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Un peu plus

Étrange et rude époque

Photo d’illustration Matthieu Karam

Nos vies ont changé. Drastiquement. Quasiment plus rien ne subsiste d’auparavant. Notre routine, nos sorties, nos dépenses, nos voyages. Notre façon d’appréhender le lendemain et nos projets d’avenir sont en berne. Et rien ne sera plus jamais comme avant. Nous sommes en mode « survival ». Nous en avons l’habitude. Mais aujourd’hui, ce que nous traversons est différent. Nous ne nous cachons plus dans les abris, nous n’écoutons plus la radio pour savoir où sont tombés les obus de l’ennemi, nous n’attendons pas un cessez-le-feu pour sortir et nous n’esquivons pas les francs-tireurs. Mais la peur est la même. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Tiraillé(e)s entre les rumeurs, les arrestations, les menaces, les humiliations, les mauvais présages, nous ne savons plus vraiment ce qu’est notre vie.

Si certains continuent bon gré mal gré de travailler, de gagner un peu d’argent, de voyager (un masque sur la bouche), d’aller à l’école ou à l’université, de sortir prendre un verre, de s’attabler dans les restaurants, ou de vivre dans un La La Land de déni, force est de constater que même pour ceux-là, les choses ont changé. On prend parti, on a coupé les ponts avec beaucoup de gens, on est sur les nerfs. Notre tolérance est au plus bas.

C’est notre quotidien dans son intégralité qui a été bouleversé. Dans les grandes lignes mais aussi dans les détails. Dans les moindres détails. Les pénuries se font de plus en plus nombreuses. Rupture de stocks. Certains produits ont tout simplement disparu des achalandages et des substituts parfois plus chers trônent à leur place. Certains médicaments commencent à manquer et bien évidemment, comme pour tout, leurs prix ont flambé. On se remet à demander qui vient de Paris, de Londres, de New York. Qui peut nous apporter du Buscopan, du Doliprane ou n’importe quel médicament beaucoup moins cher à l’étranger. Tout est moins cher à l’étranger. Cet étranger où très peu d’entre nous peuvent encore se rendre. Mis en quarantaine économique dans notre propre pays, on ne peut quasiment plus rien faire. On a rempli nos mounés en attendant les jours difficiles. On emmagasine les denrées non périssables. Nos congélateurs sont pleins à craquer, de viande, de poulet et de plats cuisinés. On ne sait jamais. On regarde nos étagères se demandant si dans quelques semaines on pourra encore trouver tel fromage, tel shampoing, telle crème, telles couches, tel produit ménager, telle boisson. Et quand on sort de chez nous, notre paysage urbain a changé. Les rues sont souvent vides. Les magasins ferment les uns après les autres. Les restaurants aussi. Les petites boutiques ont baissé leurs rideaux de fer. Les endroits qu’on aimait ont disparu, emportant avec eux nos souvenirs. Des images dont on se souvient à peine.

Et les gens ont l’air triste.

Ils sont tristes. Tristes parce que la légèreté leur a fait défaut. Tristes parce que leur avenir est menacé. Tristes parce que leurs enfants s’en vont, s’enfuient plutôt. Tristes parce qu’ils se sont fait avoir. « Tamsaho »… Une fois de plus. Ils ne sortent plus de chez eux et regardent la télé, le regard vide, dans l’attente d’une bonne nouvelle, d’une lueur d’espoir. Ils regardent les « thouwar » se démener comme au premier jour, en souhaitant qu’« ils » y arriveront. Ils sont tristes parce qu’on leur dit qu’en mars, ça ira mieux. Qu’en mars, ce sera terrible. Qu’on a besoin de deux ans pour se relever. Que même dans dix ans, on sera encore dans la merde. Ils sont tristes parce qu’ils vivent au jour le jour et dans l’attente, se demandant où ils seront dans un an. Serons-nous séparés ? Serons-nous ailleurs ? Serons-nous là ? Aurons-nous faim ? Continuerons-nous de travailler ?

Aucune réponse ne leur vient à l’esprit. Pourtant, les indices sont là. Le mépris des politiciens et des banques. Les arrestations, le désespoir, la corruption. Et la réponse est là. Sous leurs yeux. La réponse est dans la rue. Elle est dans la « thaoura ».


Nos vies ont changé. Drastiquement. Quasiment plus rien ne subsiste d’auparavant. Notre routine, nos sorties, nos dépenses, nos voyages. Notre façon d’appréhender le lendemain et nos projets d’avenir sont en berne. Et rien ne sera plus jamais comme avant. Nous sommes en mode « survival ». Nous en avons l’habitude. Mais aujourd’hui, ce que nous traversons est...

commentaires (4)

Il n’est plus possible de ne pas faire la révolution. La situation actuelle est intenable et rien ne retourne en arrière. Comment revenir en arrière quand notre argent a été volé par les corrompus?

Michael

20 h 22, le 01 mars 2020

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Commentaires (4)

  • Il n’est plus possible de ne pas faire la révolution. La situation actuelle est intenable et rien ne retourne en arrière. Comment revenir en arrière quand notre argent a été volé par les corrompus?

    Michael

    20 h 22, le 01 mars 2020

  • La pseudo-révolution ne mènea qu'à l'anéantissement du pays !

    Chucri Abboud

    13 h 25, le 29 février 2020

  • Surtout ne changeons rien alors. Laissons les corrompus qui ce sont rempli les poches continuer à nous voler. Sans les révolutions, la France serait encore une monarchie, les USA une colonie britannique et le Liban un protectorat français . Merci à tous les révolutionnaires libanais qui tentent d’inverser le cours des choses et de nous rendre notre pays.

    Bashir Karim

    10 h 57, le 29 février 2020

  • Victor Hugo , vous connaissez j'espère ? Eh bien Victor Hugo , qui était toujours le premier à vouloir tout changer en France , , a beaucoup réfléchi après les révolutions auxquelles il avait participé avec enthousiasme . Mais en fin de compte il s'est rendu compte ! Il s'est rendu compte que les révolutions mènent toujours au désastre . Voici ce qu'il a écrit à la fin de sa vie : "?Le peuple est conduit par la misère aux révolutions et ramené par les révolutions à la misère."

    Chucri Abboud

    02 h 47, le 29 février 2020