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Campus

« J’ai trouvé Dieu sur le visage des pauvres »

TÉMOIGNAGE

À 19 ans, Joe Chello est étudiant en 2e année de journalisme à l’Université libanaise. En parallèle, il s’est lancé dans une carrière de prêtre lazariste. Un parcours hors du commun, pas si étrange qu’il n’y paraît...

07/12/2019

C’est un jeune homme élancé, il porte la barbe comme tant d’autres Libanais, rien de spécial dans l’habit ni dans la démarche. On pourrait dire qu’il se fond dans la masse. Pourtant, pour cet Achrafiote issu de la classe moyenne avec un père soldat et une mère femme au foyer, un destin bien particulier est en train de se dessiner. Si tout se passe bien, dans deux ans il sera à la fois journaliste et prêtre missionnaire. Même pour le Liban, ca reste atypique dans un XXIe siècle qui voit beaucoup de jeunes rêver d’Instagram, de bars de hipsters, de dollars et de voitures de luxe. Joe Chello, lui, a d’autres aspirations : il a décidé de consacrer sa vie à aider son prochain. Sa première intuition a été l’Église. Le journalisme est venu après, un peu par défaut. « J’ai toujours voulu être prêtre. Mais ma mère est chiite et mon père est loin de l’Église. Je n’ai pas eu vraiment d’éducation religieuse. Comme au départ, ils ne voulaient pas que je sois prêtre, il a fallu que je choisisse un cursus d’études universitaires. J’ai alors pensé au journalisme parce qu’il est vecteur de liberté et d’expression », résume-t-il.

Dès l’âge de 6 ans, dans sa chambre, il jouait à imiter les prêtres, à s’habiller comme eux. « C’est avant tout l’attitude qui me fascinait. Quand j’allais à l’église, je m’asseyais derrière le prêtre et m’imprégnais de ses gestes. » À 12 ans, il commence à chercher une paroisse, tout seul. Il se rend d’abord chez les grecs-catholiques à Sioufi. « C’est là-bas que j’ai compris que je ne voulais pas être un père de l’Église mais un missionnaire. » À 17 ans, alors qu’il passe son baccalauréat, il commence à travailler avec les sœurs de la Charité au sein de l’équipe missionnaire de la Charité « dans des associations et des missions, au cours desquelles on s’occupait, entre autres, de réfugiés syriens à la Békaa et de personnes dans le besoin qui dorment sous les ponts à Cola, sans discrimination aucune fondée sur leur religion ou leur origine ». L’année passée, alors qu’il a 18 ans, il intègre à la fois la faculté d’information de l’Université libanaise et un centre vocationnel (un endroit où l’on peut découvrir le milieu ecclésiastique, avec des formations et des sessions, et où les pères, à terme, décident s’ils considèrent que la vocation du jeune est bonne pour lui ou pas). Actuellement, il fait un préséminaire pour devenir séminariste. « La plupart de mes amis à l’université me voient comme un original. Car ils sont tous contre la religion, ils disent chercher la liberté. Depuis que je suis petit, j’entends : “Qu’est-ce qui t’attire là-dedans ? Va te marier, sors avec des filles, etc.” Aujourd’hui, le mode de vie de la société a détourné la jeunesse de la religion. Peut-être est-ce dû à l’influence occidentale », questionne-t-il. Quoi qu’il en soit, Joe Chello sait qu’il aime le social, l’humanitaire, le regard des gens : « Dieu, je l’ai trouvé dans l’humanité. »



« Il faut séparer la religion de l’État »
L’humanité avant tout, donc. Mais surtout les plus démunis car « les pauvres sont nos maîtres », comme disait saint Vincent de Paul, le fondateur de la Congrégation de la mission en 1625 – aussi appelée les lazaristes.

Si Joe Chello a commencé en tant qu’élève des sœurs de la Charité au sein de l’équipe missionnaire de la Charité, il fait à présent partie de la communauté des lazaristes qui, comme les jésuites, sont latins et répondent de Rome. « Les lazaristes et les jésuites ont toujours les pieds sur terre. Ils vivent dans la société, au milieu des gens. Ils ne s’isolent pas, ils partagent l’humanité. C’est d’ailleurs pourquoi je peux utiliser le journalisme avec ma mission. » En effet, contribuer à améliorer la vie des gens en société, il peut le faire, et avec l’Église et avec le journalisme : l’implication toute tournée vers la vie des hommes, dans leur quotidien le plus cru, c’est là que réside le pont entre ces deux professions qu’on a une certaine inclination à distancier. Comment participer ? le jeune étudiant-missionnaire répond : « Chaque semaine, nous allons chez des personnes âgées qui ne peuvent se rendre à l’Église pour leur donner l’hostie. On va à Karm el-Zaytoun, à Raouché, à Dbayeh pour aider les pauvres, qu’ils soient chrétiens ou musulmans : on leur apporte du pain et des habits, et on mange tous ensemble. »

Des affamés, le Liban en compte de plus en plus, et il faut bien croire qu’avec la crise économique actuelle et l’incurie de nos politiciens, la misère ne va faire qu’aller de mal en pis. Et Joe Chello, qui vient de passer à un mi-temps contraint dans le magasin de sport où il travaille pour gagner sa vie, le sait bien. « Je suis avec la voix du peuple. Je veux que les gens soient libres. Ce n’est que par cette liberté qu’on pourra avoir un pays. Les groupes politiques et religieux font avancer les hommes comme des moutons. Je suis partisan d’une séparation de la religion et de l’État. Je suis aussi pour le mariage civil car je laisse la liberté de choisir. Ce n’est pas parce qu’on est prêtre qu’on doit forcer des gens qui sont loin de la religion à se marier religieusement. » Et de conclure : « Au Liban, il y a des gens très stricts dans l’Église. Je suis contre cela. Lorsque j’imagine Dieu, je n’imagine pas un Dieu qui oblige ou force les gens. Il y a encore des prêtres aujourd’hui qui poussent les gens à avoir peur de Dieu. Beaucoup de jeunes refusent cela, et ils ont raison. Car Dieu est amour. »



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