, passager, momentané.

Mais devant la mort, les leçons sont vaines. On est tous pris par la phobie, l’hystérie, l’affolement… On s’attache tous à notre vie… on s’y accroche. On prend conscience, soudainement, de sa beauté, malgré nos difficultés, de sa grandeur, malgré nos futilités, de son immensité malgré nos faiblesses, on prend surtout conscience de notre fragilité face aux intempéries de la vie. On prend, particulièrement conscience que, quoi que nous fassions, nous sommes et demeurons tous égaux, peu importe nos origines, nos races, nos opinions, nos croyances, nos religions et nos révolutions. Nous sommes tous semblables face à la fin, peu importe comment nous la dessinons.

Coronavirus et autres bacilles de ton genre, tu es redoutable, effroyable. Tu appelles dans ta course insensée l’affliction, l’amertume, la douleur, le tourment et la mort.

Je te crains, il est vrai, mais… je tremblerai tout aussi de mourir d’indifférence et d’indolence.

J’appréhenderai de mourir de négligence et de méfiance.

Je frémirai de mourir de solitude et de délaissement, de séparation et d’éloignement.

Je m’effrayerai de mourir de déchirement, de désespoir et d’abattement.

Je redouterai de mourir parce que les pardons se sont effondrés, parce que les consciences se sont annihilées et que les passions se sont éreintées.

Je craindrai de mourir parce que l’amour est épuisé.

Je trinque à votre santé !


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.


De l’Asie à l’Afrique et l’Europe, en passant par l’Amérique et jusqu’à l’Océanie et l’Antarctique, le monde est touché par le coronavirus. Un mal terrible qui frappe l’humanité entière et plonge la terre dans une douleur infinie.

Un premier cas a été confirmé le vendredi 23 février 2020 au Liban et, depuis, la frayeur, l’appréhension et la terreur ont...

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