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Moyen Orient et Monde

En Irak, les politiciens négocient sous la pression persistante de la rue

Contestation

Kassem Soleimani est de retour à Bagdad.

OLJ
03/12/2019

Les politiciens poursuivaient hier les négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement en Irak, où les manifestations contre le pouvoir et son parrain iranien se poursuivaient pour réclamer la mise à bas de l’ensemble du système actuel.

Signe que Téhéran est décidé à ne pas perdre une influence qui écrase désormais celle de Washington aux abonnés absents, le puissant général Kassem Soleimani, émissaire iranien pour les affaires irakiennes, est de retour à Bagdad, indiquent des responsables.

Avant même que le Parlement n’accepte formellement dimanche la démission du Premier ministre Adel Abdel Mahdi et de son cabinet, les partis politiques ont commencé à se réunir. Et ces « rencontres se poursuivent », a assuré hier un haut cadre politique.

Avec le Parlement le plus hétéroclite de l’histoire récente de l’Irak, la formation d’un cabinet sera, comme il y a 13 mois à la prise de fonctions de M. Abdel Mahdi, un délicat exercice d’équilibriste. Cette fois-ci, il faudra convaincre encore davantage de parties : l’Iran, d’abord, influent grand voisin « qui ne cédera pas facilement », selon Harith Hassan, spécialiste de l’Irak.

Le grand ayatollah Ali Sistani, aussi, figure tutélaire qui a précipité la chute de M. Abdel Mahdi. La communauté internationale, en outre, qui dénonce la répression et l’absence de réformes face à des manifestations endeuillées par plus de 420 morts. La rue, enfin – voire surtout – intransigeante jusqu’ici.

La rue plus forte

Au bout de deux mois de ce mouvement social spontané et inédit, « les manifestations l’emportent sur les interférences étrangères », convient le haut cadre politique sous couvert d’anonymat. Les exigences de la rue n’ont cessé de grossir. Les protestataires, qui occupent les places de Bagdad et du Sud, veulent la refonte du système politique installé par les États-Unis après la chute de Saddam Hussein en 2003. Ils veulent aussi renouveler une classe politique qui, en seize ans, a déjà fait s’envoler dans les vapeurs de la corruption l’équivalent de deux fois le PIB de l’un des pays les plus riches en pétrole au monde. Ils disent déjà refuser les listes de noms de Premiers ministrables ayant fuité.

« On veut arracher le gouvernement par la racine », lance Mohammad al-Machhadani, qui manifeste sur la place Tahrir de Bagdad. Et le Parlement, et le président, renchérit Abdelmajid al-Joumeili, étudiant en droit, car « s’ils débarquent Abdel Mahdi pour ramener un autre sorti de la même classe politique, rien n’aura changé ».

Face à la rue, l’opposition – emmenée, séparément, par le turbulent leader chiite Moqtada Sadr et l’ancien Premier ministre Haïder al-Abadi – a dit refuser de participer aux négociations. « Ils savent que la barre est très haute et qu’il leur est très difficile de contenter la rue, décrypte M. Hassan. Ils ne veulent pas se retrouver face à plus de colère et de rejet. »

Transition courte

« Le meilleur scénario serait un gouvernement de transition instaurant un nouveau cadre législatif pour les prochaines élections », affirme-t-il. L’homme à sa tête « n’aura pas besoin d’être un vétéran de la politique mais quelqu’un qui peut mener cette tâche et sûrement promettre de ne pas se présenter à ce scrutin ».

Un haut responsable va dans le même sens. « La transition ne doit pas durer plus de six mois », assure-t-il, sous le couvert de l’anonymat. Et celui qui la mènera « sera un second ou un troisième couteau de la politique », car les grands noms sont tous rejetés, « mais pas un novice », prévient-il.

Dans la rue, les manifestants sont toujours là, à Bagdad, Diwaniya, al-Hilla, Kout ou Najaf, ville sainte chiite en proie aux violences depuis l’incendie de son consulat iranien mercredi soir. À quelques centaines de mètres du campement des manifestants, les affrontements se sont poursuivis dimanche jusque tard dans la nuit aux abords du mausolée d’une figure tutélaire d’un parti chiite, d’où des hommes en civil ont tiré sur les manifestants qui avaient incendié une partie du bâtiment.

Les chefs tribaux tentent d’intercéder pendant le calme précaire. Mais s’ils se sont réunis, ils ne sont pas parvenus à s’entendre sur une sortie de crise.

À Nassiriya, ville d’origine de M. Abdel Mahdi, les violences déchaînées par une répression lancée par un militaire dépêché par Bagdad avant d’être limogé au milieu du chaos ont cessé. Mais les manifestants tiennent toujours leur campement, réclamant « la chute du régime », accusé d’avoir choisi la voie de la violence dans une ville parmi les plus lésées du pays en termes d’infrastructures.

Source : AFP

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