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Nos lecteurs ont la parole - Par Romy Haber

Le nationalisme du soleil et de la mer

Dans ce vieux coin du Proche-Orient, se dissout l’identité d’un petit pays qui a tant servi l’humanité ; elle se dissout dans des guerres et conflits qui ne le concernent pas et qui l’éloignent de son caractère pacifique.

« Ils étaient donc pacifiques, non seulement parce que la guerre dérangeait leurs entreprises et menaçait leurs fondations, mais aussi et surtout parce que les passions belliqueuses et les instincts sanguinaires étaient diamétralement opposés à leur esprit religieux, libéral et conciliant », a écrit Charles Corm, ce penseur qui a tant aimé le Liban et qui l’a bien connu.

Aujourd’hui, le Libanais se noie dans des idéologies et mentalités qui lui sont étrangères. Peut-être, comme l’a dit Michel Chiha, « l’erreur dramatique fut de laisser glisser si longtemps les Méditerranéens du Sud vers un Extrême-Orient qui leur est étranger. »

Effectivement, le Liban subit à sa façon propre, parfois plus gravement qu’ailleurs, l’ensemble des menaces globales qui pèsent sur la planète.

Pourtant, le Libanais n’est pas fait pour résoudre des conflits de nature géopolitique, il est fait pour la navigation, les explorations, le commerce et l’industrie.

Malheureusement, cette patrie Méditerranée n’est plus ce hub économique entre l’Orient et l’Occident comme elle l’était, que ce soit au temps des Phéniciens, ou il n’y a pas très longtemps quand on l’appelait «la Suisse du Moyen-Orient».

Le Liban était un maillon entre le Nord et le Sud, respecté mondialement. Il était l’un des États fondateurs de l’ONU, un Libanais (Charles Malek) était le corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Malek disait qu’au Liban, l’Orient et l’Occident se rencontrent et se mêlent en toute liberté. Aujourd’hui, le Liban a perdu son droit de vote à l’Assemblée générale de l’ONU et s’isole de la communauté mondiale.

Aristote disait que la Constitution des Phéniciens était si parfaite qu’on n’éprouvera jamais le besoin d’en changer un seul article pendant près de 8 siècles. Il trouvait que c’était une Constitution démocratique et que c’était le gouvernement du pays par la nation souveraine. Et selon les textes d’Aristote, de Polybe et de Diodore, il n’y eut point chez les Phéniciens d’aristocratie héréditaire, tout le monde pouvait arriver aux hautes dignités de l’État.

De nos jours, Beyrouth est-elle toujours la mère des lois ? Les grandes familles et le népotisme dominent toujours le paysage politique avec une souveraineté méprisée. Les puissances régionales balancent le petit Libanais entre leurs bisbilles meurtrières. Elles veulent remplacer la culture de vie du Liban par la culture de mort.

Mais l’esprit de guerre ne lui est pas familier, c’est cette vie forte et colorée que nous connaissons tous qui le représente :

Le Libanais ne veut que contempler, de ses fenêtres en ogives, ces bosses vertes et grises piquées de cyprès et d’oliviers, en buvant son vin ou son arak, des boissons typiques des pays du bassin méditerranéen. Le Liban, c’est le berceau de la viticulture que les Tyriens ont inventée. Sans oublier que Bacchus était le dieu de la vigne et du vin.

Et c’est bien la dolce vita quand un jeune Libanais sort de sa maison de pierres blanches au toit de tuiles rouges, clairsemées dans des bouquets de conifères, salue son voisin le potier qui se perd dans l’intimité de son atelier, puis lance une bise à sa copine qui vient de sortir de la messe au son des cloches de l’église, avant de rejoindre les ouvriers dans une Renault 12 cabossée et rouillée garée sous un treillage sur lequel reposent des rameaux de vigne. Leur destination : le littoral.

Le Libanais veut pêcher et se promener où les flots de soleil rebondissent brutalement ; sur les longs colliers de boulevards sur la mer, qui est désormais polluée. Cette mer a ébloui les écrivains du monde entier comme Flaubert qui ne manqua pas de la décrire lors de son voyage au Liban : « La mer était si transparente et si bleue que nous voyions les poissons passer et les herbes au fond. »

Le Libanais, qui aime la beauté, veut également exhiber son génie esthétique comme les Phéniciens le faisaient avec leurs masques carthaginois ou leurs vases magnifiquement ciselés. Le Libanais veut profiter de sa langue maternelle pour s’exprimer librement comme le faisait Saïd Akl, ce poète qui a mené une révolution linguistique.

Depuis des millénaires, la grandeur de ce pays n’a œuvré que pour enrichir l’humanité et a développé depuis la plus haute antiquité une civilisation libérale à tendance universelle. Victor Bérard, qui fut président de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale, affirmait que «  la Phénicie est la mère patrie de cet outre-mer appelé Europe  ».

Néanmoins, nous ne pouvons plus dormir sur les lauriers de nos aïeux. Le Liban doit retrouver son identité, s’éloigner des déserts sanguinaires et redevenir l’union harmonieuse entre l’Orient et l’Occident tout en restant à l’abri de ses cèdres.

« Voici le temps d’orienter les nations selon les mouvements de leur tradition et les besoins de leur âme », a écrit Michel Chiha.

La Méditerranée inspire une philosophie de la vie, une sagesse, une morale, une métaphysique. Pour la retrouver, le Libanais n’a qu’à regarder son soleil et accepter de naviguer là où les vagues de sa mer le mènent.

Camus nous a parlé de « la grandeur insoutenable du ciel méditerranéen gorgé de chaleur » et de la mer qui « nous libère et nous tient debout ».

Et pour désigner la Méditerranée, il décrit la patrie de l’âme : « L’unité s’exprime ici en termes de soleil et de mer. »

Le soleil, c’est le véritable fondement des métaphysiques de l’être et des monothéismes, et la mer, c’est l’esprit libre.

La Méditerranée enfante ainsi les peuples de la liberté, la liberté qui coule dans les veines des Libanais qui l’ont toujours vénérée.

Le Liban a besoin du nationalisme du soleil et de la mer pour se protéger et pour retrouver sa grandeur.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Dans ce vieux coin du Proche-Orient, se dissout l’identité d’un petit pays qui a tant servi l’humanité ; elle se dissout dans des guerres et conflits qui ne le concernent pas et qui l’éloignent de son caractère pacifique. « Ils étaient donc pacifiques, non seulement parce que la guerre dérangeait leurs entreprises et menaçait leurs fondations, mais aussi et surtout parce que les passions belliqueuses et les instincts sanguinaires étaient diamétralement opposés à leur esprit religieux, libéral et conciliant », a écrit Charles Corm, ce penseur qui a tant aimé le Liban et qui l’a bien connu.Aujourd’hui, le Libanais se noie dans des idéologies et mentalités qui lui sont étrangères. Peut-être, comme l’a dit Michel Chiha, « l’erreur dramatique fut de laisser glisser si longtemps les...
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