Rafael Nadal était en mission : malgré une saison éreintante, il estimait de son devoir d’offrir à son pays la Coupe Davis, dont le nouveau format était expérimenté cette année à Madrid. Et grâce à lui, l’Espagne a remporté dimanche son 6e Saladier d’argent, aux dépens du Canada. Feliciano Lopez, Pablo Carreno ou Marcel Granollers connaissent des défaillances ? Qu’à cela ne tienne, « Rafa » est là. Roberto Bautista doit se rendre au chevet de son père mourant à 400 km de Madrid ? Pas de problème, « Rafa » veille. Jusqu’au bout, jusqu’à dimanche où il a puisé dans ses dernières forces pour battre le très combatif Denis Shapovalov (6-3, 7-6 (9/7)) dans le second simple de la finale. Et à tout seigneur tout honneur, Nadal a été le premier à avoir porté la Coupe Davis à ses lèvres pour en avaler quelques gorgées de champagne bien méritées. Javier Soriano/AFP
Entre le « ils ont piétiné les traditions » du Français Nicolas Mahut et le « je préfère cette formule à l’ancienne » du capitaine canadien Frank Dancevic, finaliste dimanche, la Coupe Davis nouvelle formule a proposé à Madrid une compétition spectaculaire, mais a généré de nombreuses et lourdes polémiques.
Aces
L’objectif n° 1 des organisateurs était d’attirer les meilleurs joueurs dans un tournoi par équipes ramassé sur une semaine dans une ville. C’est une réussite, la quasi-totalité du gratin était là. Seul Alexander Zverev a décliné alors que l’Allemagne était qualifiée. Roger Federer était absent, mais la Suisse n’était pas qualifiée, tout comme Stefanos Tsitsipas et la Grèce.
Un format nerveux : le système de trois rencontres (deux simples et un double) jouées en deux sets gagnants a donné lieu à des matchs très intenses, de très bonne qualité globalement et très serrés. En 73 parties jouées lors des 25 matches disputés, il y a eu un nombre faramineux de tie-breaks – 49 pour 172 sets disputés au total (28 %), dont 24 (49 %) ont été décisifs, à l’image de celui remporté (9/7) par Rafael Nadal en finale contre Denis Shapovalov pour le titre. Les joueurs ont apprécié, car ce système crée le « danger » à chacune des rencontres pour le perdant, a souligné Nadal. Le public a adoré pour la dramaturgie.
Le double est remis à l’honneur : dans 12 des 25 matches joués (48 %), les équipes se sont départagées au double décisif, donnant à ces parties déjà plutôt spectaculaires une importance primordiale.
Rafael Nadal : à lui seul, il a porté cette première édition de la Coupe Davis dans son format Coupe du monde en emmenant l’Espagne jusqu’à la victoire, assurant ainsi à la finale une ambiance digne de l’ancienne formule qui a fait la légende du Saladier d’argent.
Fautes
L’ambiance : c’était l’ébullition dans la Caja Magica pour les matches de l’Espagne, en particulier contre l’Argentine en quarts de finale et la demi-finale contre la Grande-Bretagne, dont les fans étaient venus en nombre. En revanche, le public était épars et beaucoup moins impliqué pour la plupart des autres équipes, avec au mieux une centaine de fans nationaux pour soutenir les leurs. Les Kazakhs, les Belges et les Britanniques, notamment, se sont montrés parmi les plus actifs. Ce fut un bide pour la France, dont les supporteurs historiques ont boycotté la compétition pour protester contre le format, pénalisant ainsi leurs joueurs qui s’en sont plaints. Les organisateurs ont par ailleurs estimé que la fréquentation avait été satisfaisante, avec environ 134 000 spectateurs sur la semaine.
L’importance donnée au double, forme de jeu plutôt spectaculaire mais qui exprime moins bien que le simple l’essence du tennis.
Doubles fautes
Horaires tardifs : c’est l’énorme point noir de cette nouvelle Coupe Davis, avec des matches qui sont allés au bout de la nuit. Si la palme est revenue à l’Italie et aux États-Unis, qui se sont séparés à quatre heures du matin passées, l’Espagne a atteint plusieurs fois les deux heures du matin, provoquant la colère de Rafael Nadal. Le promoteur, l’ex-footballeur Gerard Piqué, a convenu que, même si l’organisation avait prévu des matches tardifs, « 4h c’est trop tard », et que le sujet n’est « pas un gros problème » à résoudre et allait être traité pour l’année prochaine. Outre les joueurs, il est difficile de maintenir l’intérêt du public aussi tard dans la nuit, que ce soit sur place ou à la télévision, surtout lorsque ce n’est pas son équipe qui joue.
Corollaire : des décisions d’équipes de ne pas jouer le double en phase de groupes une fois la qualification acquise, ce qui fausse la compétition en plus de donner une mauvaise image de l’équipe et de la compétition. Gerard Piqué a assuré que le règlement serait revu, sans donner la moindre piste.
La qualification de deux meilleurs deuxièmes : avec six groupes de trois équipes, il fallait déterminer par de savants calculs prenant en compte les victoires, les sets, voire les jeux, les deux équipes qui compléteraient le tableau des quarts de finale. Ces calculs d’apothicaire nuisent à la lisibilité de la première phase de la compétition.
L’absence de Roger Federer : celui qui, au même moment remplissait des stades de football de plusieurs dizaines de milliers de spectateurs pour des exhibitions en Amérique du Sud, accompagné du jeune Alexander Zverev, a bien manqué à Madrid pour garnir les tribunes.
Igor GEDILAGHINE/AFP


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