Pas de typhon à l’horizon, des stades remplis – la majorité des matches se joueront à guichets fermés – et un enthousiasme déjà bien palpable: le Japon est fin prêt pour « sa » Coupe du monde de rugby, dont le coup d’envoi sera donné demain à moins d’un an des Jeux olympiques de Tokyo.
« La Coupe du monde va rester gravée dans les mémoires du peuple japonais et ailleurs. » Le président de la Fédération japonaise de rugby (JRFU), Shigetaka Mori, a affiché sa confiance hier lors de la présentation du trophée Webb-Ellis à Tokyo, à quelques mètres du stade olympique encore en construction pour les JO 2020, dont le Mondial de rugby sert de répétition générale.
Le début de semaine a en effet apporté aux dirigeants japonais des signaux très positifs quant au succès d’un tournoi qui s’annonce « très différent des autres », selon le directeur général de World Rugby, Brett Gosper. Les derniers doutes sont levés, même si l’engouement populaire dépendra aussi du parcours des Brave Blossoms, l’équipe nationale qui devra battre la Russie demain en ouverture, puis les Samoa, l’Écosse ou l’Irlande pour accéder aux quarts de finale. Quasiment tous les billets (96 %) pour les 48 matches, disputés dans 12 stades, ont été vendus et il en restait hier moins de 100 000 disponibles sur un total de 1,8 million.
Même si les Jeux olympiques, qui auront lieu du 24 juillet au 9 août 2020, s’affichent davantage dans les rues et le métro de Tokyo, le Mondial de rugby suscite un bel enthousiasme. Ainsi, les Gallois se sont entraînés à Kitakyushu en début de semaine devant 15 000 personnes toutes de rouge vêtues. « C’est révélateur », s’est réjoui Bill Beaumont, le président de World Rugby – la Fédération internationale de la discipline. « Le Japon prouve déjà qu’il est un hôte magnifique », a ajouté M. Beaumont.
Autre symbole, les Argentins se sont, eux, préparés pendant une semaine au Village J près de Fukushima, qui avait servi de camp de base pour le personnel chargé de décontaminer la zone après l’accident nucléaire majeur de 2011, provoqué par un tsunami. Une catastrophe qui avait fait plus de 18 000 morts et dévasté entre autres Kamaishi, bastion du rugby japonais qui s’est relevé avec la construction d’un nouveau stade en vue de la compétition. Le premier match qui y sera joué, Fidji-Uruguay le 25 septembre, constituera un moment fort des six semaines de compétition.
Pour l’heure, aucun phénomène météorologique (typhon) ne menace un archipel rompu aux désastres naturels et un tournoi qui pourrait pâtir de l’annulation de matches à enjeux. « On espère que ce ne sera pas un problème », dit prudemment Brett Gosper.
Mieux que l’Angleterre
Les menaces climatiques sont à la baisse, les perspectives économiques à la hausse: avec 260 millions de livres (293 millions d’euros) de revenus commerciaux attendus, le Japon devrait finalement faire mieux que l’Angleterre en 2015, jusqu’ici le Mondial le plus rentable (245 millions de livres), alors que World Rugby n’en espérait pas tant. « On avait fait des prévisions d’à peu près 25 % de moins en revenus commerciaux et, en fait, on va dépasser les revenus commerciaux de l’Angleterre », s’est félicité Brett Gosper.
Entre 400 000 et 500 000 visiteurs étrangers sont attendus dans le pays, soit un peu plus qu’en Grande-Bretagne (350 000), pour le premier Mondial organisé en Asie et en dehors du cercle des grandes nations de ce sport. Assisteront-ils à un troisième triomphe consécutif de la Nouvelle-Zélande? La concurrence s’est sérieusement renforcée ces derniers mois entre l’Afrique du Sud, l’Angleterre, l’Irlande et le pays de Galles. Même si les Gallois, éphémères n° 1 mondiaux durant l’été, doivent se passer de leur entraîneur-adjoint Rob Howley, soupçonné de paris illégaux et renvoyé dans la principauté.
Au Japon, de l’avis de tous, les paris sont plus ouverts que jamais. « Oui, une demi-douzaine d’équipes croient pouvoir gagner », dit Brett Gosper, qui se frotte les mains: relativement récente, l’incertitude sportive renforce l’intérêt de l’épreuve. Le résultat du choc entre All Blacks et Springboks, samedi à Yokohama, sera une première indication. Mais il faudra attendre le 2 novembre, six semaines plus tard dans le même stade, pour avoir la réponse finale.
Pierrick YVON/AFP
Grands rendez-vous et premier week-end décisif
Nouvelle Zélande-Afrique du Sud, Australie-Fidji et France-Argentine samedi, Irlande-Écosse dimanche : le premier week-end de la Coupe du monde de rugby au Japon sera décisif dans la course aux quarts de finale. Voire plus.
Poule A : derrière l’Irlande, à qui la 1re place semble promise, le 2e billet devrait se jouer entre le Japon et l’Écosse, match programmé lors de la dernière journée. À suivre: Irlande-Écosse (dimanche), Japon-Irlande (28 septembre), Japon-Écosse (13 octobre).
Poule B : All Blacks et Springboks seront à coup sûr en quarts de finale. Mais dans quel ordre ? Réponse dès samedi à Yokohama avec ce choc entre deux des grands favoris du Mondial. Qui pourraient bien se retrouver en finale le 2 novembre. À suivre : Nouvelle-Zélande-Afrique du Sud (samedi).
Poule C : derrière l’Angleterre, impressionnante lors du tournoi des Six-Nations puis lors des matches préparatoires, Français et Argentins devraient se disputer la 2e place. Le vainqueur de ce duel, samedi à Tokyo, prendra évidemment une grosse option sur la qualification. Les matches des Anglais face aux Argentins (5 octobre) et aux Français (12 octobre) seront également déterminants. À suivre: France-Argentine (samedi), Angleterre-Argentine (5 octobre), Angleterre-France (12 octobre).
Poule D : la 1re place de la poule devrait se jouer entre l’Australie et le pays de Galles, le 29 septembre. Mais les Fidjiens, qui affronteront les Wallabies samedi avant de croiser la route des Gallois (9 octobre), tenteront de se mêler à la lutte pour les quarts de finale. À suivre : Australie-Fidji (samedi), Australie-pays de Galles (29 septembre), pays de Galles-Fidji (9 octobre).

