Monsieur le Président,
Je choisis aujourd’hui de rester dans l’anonymat afin que ceux qui font tout pour vous discréditer ne puissent pas utiliser mon nom contre vous.
Je suis un de vos partisans les plus fervents depuis la fin des années 80. Mon père m’emmenait vous rendre visite à Baabda en 1988 et 89, et puis plus fréquemment à Rabieh après votre retour entre 2005 et 2016.
Monsieur le Président, je dois vous avouer qu’être aouniste ces jours-ci, durant ce que beaucoup nomment la révolution libanaise, est assez difficile.
Ce n’est pas parce qu’on se fait insulter que c’est difficile, les insultes ne décrivent que ceux qui les prononcent. Ce n’est pas non plus difficile parce qu’une grande partie du peuple vous accuse de corruption, ou du moins vous mettent dans le même panier que tous les partis ou personnalités politiques corrompues de la scène politique libanaise (et il y en a tellement). Je sais que vous êtes prêt, comme vous l’avez fait précédemment, à apparaître devant les tribunaux et à laisser cette justice en laquelle vous croyez tellement témoigner de votre intégrité. De plus, il n’est pas difficile d’être aouniste parce que tel ou tel parti politique profite de la crise pour marquer des points politiques contre vous ; au contraire, cela nous remet directement dans notre zone de confort. C’est en se défendant avec les meilleurs arguments qu’on puisait dans la détermination et la conviction d’un peuple qu’on a pu forger notre existence au cours des années et la solidifier, et c’est aussi de cette façon qu’on est passé d’un mouvement politique, persécuté localement et internationalement, à un des mouvements politiques les plus influents dans l’histoire de la politique libanaise, ce qui a mené éventuellement à votre retour bien mérité à Baabda – moment qui était pour la majorité du peuple libanais un moment de salut, de paix et d’espoir pour l’avenir de notre cher pays.
Monsieur le Président, durant votre longue lutte vous étiez un modèle pour toute la jeunesse de mon époque. Je vous dois presque tous les principes politiques et civiques qui guident ma vie de citoyen. Et c’est fort de ces mêmes principes, que je me sens maintenant obligé de vous parler en toute franchise et de vous dire pourquoi il est tellement difficile d’être aouniste en cette période critique.
Il est aujourd’hui difficile d’être aouniste parce que la logique et les principes aounistes ont toujours mis le bien-être du peuple au premier plan. Après tout, vous êtes à la base vous-même un homme du peuple. Et bien que je sois convaincu que le cri du peuple vous fait mal, je n’ai pas trouvé (et apparemment ni la foule dans les rues) que votre première réponse était à la hauteur de l’attente du peuple.
Il est aujourd’hui difficile d’être aouniste parce que nous vous connaissons comme un homme fort. Un homme capable, quand il le faut, d’oublier les calculs politiques et de « renverser la table » pour prendre la bonne décision dans le meilleur intérêt du peuple. Chose que vous n’avez toujours pas faite dans ces premières 12 journées de rue.
Il est aujourd’hui difficile d’être aouniste parce que notre « formation » politique nous oblige à reconnaître les fautes dans notre parcours, alors qu’aujourd’hui, nous préférons blâmer les autres ; Dieu sait que nous aussi avons fait des fautes, et cela est tout à fait normal. Je n’essaie en aucune façon de vous tenir responsable de la situation dans laquelle le pays se trouve, mais nous aurions dû au moins dénoncer, nommer, accuser, et non pas entrer dans le jeu politique au cours de ces trois dernières années.
Il est aujourd’hui difficile d’être aouniste parce que vous avez fondé une école politique basée sur le sacrifice, et que vous étiez le premier à sacrifier 15 ans de votre vie en exil. Alors que maintenant, quand nos compatriotes nous demandent (et croyez-moi ils nous le demandent tous) « pourquoi le général tient tellement à Gebran Bassil alors qu’il est aujourd’hui un des symboles de la haine du peuple libanais envers la classe politique ? » nous ne savons pas quoi leur répondre.
Permettez-moi de m’attarder un peu sur ce dernier point. Je comprends parfaitement que vous considérez que ce serait une injustice énorme d’écarter un politicien ambitieux et honnête, surtout si ce politicien est votre gendre, et la personne que vous avez choisie pour prendre la relève du parti. Je sais aussi que cela semblerait pour le public comme une reconnaissance de culpabilité pour Gebran. Mais vous voyez où nous en sommes arrivés, et si cela est le prix à payer de notre côté pour regagner de la crédibilité aux yeux du peuple, et si cela vous permettrait de reprendre en force votre combat contre la corruption, je vous le demande en tant que membre du CPL depuis la fondation du parti, n’hésitez pas à l’écarter ! Gebran est relativement jeune, il a amplement le temps de prouver son innocence dans les tribunaux s’il est accusé et, j’espère, de travailler sur sa communication cassante et son manque de diplomatie qui sont les raisons principales de la réaction du peuple envers lui.
Monsieur le Président, il n’est pas trop tard. Nous croyons en vous. Et par nous, je ne veux pas dire seulement les Aounistes, mais une grande partie de la population libanaise. Vous devez réaliser que vous représentez le dernier espoir pour beaucoup de Libanais. Ne voyez-vous pas les nombreux appels que le peuple de partout vous lance à longueur de journée à partir des rues sur les chaînes de télévision locales ?
Général ! Demandez la démission immédiate du gouvernement, et facilitez la formation d’un gouvernement de sauvetage formé de personnes professionnelles, intègres, dévouées, honnêtes et spécialistes dans leurs ministères respectifs. Cela ne sera pas une perte politique, mais un progrès national.
Vous êtes la seule personnalité politique libanaise qui peut nous faire atteindre ce but noble en lui-même, et ce n’est qu’avec un tel gouvernement que vous pourriez lutter effectivement contre la corruption, créer un État moderne et cimenter un héritage digne de Michel Aoun.
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SEMAAN MANNOU HONE !
10 h 00, le 29 octobre 2019