Enfant bénévole, fils de manifestants, à Beyrouth.
Ayant suivi toute l’évolution des récents événements et en réaction impartiale à la lecture de plusieurs articles sur le « complot anti-Aoun » qui aurait financé puis manipulé les manifestations révolutionnaires du Liban, je me permets de m’exprimer !
Un complot antiprésident Aoun ou antirégime ? Que j’approuve ou non cette hypothèse, peu importe mon avis ! Que j’apprécie ou non les saintes et honnêtes réalisations de M. le Président Aoun et de son Premier ministre, peu importe ! En tant que Libanaise amoureuse de mon cher Liban uni et libre, et comme analyste neutre et non partisane, à mon tour, je réagis...
Si l’hypothèse du complot s’avère un jour correcte, aucune solution n’est actuellement rationnellement et intelligemment mise en œuvre pour le confronter ! L’analyse basée sur une théorie du complot extrinsèque est (et a toujours été) un nœud important du complexe maladif, immature, psychique moyen-oriental (ou par ailleurs anti-israëlite ou anti-iranien). Et elle ne mène à aucune solution constructive, puisque c’est une perte de temps et d’énergie ! Trop analyser et trop médiatiser ne résolvent pas le problème.
Deux millions de frustrés sont dans la rue ! Comment les satisfaire ? Par une recherche du déclencheur direct immédiat ? Ou par un diagnostic des faits sur le terrain, de leurs causes sous-jacentes et de leurs conséquences ? Si nous tentons de régler une situation, un conflit ou les effets d’un discours avec une analyse paranoïaque (« ils » veulent nous arracher notre siège), complotiste (« ils » sont contre nous, ils veulent nous détruire), séparatiste (« eux » versus « nous ») et victimiste (nous sommes les « victimes »), rien n’avancera ! C’est fuir la responsabilité : blâmer les autres et dormir sur nos oreilles ! Or aujourd’hui, la volonté du peuple s’impose grâce à (1) des faits : une très large manifestation réussie; (2) des causes : une longue frustration handicapante cumulée et (3) des conséquences : une paralysie socio-économique, un chaos, une longue attente...
La pensée prônant que « les manifestants rebelles sont soumis à une volonté extrinsèque qui les manipule » domine la réflexion de plusieurs analystes, ce qui est faux, irresponsable et enfantin. Ce n’est pas la manifestation dans la rue qui est instrumentalisée et poussée par « les adversaires », ce qui est instrumentalisé, c’est l’histoire du Liban avec tous ses conflits politiques, confessionnels et religieux passés, les intérêts financiers, ses guerres, ses massacres (druzes contre chrétiens p. ex.) et la haine historique entre les milices, les partis politiques et les leaders. Ce sont ces haines et ces rancunes centenaires qui sont utilisées afin de créer des paniques, des émeutes, des combats, des divisions et affaiblir la voix des authentiques rebelles. Deux millions de personnes sont dans la rue! Que faire ?
1- Si le « régime fort » comme les aounistes le désignent était vraiment fort, on n’aurait pas vu tant de Libanais insatisfaits criant à l’aide pendant une dizaine de jours ;
2- Si c’était un vrai complot (contre le régime Aoun) financé et alimenté par ses adversaires, il faudra des preuves. M. le Président doit alors prouver sa persévérance en ralliant son peuple sous son aile comme en 1989. Lui qui avait demandé la chute du cabinet ministériel car les manifestations la réclamaient à l’époque ! Si les manifestations d’aujourd’hui sont vraiment un complot et manipulées contre le « régime fort », le peuple attend qu’il prouve sa bonne volonté et sa puissance, en défendant et en attirant dans son camp ce peuple malentendu, incompris, frustré, appauvri, déçu, désespéré et en colère ;
3- S’il est vraiment confiant, autonome, intègre, fort, honnête et direct, (M. le Président ou M. le PM) ils auraient influencé le Parlement afin d’accélérer la signature de lois et de travaux urgents, appelé à une séance parlementaire urgente, puis tenté de chasser tous ces sales ministres et questionné la légitimité du cabinet. Il n’aurait pas accepté de gouverner encore le pays avec des corrompus, dans une situation économique et sociale inhumaine et insupportable. Leur démission, pas nécessairement la sienne ! C’est tout ce que le peuple demande! Il craint le vide institutionnel ? Et la situation actuelle, est-elle « pleine », démocratique et légitime ? N’est-ce pas un vrai vide ?
4- Au lieu d’essayer de contourner, de confronter et de sous-estimer l’insatisfaction et la frustration des rues, il faut comprendre leurs réelles motivations et leur répondre de façon adéquate ! Leurs besoins et leurs exigences sont si basiques ! Leurs réactions sont si naturelles et humaines et relèvent de simples... « droits », dont le droit de s’exprimer !
Mais sont- ils encore à l’écoute, crédibles, puissants, voire même influents? M. le Premier ministre et M. le président ?
Mariane SAWAN, Ph.D.
Auteure Consultante en
recherche et technologie
Montréal, Canada
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