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Liban

Récompenser le courage des journalistes indépendants : lancement de la 15e édition du prix Samir Kassir

Médias

« Il y a déjà eu 25 cas de censure rien que ce mois-ci » au Liban, s’alarme Gisèle Khoury.

26/02/2020

Alors que les pressions contre les journalistes s’intensifient dans le monde arabe, la 15e édition du prix Samir Kassir pour la liberté de la presse a été lancée hier par Ralph Tarraf, ambassadeur de l’Union européenne au Liban, et Gisèle Khoury, présidente de la fondation Samir Kassir et journaliste, au siège de la délégation de l’Union européenne. La conférence de presse, en présence d’anciens lauréats et de journalistes, visait à définir les modalités de candidature pour l’édition 2020, ainsi qu’à souligner l’importance grandissante de cette prestigieuse récompense pour la presse indépendante dans le monde arabe.

Ralph Tarraf a ouvert la conférence de presse en rappelant qu’il est crucial de soutenir le travail d’une presse libre et de participer à sa visibilité. « Les journalistes subissent des pressions dans le monde entier, particulièrement dans le monde arabe. Nous devons contribuer à promouvoir la liberté de la presse », a-t-il notamment déclaré.

Gisèle Khoury a, pour sa part, évoqué l’importance de récompenser un travail de journalisme pointu, à l’ère où les fake news envahissent les réseaux sociaux et représentent une menace dans un contexte de crise de confiance. Elle s’est également inquiétée du climat actuel pour la liberté de la presse, en évoquant le recul du Liban dans le classement de la liberté de la presse 2019 de Reporters sans frontières, où il se situe désormais à la 101e place sur 180 pays. « Alors que nous sommes le 25 février, il y a déjà eu 25 cas de censure rien que ce mois-ci », a-t-elle ainsi souligné. « Aucun pays ne peut relever les vrais défis auxquels sont confrontées nos sociétés sans transparence et sans liberté de pensée et liberté d’expression. Les régimes autocratiques prétendent assurer la stabilité. Nous n’acceptons pas le choix factice entre la stabilité et la liberté », a-t-elle ajouté, rappelant que Samir Kassir, dès 1995, avait appelé les citoyens de la région à briser « le mur du silence ».


(Pour mémoire : Prix Samir Kassir : une 14e édition placée sous le signe de la lutte continue pour les libertés)


Créé par l’Union européenne en octobre 2005, le prix honore la mémoire de Samir Kassir, journaliste et historien libanais assassiné le 2 juin 2005 et dont le travail pointilleux continue d’inspirer les jeunes générations de journalistes. Il est décerné à présent dans trois catégories : meilleur article d’opinion, meilleur article d’investigation et meilleur reportage audiovisuel d’information. Pour être éligible, il est nécessaire d’être journaliste dans l’un des 18 pays du Moyen-Orient, du Golfe, ou du pourtour méditerranéen que couvre le prix. La contribution doit traiter d’un sujet en lien avec les droits de l’homme, comme le développement démocratique.

La Fondation SKeyes, qui co-organise le prix, a pour objectif d’informer des collusions de pouvoirs et des dérives qui menacent la liberté de la presse. Elle a notamment reporté plus de 50 atteintes à la liberté de la presse pour le seul mois de novembre 2019.


(Pour mémoire : Que reste-t-il du legs de Samir Kassir ? « Beaucoup »)


Une édition cruciale dans un contexte de crise politique
Les lauréats de l’édition précédente ont également été conviés à s’exprimer. Habib Battah, journaliste libanais et gagnant en 2007 pour son article dans le Daily Star « Pour vérifier la réalité des élections, visitez votre moukhtar local », s’est ainsi exprimé : « Le journalisme est si important au Liban, nous avons besoin de réponses, d’enquêtes pointues. C’est notre devoir d’aider les activistes, les révolutionnaires. Nous devons être capables d’aller plus loin. »

En ce sens, le prix Samir Kassir entend récompenser cette année encore des journalistes qui consacrent leur travail à la recherche d’une information fiable et qui luttent pour une presse libre. L’année 2019 aura été marquée par une dégradation des conditions de travail des journalistes dans le monde arabe, au vu notamment des soulèvements que connaissent des pays de la région comme le Liban et l’Irak. Or, pour Ralph Tarraf, la liberté de la presse ne va pas sans le respect des droits des journalistes. « Il est nécessaire d’honorer le travail des journalistes et de souligner l’importance d’un journalisme indépendant en faisant gagner ce prix », a-t-il rappelé.

La remise des prix de la 15e édition se tiendra le 2 juin prochain à Beyrouth. Le jury, composé de 7 membres, sera dévoilé en même temps que les noms des heureux lauréats. Les gagnants se verront remettre la somme de 10 000 euros à l’issue de la cérémonie.

L’édition passée avait reçu 233 contributions de journalistes, et les organisateurs n’en attendent pas moins en cette année charnière pour le monde arabe.

Les candidats ont jusqu’au 1er avril 2020 pour consulter le règlement détaillé du prix et proposer leurs contributions sur le site www.prixsamirkassir.org 

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