Une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu hier à Jérusalem. Ronen Zvulun/Reuters
Le parti du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et ses alliés de droite ont annoncé boycotter la reprise des travaux au Parlement hier, dénonçant la conduite « dictatoriale » de leurs rivaux centristes, dans un pays empêtré dans la pire crise politique de son histoire.
Israël est gouverné depuis un an par un gouvernement intérimaire, trois élections n’ayant pas permis d’aboutir à la formation d’un nouveau cabinet. À l’impasse politique s’ajoute actuellement la crise sanitaire posée par le nouveau coronavirus, avec 1 238 cas officiellement déclarés et un décès dans le pays.
À l’issue des dernières législatives du 2 mars, le centriste Benny Gantz, principal rival de M. Netanyahu, a été chargé de former un gouvernement, ayant reçu l’appui de 62 députés, contre 58 pour le Premier ministre sortant. Mais avec un paysage politique morcelé, il n’est pas certain que M. Gantz, à la tête du parti Bleu-Blanc, parvienne à former une coalition stable, même en ralliant toutes les voix des adversaires à M. Netanyahu.
M. Netanyahu a de nombreuses fois appelé à la formation d’un gouvernement d’union qu’il dirigerait avec M. Gantz successivement.
Mais ce dernier ne veut pas que le gouvernement soit mené par une personne inculpée, or M. Netanyahu est mis en examen pour corruption dans trois affaires. Signe de l’étendue de la crise politique : le 16 mars, les activités parlementaires ont été suspendues pour une semaine par le président du Parlement, Youri Edelstein, les députés tout juste intronisés n’étant pas parvenus à mettre sur pied un comité stratégique car chargé de constituer les commissions parlementaires. Ce comité est généralement le résultat de négociations entre tous les partis, mais comme celles-ci n’ont pas abouti, Bleu-Blanc a indiqué privilégier la tenue d’un vote.
Le bloc de droite mené par le Likoud a accusé le parti centriste de passer en force et de vouloir ainsi chasser du pouvoir M. Netanyahu, sous couvert d’urgence posée par la crise du nouveau coronavirus. « Depuis qu’Israël existe et sous les 22 précédentes législatures, jamais la création du comité et des commissions n’a été soumise à des votes en plénière sans accords » entre partis, a dénoncé lundi le Likoud dans un communiqué. Le parti de droite et ses alliés « ont décidé de boycotter les discussions plénières et de ne pas prendre part à ce processus honteux », a-t-il dit, accusant Bleu-Blanc de « conduite dictatoriale et destructrice, animée par la haine ».
La Cour suprême saisie
Lorsque le Parlement aura repris ses activités, l’un des objectifs des adversaires de M. Netanyahu est de faire adopter une loi empêchant toute personne inculpée d’être Premier ministre. Or, pour que soit votée une telle loi, il est essentiel que le président du Parlement, aujourd’hui membre du Likoud, soit issu de leurs rangs. Et le Likoud affirme qu’un nouveau président ne peut être désigné qu’une fois un gouvernement formé. Bleu-Blanc, qui pousse pour que son député Meir Cohen obtienne cette place, a fait appel à la Cour suprême pour trancher. Celle-ci, dans un avis non contraignant publié lundi, a invité le président du Parlement à organiser un vote d’ici à mercredi pour qu’un successeur soit désigné. Dans une autre affaire, la Cour suprême a donné jusqu’à aujourd’hui aux députés pour mettre en place la commission des Affaires étrangères et de la Défense. Celle-ci sera chargée de contrôler l’application de la mesure d’urgence – prise la semaine dernière par le gouvernement – autorisant le service de sécurité intérieure (Shin Beth) à collecter des données sur les citoyens pour lutter contre la propagation du nouveau coronavirus. Un recours contre cette mesure avait été déposé par la Liste unie des partis arabes, troisième force politique du pays, et par des ONG défendant les droits civils. Le parti Bleu-Blanc avait dénoncé « une décision dangereuse » car prise sans le contrôle habituel d’une commission parlementaire.
Jonah MANDE/AFP

