En regardant les couleurs du ciel

En grandissant, j’ai appris très jeune à associer les couleurs du ciel au temps qu’il fait. De tous les tons de bleu à toutes les variations de gris, cette myriade de couleurs était une indication claire de tempêtes, de pluie, de temps chaud ou de froid. 

17/12/2019

Mais aujourd’hui, la fréquence des brumes et des nuages rendent la visibilité difficile et le lien entre le ciel et le temps qu’il va faire est devenue moins évident.

Le brouillard est un mélange de couleur jaunâtre et grise qui crée une atmosphère brumeuse avec une faible visibilité. En fait, le brouillard est un mélange de fines particules de poussière et de pollution, émanant de gaz toxiques divers (ozone, dioxyde d’azote) auxquelles il faut ajouter de la vapeur et des gouttes d’eau.

Les enfants sont particulièrement vulnérables aux effets de la pollution de l’air, car ils sont plus proches du sol où la concentration de polluants est à son apogée et parce qu’ils respirent plus vite que les adultes. Ils absorbent donc plus de polluants que leurs poumons en développement ne peuvent le supporter. C’est d’ailleurs la cause principale de l’asthme chronique qui peut les atteindre ou encore du développement du cancer du poumon chez les enfants en bas âge. Plus tard, en grandissant, cette exposition permanente à un air pollué peut augmenter les risques de maladies cardiovasculaires.

La fumée est aussi produite par la combustion du carburant dans les voitures, les générateurs, les motos, les moteurs des bateaux, les cheminées et les feux. En raison de sa grande toxicité pour toutes les espèces vivantes, ces émissions sont strictement réglementées dans la plupart des pays développés. Malheureusement, dans les pays en développement, ces émissions de gaz et de fumée sont très peu contrôlées et aboutissent ainsi à une augmentation des taux de mortalité par accident et de maladies. En fait, près de 80 % des maladies qui sont dues à la pollution de l’air se trouvent dans les pays en développement.

Il faut ajouter aux grandes émissions de gaz et de fumée, la réduction du taux de pluviosité, ce phénomène ayant été enregistré au cours des dix dernières années. Nos hivers sont plus courts et nos été sont définitivement plus longs et plus chauds, avec de plus en plus de pics de chaleur. Les effets de la sécheresse du climat et des températures élevées sont destructeurs. Cela englobe aussi l’intrusion d’eau salée, l’asséchement des étendues aquatiques, l’entraînement de la poussière dans l’air à cause de la sécheresse des sols et l’augmentation de la fréquence des incendies et des tempêtes dans le désert.

Quand l’hiver écourté aboutit à une réduction des réserves d’eau , c’est justement le fait de creuser le sol à la recherche des nappes phréatiques pour faire remonter l’eau à la surface qui facilite l’infiltration de l’eau salée dans les nappes d’eau douce. C’est ce qu’on appelle l’intrusion du sel. C’est un véritable problème pour les habitants qui vivent dans les régions côtières, notamment au Liban, où le niveau de salinité de l’eau a dépassé 1000 ppm (particules par million) dans certaines zones. En général, normalement, le niveau de salinité devrait rester aux alentours de 300 ppm pour ne pas causer de dommages aux espèces vivantes qu’il s’agisse des hommes, des animaux ou des plantes.

Les rivières s’assèchent donc au grand dam des agriculteurs qui sont forcés d’abandonner leurs champs. L’asséchement des sols a augmenté le nombre des incendies de forêts. Nous avons d’ailleurs eu un échantillon de ce phénomène, à travers les terribles incendies qui se sont déclarés récemment au Liban.

Face à tous ces défis immenses, notre survie dans la région exige une grande adaptation aux nouvelles réalités climatiques. Au Centre de protection de la nature a l’Universite Americaine de Beyrouth, nous avons adopté une approche publique participative pour travailler avec les populations locales sur des programmes de reboisement pour lutter contre la sécheresse et protéger la flore des risques d’incendies, des projets pour permettre aux citoyens de tester le niveau de pollution de l’eau, de l’air et des sols, la protection des sites et des réserves naturelles, ainsi que des programmes d’éducation et de formation dans les écoles, les municipalités et les collectivités locales pour adopter un meilleur comportement écologique et prendre des habitudes qui protègent l’environnement.

Nous espérons redécouvrir les couleurs naturelles de notre ciel, de nos mers et de nos paysages. Nos enfants pourront ainsi regarder autour d’eux et s’imprégner de l’éventail des merveilleuses couleurs qu’offre l’environnement et la nature en particulier.


Najat A. Saliba est lauréate du Prix de l’Oréal-UNESCO pour les femmes dans la Science
Directrice du Centre de protection de la nature
Éditorialiste à l’Académie PEER J et au Lebanese Science Journal
Professeure de Chimie à la Faculté des Arts et des Sciences de l'Université américaine de Beyrouth

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