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Nos lecteurs ont la parole - Par Élie Hanna

Raymond Eddé raconte la naissance de son bébé : le secret bancaire libanais

Avant d’écrire cet article, j’ai cherché sur internet des références sur la chronologie de la naissance du secret bancaire libanais, mais je n’ai rien trouvé sur la période qui a précédé le dépôt du projet de loi au Parlement en 1954. À ce jour, je n’ai rien lu à ce sujet, étonnamment.

Dès lors, il devient de mon devoir de fixer sur papier ce que Raymond Eddé m’avait raconté au hasard d’une discussion, quelques années avant son décès. N’ayant pas pris de notes ce jour-là, ni plus tard, je cite de mémoire ce qui va suivre :

À 34 ans, en 1947, Raymond Eddé, jeune avocat, était en déplacement pour affaires à Neuchâtel en Suisse, en visite à l’un de ses clients. Dans le lobby de l’hôtel (le Beau-Rivage peut être ?), il y avait à disposition des clients sur le comptoir de la réception des brochures et des feuillets commerciaux. Parmi lesquels un papier qui vantait les bienfaits du secret bancaire sur l’économie suisse et qui prétendait en plus que « si la Suisse avait été épargnée durant la Seconde Guerre mondiale, ce n’était pas en rapport avec son armée aux effectifs élevés, ni en relation avec ses montagnes réputées infranchissables, mais plutôt grâce à son secret bancaire ».

Le futur amid du Bloc national a été interloqué par cette affirmation, et il glissa ce papier étroit et longiligne dans la poche de son veston, qu’il utilisa plus tard comme marque-page, à bord du bateau qui le ramènera à Beyrouth.

Le livre qui l’accompagna dans son voyage de retour garda secrètement le marque-page dans ses entrailles, pendant plusieurs années. Il est resté debout, silencieux, en compagnie de plein d’autres livres, à proximité immédiate de son propriétaire, dans la bibliothèque.

Pour la campagne électorale des législatives de 1953, Raymond Eddé s’est activé avec toute l’énergie que nous lui connaissons pour préparer des idées nouvelles, afin de moderniser le pays. À la recherche d’un cahier judiciaire dans sa bibliothèque, le amid a pris dans ses mains le fameux livre, sans raison particulière, et voilà que le marque-page se libère enfin pour contribuer grandement à ce qui est devenu un formidable moteur d’expansion économique au Liban.

Le amid s’écria « Wajatouha ! » ce qui veut dire « eurêka ».

Raymond Eddé s’est inspiré de la loi suisse sur le secret bancaire pour créer « le sien, son secret bancaire », comme il disait, mais il l’a voulu plus draconien. Il a introduit dans la loi l’interdiction aux militaires de lever le secret bancaire sur les comptes bancaires des citoyens, même en cas d’état d’urgence. Raymond Eddé avait sollicité dans ses travaux préparatoires l’aide de l’ambassade de Suisse à Beyrouth, qui lui a fait parvenir le texte de la loi, ainsi que la jurisprudence et la littérature juridique de l’époque qui s’y rapportaient. Le député Eddé fraîchement élu en 1953 a présenté sa proposition de loi en 1954. Le texte a été adopté au Parlement, non sans difficulté, et promulgué par le président Camille Chamoun en 1956.

En 1961, Raymond Eddé avait complété la loi sur le secret bancaire par une loi sur le compte joint. La mise en place du secret bancaire au Liban a valu à notre beau pays l’appellation d’origine très connue : la Suisse de l’Orient.

À ce jour, je ne sais toujours pas comment le secret bancaire suisse avait épargné à mon second beau pays, la Suisse, les affres de la guerre mondiale. Mais bon, si marque-page le disait, nous lui faisons confiance.

Élie HANNA

Genève

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

Avant d’écrire cet article, j’ai cherché sur internet des références sur la chronologie de la naissance du secret bancaire libanais, mais je n’ai rien trouvé sur la période qui a précédé le dépôt du projet de loi au Parlement en 1954. À ce jour, je n’ai rien lu à ce sujet, étonnamment. Dès lors, il devient de mon devoir de fixer sur papier ce que Raymond Eddé m’avait raconté au hasard d’une discussion, quelques années avant son décès. N’ayant pas pris de notes ce jour-là, ni plus tard, je cite de mémoire ce qui va suivre :À 34 ans, en 1947, Raymond Eddé, jeune avocat, était en déplacement pour affaires à Neuchâtel en Suisse, en visite à l’un de ses clients. Dans le lobby de l’hôtel (le Beau-Rivage peut être ?), il y avait à disposition des clients sur le comptoir de la réception des...
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