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Nos lecteurs ont la parole - François Belle-Larant

Les défis économiques du gouvernement Diab

Depuis les manifestations de l’automne dernier, le climat financier libanais, qui s’assombrissait déjà ces dernières années, est cataclysmique. Comment, en l’espace de quelques instants, les banques ont-elles pu passer d’une apparente normalité à un futur très incertain ? Il faut, pour cela, se pencher sur deux faits économiques marquants qui permettent d’expliquer la situation libanaise actuelle.

Tout d’abord, le Liban s’est fixé un défi monétaire de taille, au sortir de la guerre. Riad Salamé, gouverneur de la Banque du Liban depuis 1993, a en effet adopté un régime en taux de change fixe. Cependant, maintenir le taux de 1$ pour 1 507 livres libanaises s’est fait au prix d’une « ingénierie financière » risquée, véritable chute en avant pour l’avenir économique du pays. Pour rappeler ce en quoi consiste ce procédé, la Banque du Liban a eu besoin de s’assurer d’attirer des investissements en dollar. Pour cela, elle a proposé des placements très attractifs, dont les intérêts approchaient les 8 % pour certains. Ce stratagème a bien marché pendant un temps. Cependant, lorsque le climat politique s’est assombri à la fin de l’été dernier, les flux de dollars ont diminué jusqu’à devenir insuffisants pour rembourser les forts intérêts des placements antérieurs. Le manque de liquidités actuel est lié à la fin de ce mécanisme de Ponzi. À ce dangereux phénomène s’ajoute le risque de voir le pays bientôt crouler sous une dette colossale, favorisée par une situation commerciale compliquée.

En effet, la situation commerciale du Liban ne joue pas en sa faveur. Le pays utilise majoritairement l’import et n’a que de faibles exportations. Bien que l’on observe une baisse continuelle des imports depuis 2011, passant de 63 % à 40 % du PIB, cette part reste bien supérieure à celle des exports qui est passée, elle, de 37 % à 23 % sur la même période. Le ratio importations sur exportations a même alors augmenté durant la dernière décennie !

Le Liban s’endette donc à des taux records et à un rythme qui ne sera bientôt plus soutenable. Depuis les années 2010, plus de 30 % du budget libanais annuel est associé au remboursement de ses intérêts. L’exécutif a pu faire des efforts en ce sens pendant la dernière décennie. Le ratio de ses dépenses sur ses revenus a en effet diminué. Ces efforts restent insuffisants puisque subsistent, au minimum, 10 points entre les dépenses et rentrées d’argent du gouvernement (respectivement 26 % et 15 % du PIB en 2017). Les projections du FMI concernant la dette libanaise sont alarmantes. Elle est estimée à 150 % du PIB en 2019, et a augmenté de 26 % depuis 2012, son dernier point où elle fut la plus faible. Les simulations feraient état d’une augmentation de 30 % d’ici à 2024, la faisant culminer au vertigineux score de 180 % du PIB.

Cette double crise, de la dette et des liquidités, est meurtrière pour l’économie libanaise. Elle doit être l’absolue priorité du nouveau gouvernement. En effet, si les taux bas mondiaux venaient à remonter, la gangrène qu’est la dette publique entraînerait le monde dans une grave crise dont le Liban souffrirait particulièrement. Le gouvernement doit donc s’attaquer à ces problèmes rapidement, et ce sans retomber dans ses travers passés. La gestion, jusqu’ici sans vision à long terme, et la prise de décision biaisée par des problématiques de corruption ne peuvent continuer.

Afin de pallier ces difficultés, le Liban peut envisager d’avoir recours à un ajustement structurel, coordonné par la Banque mondiale ou le FMI. Ce programme vise à aider financièrement un pays en péril en lui débloquant des prêts lors de la mise en place de réformes touchant le secteur financier, commercial ou social. Ces modifications concernent avant tout la lutte contre la corruption et la restructuration de sa dette, des priorités absolues pour le pays. Le Liban pourrait imaginer un accord avec ces organisations autour d’un plan comportant 3 volets principaux.

Dans un premier temps, s’assurer d’une diminution de la corruption. Cette dernière s’est amplifiée depuis les années 90, le Liban occupant la triste 138e place des pays avec le moins de corruption. Cette lutte peut être suivie de près par les experts de la Banque mondiale, lesquels pourraient fixer des objectifs chiffrés au nouveau gouvernement. Cette étape est absolument essentielle afin de pouvoir mener les réformes économiques inévitables au Liban. Elle permet notamment d’avoir un audit nécessaire des comptes publics libanais et ainsi d’analyser sa compétitivité.

En parallèle de cette lutte doivent s’opérer deux changements économiques principaux. Le Liban doit pouvoir définir avec le FMI ou la Banque mondiale les transformations nécessaires afin d’avoir un modèle économique viable. Cela passe notamment par la réduction de son déficit commercial. Celui-ci peut être réduit en menant d’importantes réformes visant à augmenter la compétitivité des exports libanais et favoriser l’innovation. Nous pouvons aussi envisager une réduction du déficit commercial par une réévaluation de la livre. Cependant, celle-ci n’est pas souhaitable car elle accroîtrait les inégalités entre les Libanais. Enfin, un rééchelonnement de la dette doit être envisagé, à nouveau en collaboration avec le FMI. Cette dernière est tout particulièrement nécessaire pour se débarrasser de bons, dont les intérêts toxiques frôlent les 12 %. Ce type de mesures (rééchelonnement de la dette et réformes structurelles) ont été appliquées par le FMI et l’Europe à la crise de la dette grecque en 2010. Les caractéristiques de la dette hellénique sont très comparables à celle du Liban (177 % du PIB et déficit budgétaire de 13 % fin 2014). Les résultats obtenus depuis par Athènes renforcent l’attractivité de ces mesures pour le futur de l’économie libanaise.

L’avenir économique libanais est, certes, sombre, mais il existe cependant des solutions à ces maux...

Étudiant à Centrale Supelec

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Depuis les manifestations de l’automne dernier, le climat financier libanais, qui s’assombrissait déjà ces dernières années, est cataclysmique. Comment, en l’espace de quelques instants, les banques ont-elles pu passer d’une apparente normalité à un futur très incertain ? Il faut, pour cela, se pencher sur deux faits économiques marquants qui permettent d’expliquer la situation libanaise actuelle. Tout d’abord, le Liban s’est fixé un défi monétaire de taille, au sortir de la guerre. Riad Salamé, gouverneur de la Banque du Liban depuis 1993, a en effet adopté un régime en taux de change fixe. Cependant, maintenir le taux de 1$ pour 1 507 livres libanaises s’est fait au prix d’une « ingénierie financière » risquée, véritable chute en avant pour l’avenir économique du pays. Pour...
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