C’est sous l’Empire ottoman que le cannabis a commencé à être cultivé dans la Békaa. La plante, robuste et résistante, aime les climats secs et tempérés et n’a pas besoin d’eau ou de pesticides pour grandir. Les plants peuvent atteindre jusqu’à deux mètres. Les semis se font en avril et la récolte à la mi-septembre, juste après la fête de la Croix glorieuse (14 septembre). Cette année, à cause de la vague de froid de l’hiver dernier, les cultivateurs ont commencé à planter le cannabis durant le mois de mai.
Une fois coupés, les épis, portés par des plants femelles, restent une semaine à dix jours à sécher dans les champs. Ils sont ensuite ramassés, mis dans des bâches et transportés aux ateliers. C’est au mois de décembre, quand l’air est froid et sec dans la plaine, que les épis sont cassés et que la fabrication de la résine commence.
Au Liban, il existe trois couleurs de résine dépendamment de la terre où pousse le cannabis : vert sombre, rouge et jaune (blonde). Elles sont très prisées par les connaisseurs et figurent parmi les plus chères du monde.
Les tiges peuvent être utilisées, si de bonnes usines de transformation existent, pour fabriquer de la colle pour la maroquinerie ou du fil de chanvre pour l’industrie textile. Ce genre d’ateliers n’existe pas au Liban. Les tiges et les feuilles sont donc jetées et brûlées dans la plupart des cas.
L’épi donne les graines utilisées pour le fourrage des volailles, de l’huile et de la résine.
Au Liban, très peu d’agriculteurs savent extraire l’huile de cannabis, utilisée à des fins médicinales. Ils misent sur la résine. Ainsi, l’épi effrité est tamisé à quatre reprises. La résine issue du quatrième tamisage est la plus pure et la plus chère. Elle est appelée al-habou en arabe.
Il est impossible d’avoir deux récoltes dans l’année dans la Békaa, car le climat de la plaine est trop froid en hiver.
Il est moins cher pour les agriculteurs de cultiver le cannabis que n’importe quel autre produit. La plante est en elle-même un anti-insecte et n’a pas donc besoin de pesticide pour grandir et elle pousse seule sans engrais. Tout le travail consiste donc à semer les graines, désherber quelquefois, irriguer chaque dix à vingt jours et enfin couper et récolter les épis. De nombreux champs de cannabis de la Békaa sont aussi non irrigués.

