Un membre des forces sécuritaires déployées à l’est de Tripoli, la capitale libyenne. Ismail Zitouny/Reuters
Les présidents français Emmanuel Macron et égyptien Abdel Fattah al-Sissi ont évoqué par téléphone « les risques d’une escalade militaire » en Libye, appelant « l’ensemble des acteurs internationaux et libyens (...) à la plus grande retenue », a annoncé hier la présidence française. « Ils ont exprimé leur volonté qu’un accord politique soit trouvé dans le cadre des Nations unies (...) afin de restaurer l’unité et la pleine souveraineté de la Libye », a ajouté l’Élysée. Macron et Sissi « sont convenus d’agir en étroite coordination dans la perspective de la conférence de Berlin et pour faciliter une relance décisive des négociations interlibyennes ».Le président turc Recep Tayyip Erdogan a ouvert jeudi la voie à une intervention militaire directe de son pays en Libye, en soutien au gouvernement de Tripoli face à l’homme fort de l’Est libyen Khalifa Haftar. Ce dernier est soutenu par plusieurs pays, dont l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte, trois rivaux régionaux d’Ankara. La présidence turque a transmis hier au Parlement pour examen une motion autorisant le déploiement de militaires en Libye. Cette motion, signée par le chef de l’État turc, a été envoyée à la présidence du Parlement, une première étape qui sera suivie jeudi d’une session extraordinaire à l’hémicycle pour un débat, a rapporté l’agence de presse étatique Anadolu. Cette initiative s’inscrit dans le sillage d’un accord de coopération militaire et sécuritaire conclu entre M. Erdogan et le chef du gouvernement d’union nationale libyen (GNA), Fayez al-Sarraj. Le 27 novembre, Ankara a signé deux deals avec le GNA, l’un portant sur la souveraineté maritime, qui permet à la Turquie de faire valoir des droits sur de vastes zones en Méditerranée orientale riches en hydrocarbures, au grand dam de la Grèce, de l’Égypte, de Chypre et d’Israël.
Pour obtenir l’autorisation de déployer des forces combattantes en Libye, le gouvernement turc doit faire approuver par le Parlement un mandat séparé, comme il le fait tous les ans pour envoyer des militaires en Irak et en Syrie. C’est le but de la motion envoyée hier au Parlement. Un déploiement de soldats turcs sur le terrain est susceptible d’aggraver le conflit fratricide, alimenté par des puissances régionales rivales, qui déchire la Libye depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.
« Groupes arabophones »
L’émissaire de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, a également réagi hier après les accords signés entre Ankara et le gouvernement d’union nationale (GNA) de Tripoli, regrettant que ceux-ci marquent une escalade dans le conflit libyen. Dans un entretien accordé au Monde, M. Salamé a estimé que ces deux accords marquent « une escalade dans le conflit en l’étendant à des zones éloignées de la Libye, notamment le contentieux entre les Grecs et les Turcs sur la délimitation maritime ». L’émissaire de l’ONU a regretté « l’internationalisation du conflit, son extension territoriale, notamment au niveau maritime, et aussi l’escalade militaire proprement dite ». « On a vu l’arrivée et l’activité beaucoup plus intense d’une aviation non libyenne. Nous voyons aussi des mercenaires de plusieurs nationalités – dont les Russes – venir soutenir les troupes de Haftar à Tripoli », a dit M. Salamé. Et, assure-t-il, il est aussi question de « groupes arabophones, probablement venant de Syrie, qui seraient déployés du côté du GNA, ainsi que de l’arrivée de plusieurs avions depuis la Syrie à l’aéroport de Benghazi », fief du maréchal Haftar. M. Salamé s’est dit « déçu, blessé qu’après neuf mois de combats à Tripoli, nous n’ayons toujours pas de résolution du Conseil de sécurité appelant à un cessez-le-feu ».
La Ligue arabe tiendra aujourd’hui, à la demande du Caire, une réunion urgente « pour examiner l’évolution de la situation en Libye et les risques d’escalade qui pourrait menacer la stabilité de la Libye et de la région », selon un communiqué de l’organisation panarabe publié hier.
Source : AFP


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