Roy Hachem. Photo tirée du compte Instagram de l’OTV
À l’heure où l’épineuse question des réfugiés fait débat, notamment pour le caractère xénophobe de certaines campagnes menées à ce sujet, une caricature raciste diffusée dimanche soir par la chaîne OTV, organe médiatique du Courant patriotique libre, a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. La caricature montre deux écoliers libanais arrivant devant un établissement scolaire, qui leur en refuse l’accès. Il leur présente ses « excuses », l’école étant « saturée de Syriens, Irakiens, Palestiniens, Indiens, Bangladais, Éthiopiens et Noirs ». Les deux écoliers réagissent alors en se demandant si l’on peut être plus généreux que cela, un jeu de mots évoquant le prénom du ministre de l’Éducation, Akram (Chehayeb), « akram » en arabe signifiant « plus généreux ».
La caricature a choqué par sa xénophobie et son racisme, renvoyant pour les critiquer à des propos tenus récemment par le ministre joumblattiste, dans lesquels il avait affirmé qu’« aucun enfant ne sera déscolarisé, quelle que soit sa nationalité ». Le caractère raciste du dessin satirique a été renforcé par le fait que l’OTV relève du CPL, courant dont le chef, Gebran Bassil, également ministre des Affaires étrangères, plaide sans relâche pour le retour en Syrie des réfugiés syriens, et exerce un forcing pour que la priorité soit donnée aux Libanais, aussi bien en matière de scolarisation que pour ce qui est des opportunités d’emploi.
Indignés par ce qu’ils ont jugé comme « une atteinte aux droits de l’homme », de nombreux internautes s’en sont pris à la chaîne. Contacté par L’Orient-Le Jour, Roy Hachem, le PDG de l’OTV, a déclaré sans détour : « À la suite du tollé, j’ai décidé de bannir la caricature. » « J’ai pris cette décision parce que je suis indigné par ce qui vient de se passer », a-t-il déploré, précisant que ce genre de caricature ne reflète aucunement la politique, encore moins la vocation, de la chaîne.
« Une certaine maturité politique manque terriblement au paysage médiatique libanais à l’heure actuelle. Mieux vaut donc éviter les caricatures », ajoute le PDG de l’OTV.
« Des lignes rouges »
Selon lui, « la polémique suscitée sur les réseaux sociaux est le reflet de l’exercice erroné de la liberté d’expression ». « Une certaine personne a voulu donner son avis au sujet d’un dossier précis et n’a trouvé d’autre moyen que cette caricature, qui a enfreint des lignes rouges à ne pas franchir, telles que le respect de l’homme, loin de tout discrimination ou racisme. Et cela est certainement intolérable », a souligné Roy Hachem, estimant que « parfois, l’on se trouve obligé de payer le lourd prix de l’exercice responsable de la liberté. Et c’est dans ce cadre que s’inscrit la décision d’arrêter de diffuser les caricatures ».
Le PDG de la chaîne a ajouté que la caricature en question, en tout état de cause, est « entachée de quelques erreurs non négligeables, notamment du fait qu’aucun enfant libanais n’est privé de scolarisation, quels que soient les motifs, contrairement à ce qu’elle laisse entendre ».
« À cela s’ajoute le fait que les réfugiés sont scolarisés l’après-midi, c’est-à-dire après les écoliers libanais. Les deux processus sont donc totalement indépendants », poursuit le PDG de la chaîne aouniste. Et d’assurer que la caricature de dimanche n’est porteuse d’aucun message politique visant le ministre de l’Éducation. « Je respecte M. Chehayeb et son travail au sein du ministère. Et je présente mes excuses aux Libanais qui se sont indignés sur les réseaux sociaux », a conclu Roy Hachem.
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Monsieur Hachem, tout à votre honneur. Mes respects.
17 h 07, le 24 septembre 2019