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Nos lecteurs ont la parole - Sylvain Thomas

Qui a cru au Christ a cru au Père !

Il semble que, de temps à autre, les chrétiens aient besoin d’être rappelés à la réalité de Jésus-Christ sur qui leur foi repose. Mettre en relief l’humanité de Jésus, ce n’est pas porter atteinte le moins du monde à sa divinité. Bien au contraire : seule la connaissance de son humanité peut nous permettre de prendre la mesure de sa divinité et d’entrer véritablement en contact avec lui. Il faut nous garder d’oublier l’expression « Fils de l’Homme » qu’il aimait employer en parlant de lui-même et qui revient plus de 70 fois dans les Évangiles. Sa naissance même en Palestine, carrefour du monde entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie, est un signe de son appartenance au monde entier.La lecture des Évangiles ne laisse aucun doute : le Christ a été, quant aux besoins et aux servitudes physiques, absolument semblable à nous. Né d’une femme, appelée Marie, il est passé, avant d’accéder à la maturité, par les étapes et les tâtonnements de l’enfance et de l’adolescence. Il a connu la faim, la soif, l’épuisement, les affres de la souffrance et finalement la mort acceptée de bonne grâce pour nous sauver au titre de Rédempteur universel.

L’Écriture précise que le Christ acquit de la force physique au cours de son enfance, et sans doute est-ce aux durs travaux accomplis jour après jour par lui dans l’atelier du charpentier Joseph qu’il a pu être bien musclé. De plus, tout au long de son ministère, il vécut en plein air, se rendant à pied de village en village, dormant à la belle étoile ; bref, l’existence qu’il menait devait le faire ressembler aux fils du désert, ses compagnons. Il devait avoir le teint hâlé.

La fascination qu’il exerçait sur les foules était certainement autant physique que morale. Seul un être fort et doué d’une autorité naturelle pouvait se permettre de surgir inopinément et d’obtenir de la part d’hommes attachés à leur foyer qu’ils quittent tout pour le suivre à l’instant même où il le leur ordonnait. Seul un être de cette trempe était capable de s’attacher des disciples sans leur promettre rien d’autre que des épreuves et des sacrifices. « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups... Les hommes vous livreront aux sanhédrins et vous flagelleront dans leurs synagogues. » Lui seul enfin, alors qu’il subissait le supplice de la crucifixion, pouvait en imposer au centurion romain au point de lui arracher cette exclamation : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu. »

L’un des traits les plus captivants de sa personnalité est sans doute son don incomparable pour les contacts humains. Sociable, affable, il s’entourait de gens de toutes conditions, pêcheurs aussi bien que scribes, lépreux et docteurs de la loi, mendiants et grands de ce monde. Certains même parmi ces pharisiens auxquels il adresse pourtant de sanglants reproches pour leur attachement stérile à la loi trouvaient ses propos stimulants et sa compagnie agréable, et, dans la haute société de Jérusalem, il était un invité recherché.

Cependant, « la masse du peuple l’écoutait avec plaisir », car il s’exprimait dans un langage simple, direct, familier, sans aucun rapport avec la rhétorique pompeuse des scribes et des docteurs, prenant appui pour illustrer sa pensée sur des exemples tirés de la vie quotidienne : il parlait du semeur qui sort pour semer, du berger qui laisse les 99 brebis en sécurité pour courir après celle qui s’est égarée, de la graine de sénevé qui, si minuscule qu’elle soit, devient un grand arbre, du Dieu qui nourrit les oiseaux du ciel et revêt de splendeur le lys des champs.

Le Christ est avant toute chose un dispensateur de joie. « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite », répète-t-il à ses disciples. Et, expliquant sa mission, il précise : « Je suis venu pour que le monde ait la vie et l’ait en abondance. » Le premier de ses miracles, il l’accomplit au cours d’un repas de noces où, pour que chacun garde sa belle humeur, il change l’eau en vin. « Gardez courage », répète-t-il encore aux siens dans ses tout derniers entretiens avec eux. Partout, sur son passage, les enfants le réclament, ils grimpent sur ses genoux, le veulent tout à eux, et, quand les disciples tentent de les rabrouer, Jésus se fâche et leur dit : « Ne les empêchez pas, car c’est à leurs pareils qu’appartient le royaume de Dieu. »

À une époque où, dans cette région du monde, la tradition orientale maintenait les femmes en état de subordination, Jésus ose les rencontrer sur un pied d’égalité, les traiter exactement comme il traite les hommes, avec déférence et sans condescendance. Aux pharisiens qui lui demandent assez perfidement son avis sur le divorce, il répond carrément : « Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit pas le séparer. » S’adressant aux juges de la femme adultère, il invite celui d’entre eux qui est « sans péché » à lui jeter la première pierre.

Les réactions affectives du Christ, elles aussi, nous sont proches. Placé dans des circonstances identiques, tout homme aurait les mêmes réactions. Ainsi, l’Évangile est émaillé d’allusions aux sentiments que lui inspirent les malades et les abandonnés : « À la vue des foules, il eut pitié. » « En débarquant, il vit une grande foule et il en eut pitié ; et il guérit leurs infirmités. » Bien humaine également sa déception manifeste quand un seul – sur les dix lépreux qu’il a sauvés et guéris – vient le remercier. « Est-ce que tous les dix n’ont pas été guéris ? » demande-t-il tristement. Mais la pire des tristesses, il l’éprouve à se voir abandonné de ceux sur qui il comptait le plus. « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ! » reproche-t-il à Pierre et aux disciples qui se sont endormis à Gethsémani pendant que lui, en agonie, priait. Pour Jésus, comme pour nous, le plus puissant recours contre la faiblesse humaine réside dans une communion constante avec le Père. Jamais nous ne pénétrerons les profondeurs de l’humanité du Christ si nous ne songeons pas à ce qu’a impliqué le fait qu’il a connu « absolument les mêmes épreuves que nous ». C’est fort de l’expérience qu’il a acquise en luttant contre la tentation qu’il recommande à ses disciples : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » « Qui m’a vu a vu le Père ! » Toute notre vie, nous avons eu l’impression que Dieu était très haut, très saint et inaccessible. Il est difficile de comprendre Dieu le Père et voilà que le Christ-Jésus a eu cette parole extraordinaire : « Qui m’a vu a vu le Père ! » Et on comprend subitement que si Dieu est semblable à ce Christ au grand cœur qui a vécu comme nous, qui a aimé et servi les plus faibles de ses créatures, et qui est mort sur la croix pour racheter nos péchés, on sera alors prêt nous aussi à lui livrer notre vie, notre âme, tout. Ce sera un don fait sans retour de notre part.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Il semble que, de temps à autre, les chrétiens aient besoin d’être rappelés à la réalité de Jésus-Christ sur qui leur foi repose. Mettre en relief l’humanité de Jésus, ce n’est pas porter atteinte le moins du monde à sa divinité. Bien au contraire : seule la connaissance de son humanité peut nous permettre de prendre la mesure de sa divinité et d’entrer véritablement en contact avec lui. Il faut nous garder d’oublier l’expression « Fils de l’Homme » qu’il aimait employer en parlant de lui-même et qui revient plus de 70 fois dans les Évangiles. Sa naissance même en Palestine, carrefour du monde entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie, est un signe de son appartenance au monde entier.La lecture des Évangiles ne laisse aucun doute : le Christ a été, quant aux besoins et aux...
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