Un député irakien a été condamné mardi à six ans de prison pour une histoire rocambolesque de pot-de-vin, un rare procès en présence de l'accusé dans un pays ravagé par la corruption où les responsables véreux prennent généralement la fuite avant d'être appréhendés.
Fin novembre, le député Mahmoud Mollah Talal devait auditionner le ministre de l'Industrie, au moment où le Premier ministre annonçait un remaniement, laissant entendre que le portefeuille de l'Industrie serait un des premiers à être redistribué.
Il comptait notamment sortir une carte maîtresse, assure à l'AFP une source au sein de la Commission gouvernementale de lutte contre la corruption: il "avait découvert qu'un groupe privé lié au ministre décrochait tous les contrats publics du ministère".
Mais avant qu'il n'ait le temps d'exposer cette affaire devant l'Assemblée, il est lui-même tombé dans un piège.
Un proche du ministre Saleh al-Joubouri lui a proposé un accord: garder le silence en échange de 250.000 dollars, explique la même source.
Ce que le député ne savait pas, c'est qu'une équipe de la Commission anti-corruption était sur ses traces. A peine la transaction --en liquide-- réalisée, cette dernière n'a eu qu'à ouvrir le coffre de la voiture du député pour en sortir la somme exacte: "150.000 dollars, comme premier versement". Et pour arrêter le député "en flagrant délit".
Le député du parti Hikma, un groupe minoritaire au Parlement dirigé par le dignitaire chiite Ammar Hakim, "a été condamné mardi à six ans de prison par un tribunal de Bagdad", indique à l'AFP une source judiciaire.
Il n'est que le dernier responsable en date condamné pour corruption en Irak.
Généralement, les élus, officiels ou hommes d'affaires épinglés réussissent à prendre la fuite à l'étranger avant que les chefs d'accusation ne leur soient officiellement notifiés.
Déjà deux ex-ministres du Commerce ont été condamnés par contumace pour avoir détourné des millions d'euros de fonds publics, ainsi que plusieurs autres responsables et hommes d'affaire.
Depuis 2003, selon les chiffres officiels, l'or noir --unique ressource en devises du pays et qui assure 90% du budget de l'Etat-- a rapporté plus de 750 milliards d'euros à l'Irak. Plus de la moitié de ses revenus, quelque 410 milliards d'euros, se sont évaporés dans les méandres de la corruption.
C'est contre ces détournements et l'absence de services publics qu'a éclaté il y a deux mois et demi une révolte inédite en Irak, deuxième producteur de brut de l'Opep.
Après près de 460 morts et 25.000 blessés, ce procès est le premier à condamner un responsable face à une rue qui conspue toute la classe politique sans exception.


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