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Nos lecteurs ont la parole - Par Karim S. Rebeiz

Un aperçu du trajet rocambolesque des taxes au Liban

Chers Libanais, vous vous demandez où vont vos taxes ? Voici la réponse lapidaire : une partie majeure des taxes au Liban est utilisée pour rembourser de nouveaux emprunts contractés pour payer les intérêts d’anciens emprunts déjà échus. Cette récolte de rente non seulement n’apporte aucune valeur ajoutée à l’économie, mais elle comporte un effet d’éviction sur les entreprises privées qui sont les engins principaux de la valeur ajoutée et de la croissance réelle. Une autre partie majeure des taxes est utilisée pour payer les surcharges de la fonction publique ainsi que les affairismes douteux dans la gestion des deniers publics.

La récente grille des salaires dans la fonction et les écoles publiques, adoptée en août 2017, est un exemple flagrant de clientélisme politique. Cette décision a été adoptée de façon expéditive et irresponsable pour satisfaire des gains électoraux sans tenir le moindre compte des répercussions catastrophiques que cela pourrait entraîner sur l’économie du pays. Elle s’est ensuite avérée éminemment plus onéreuse que prévu. Son coût annuel, qui avait été initialement estimé à 800 millions de dollars, se situe finalement aux alentours de 1,4 milliard de dollars. En outre, une grande partie des taxes est utilisée pour payer les salaires, les pensions et les compensations de nombreux fonctionnaires publics dont certains ne pointent même pas le bout de leur nez sur les lieux de travail. Entre parenthèses, aussi étrange que cela puisse paraître, il n’existe pas de statistiques gouvernementales fiables concernant le nombre total de fonctionnaires au Liban. Finalement, une partie imposante des taxes au Liban s’évapore de façon mystérieuse dans les méandres d’une bureaucratie gouvernementale corrompue. Que recevez-vous en contrepartie de toutes les taxes directes ou indirectes que vous payez depuis belle lurette ? Pratiquement rien. Le gouvernement libanais récolte des taxes qui sont utilisées à des fins futiles et douteuses pour perpétuer un clientélisme politique dans la fonction publique. Certes, une partie infime des taxes est allouée à l’amélioration des capitaux sociaux, mais ce montant est loin d’être suffisant pour le développement durable du pays. Encore serions-vous réconfortés un tant soit peu si le gouvernement eût daigné allouer un montant minime de vos taxes à la distribution adéquate de l’eau et de l’électricité, ainsi que la collecte adéquate des eaux de pluie et la gestion des déchets ménagers. Mais niet, vous n’avez même pas droit à ces services de première nécessité. Pis, le gouvernement s’approprie allègrement l’argent des pauvres citoyens pour ensuite rempiler effrontément les poches des puissants seigneurs. Cela s’appelle « la méthode Robin Hood à l’envers ».

Dans ce lapidaire aperçu du trajet rocambolesque des taxes au Liban, on constate que le pays navigue en contresens des lois les plus élémentaires de la gravité pour se diriger irrévocablement vers l’abîme absolu. Il faut se rendre à l’évidence : c’est l’ahurissante incompétence et l’incroyable vénalité des gouvernements successifs qui sont l’unique et seule cause du marasme économique profond qui sévit dans le pays depuis moult années. Pour comble de l’insolence, ce même système politique sinistre au bilan bien pourri a le culot de se porter garant d’une sortie de crise. Dans ce contexte, l’histoire nous rappelle un enseignement bien précieux : la prospérité d’un pays est inversement proportionnelle à la perpétuité d’un système politique défaillant qui s’obstine à garder le pouvoir contre vents et marées.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Chers Libanais, vous vous demandez où vont vos taxes ? Voici la réponse lapidaire : une partie majeure des taxes au Liban est utilisée pour rembourser de nouveaux emprunts contractés pour payer les intérêts d’anciens emprunts déjà échus. Cette récolte de rente non seulement n’apporte aucune valeur ajoutée à l’économie, mais elle comporte un effet d’éviction sur les entreprises privées qui sont les engins principaux de la valeur ajoutée et de la croissance réelle. Une autre partie majeure des taxes est utilisée pour payer les surcharges de la fonction publique ainsi que les affairismes douteux dans la gestion des deniers publics. La récente grille des salaires dans la fonction et les écoles publiques, adoptée en août 2017, est un exemple flagrant de clientélisme politique. Cette décision a été...
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