Le président iranien Hassan Rohani, dans une photo publiée le 12 novembre. Présidence iranienne/HO/AFP
Téhéran a mis en garde hier contre une guerre civile au Liban, en accusant indirectement les États-Unis de chercher à dévier les manifestations au Liban de leur trajectoire, pendant que le Hezbollah pointait du doigt la responsabilité de Washington dans la crise économique et financière aiguë que traverse le pays.
« Les États-Unis ont déclaré qu’ils s’étaient rendus en Syrie pour combattre le terrorisme, mais ils sont maintenant là pour le pétrole », a déclaré le président iranien Hassan Rohani dans son discours, à l’ouverture de la 33e conférence internationale sur l’unité islamique qui s’est tenue à Téhéran, avant d’ajouter : « Quand les Irakiens sont descendus dans la rue pour réclamer leurs droits, qui a détourné ce mouvement populaire? » « La même chose s’est produite au Liban, il y a des parties qui veulent transformer les manifestations en guerre civile », a-t-il dit sans davantage de précisions.
Ses propos ont été rapportés par la chaîne du Hezbollah, al-Manar, ainsi que par une autre télévision iranienne, al-Alam, qui a pour sa part précisé que Hassan Rohani faisait référence aux États-Unis.
À Beyrouth, le groupe parlementaire de la Fidélité à la résistance a aussi mis en garde contre les risques de dérapage. Réuni hier sous la présidence de son chef, le député Mohammad Raad, il a appelé les Libanais à « prendre conscience des risques liés à la situation actuelle », jugeant que le peuple doit aujourd’hui « plus que jamais rester attaché à l’unité nationale et à la paix civile, au bon fonctionnement des institutions constitutionnelles, et avoir pour seules référence les règles nationales et légales qui garantissent pour tous la liberté d’expression et de circulation ». Le groupe a mis en garde contre « les incidents regrettables et imprévus qui peuvent compliquer davantage la situation et compromettre les efforts de solution ».
Il a jugé « la coopération et le dialogue » indispensables, « pour faire face à la crise économique et financière et satisfaire les revendications légitimes de la population ». Les députés du Hezbollah ont stigmatisé dans ce cadre « les ingérences américaines dans les affaires libanaises ». Ils ont critiqué vivement les déclarations du secrétaire d’État Mike Pompeo, « qui essaie d’exploiter la souffrance et les revendications des Libanais en prétendant que son administration les soutient, alors que les politiques américaines sont responsables de la crise économique et financière qui accable aujourd’hui le Liban ». « Ce sont les pressions américaines qui empêchent le pays de tirer profit de ses ressources, de contribuer à la reconstruction de la Syrie et d’exporter ses produits à travers ce pays, ce qui le prive d’importantes opportunités », ont accusé les députés du Hezbollah qui ont appelé les Libanais à « s’opposer fermement à ces politiques destructrices pour notre économie et qui, plus encore, constituent une atteinte flagrante à la souveraineté nationale ». Ils leur ont demandé d’empêcher « ces politiques de déterminer la gestion nationale des affaires publiques ».
Vendredi dernier, M. Pompeo, avait appelé à « soutenir » les Libanais et les Irakiens qui manifestent par milliers depuis des semaines contre le pouvoir politique.
Selon des sources proches du Hezbollah, citées par notre chroniqueur politique Philippe Abi-Akl, les développements successifs qui ont débouché sur la démission du Premier ministre Saad Hariri doivent être mis dans le contexte du ciblage international du parti chiite, dans la perspective de son désarmement. Cette démission est perçue dans les milieux du Hezbollah comme un coup direct à cette formation, dont le chef Hassan Nasrallah avait, rappelle-t-on, exprimé sans ambages son opposition à une démission du cabinet, alors que le soulèvement populaire venait de commencer et que des centaines de milliers de personnes appelaient à la chute de l’exécutif.


CA VA VENIR MAIS CHEZ EUX !
11 h 46, le 15 novembre 2019