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Liban

Le modèle phénicien, nouvel espoir de solidarité autour de la Méditerranée

Géopolitique

L’idée d’une convergence des trois rives a amené récemment le directeur général des ressources hydrauliques au ministère de l’Énergie et de l’Eau, Fadi Comair, à inviter ses collègues de l’Académie des sciences d’outre-mer à retracer la route phénicienne.

19/09/2019

Point de départ des grandes civilisations, la Méditerranée continue d’alimenter le rêve d’une communauté qui unit ses rives. Si l’Union pour la Méditerranée (UPM), plate-forme de dialogue euro-méditerranéenne, révèle certaines limites depuis sa naissance en 2008, elle reste ouverte à tout acteur, étatique ou civil, qui souhaite innover en faveur d’une solidarité interméditerranéenne. L’idée d’une convergence des trois rives (européenne, orientale, nord-africaine) a amené récemment des membres de l’Académie des sciences d’outre-mer (société savante française) à retracer la route phénicienne au Liban, d’abord pour le plaisir d’y découvrir le patrimoine historique et archéologique phénicien, ensuite par ambition de l’investir dans des projets qui participent de l’appartenance méditerranéenne. L’écriture phénicienne n’a-t-elle pas aidé à former tous les alphabets de l’Occident ?

C’est à l’invitation de son collègue de l’académie, le directeur général des ressources hydrauliques au ministère de l’Énergie et de l’Eau, Fadi Comair, que le président de l’Académie des sciences d’outre-mer, Henri Marchal, s’est rendu au Liban, accompagné de Pierre Geny, secrétaire perpétuel de l’académie et du général Alain Lamballe, président de sa deuxième section. « Nous espérons que ce passage (suivi d’un autre à Carthage) fasse de nous des avocats de l’UPM et des liaisons des trois côtes de la Méditerranée », déclare d’emblée M. Geny. « L’UPM est une invention extraordinaire qui repose à la base sur une approche phénicienne » de créer des liens entre les rives, renchérit M. Comair.

Or, selon les académiciens, si ces liens ne sont pas encore consolidés, c’est parce que le patrimoine phénicien n’est pas suffisamment « reconnu » par ceux qui en ont hérité.

Le passage de la délégation à Beyrouth anticipe ainsi sur la tenue en octobre prochain d’un colloque à l’USJ sur la préservation et la valorisation des patrimoines historiques et naturels, à l’initiative du Groupement interacadémique pour le développement, dont l’Académie des sciences d’outre-mer est membre fondateur, avec d’autres académies francophones.

« Nous souhaitons focaliser le patrimoine sur la Phénicie. Le lien entre le patrimoine et l’UPM est illustré admirablement par les Phéniciens qui sont la liaison du monde de la Méditerranée », explique le secrétaire perpétuel, en référence au patrimoine historique, archéologique (retracé par la route phénicienne) et naturel (qui passe par la préservation des paysages méditerranéens, en l’occurrence au Liban).


(Lire aussi : Franciscos Verros à « L’OLJ » : Nous voulons promouvoir un message de vivre-ensemble dans le pourtour de la Méditerranée)


L’eau, vecteur de paix

Ce patrimoine inclut un savoir-faire technique, commercial et politique. Ayant contribué à la rédaction de la stratégie de l’eau de l’UPM – qui garde selon lui son potentiel en dépit des obstacles – Fadi Comair dit s’être inspiré des méthodes phéniciennes en la matière, comme pour le transport maritime, auquel est affectée une cellule spécialisée au sein de l’Union.

Parmi d’autres concepts d’inspiration phénicienne, celui de l’hydro-diplomatie, élaboré par M. Comair, repris par l’Unesco et dont l’Académie peut être un relais. Ce concept mise sur le partage équitable des eaux entre pays riverains, sur base d’accords gagnant-gagnant entre décideurs. Ce mode de gouvernance par anticipation fait de l’eau un catalyseur de paix, à l’heure où tout processus d’intégration méditerranéen se heurte jusqu’à nouvel ordre au mur du conflit israélo-palestinien.

Grâce à son savoir-faire, l’Académie des sciences d’outre-mer peut aussi parfaire et véhiculer auprès des décideurs des projets bloqués au niveau de l’UPM, portant sur « d’autres ressources à partager », comme les énergies renouvelables. Autant de vecteurs de rapprochement des trois rives de la Méditerranée, explique M. Comair, qui espère par exemple la mise en œuvre du plan solaire méditerranéen initié en 2008 mais « bloqué faute de bonne volonté politique ».

Les jeunes sont des complices potentiels souvent ignorés des initiatives euro-méditerranéennes. « Le partage de l’eau, soutenu par l’hydrodiplomatie, est un exemple qui vise à rassurer les générations futures : malgré les pressions actuelles sur le bassin méditerranéen, on a une eau assez dense pour être partagée », dit-il. C’est pourquoi l’Académie des sciences contribue à diffuser l’héritage phénicien auprès des jeunes, en les sensibilisant à leur histoire.


(Lire aussi : La Semaine de l’eau au Liban axée sur l’hydrodiplomatie)



Le modèle libanais

Le Liban, « particulièrement imbu » de cet héritage, en serait un modèle. « Replonger dans l’univers phénicien c’est montrer que le Liban sait résister, se renouveler, renaître, ce qui donne un grand espoir en Europe où on est enclin à l’anxiété et au pessimisme », affirme Henri Marchal. Pour les académiciens, l’usage politico-communautaire qui a pu être fait par les chrétiens de l’appartenance phénicienne, pour contester l’appartenance arabe du Liban invoquée par les musulmans, en plein déchirement identitaire dans les années de guerre civile, n’a plus d’effet. « La diaspora libanaise équivaut en taille au triple de la population habitant le Liban. Toutes les communautés participent de cet éparpillement dans le monde. Elles sont toutes phéniciennes », constate le président de l’académie.

Culture du lien, ouverture au monde… Le message phénicien est un message de modération, à l’heure de la montée des extrêmes, ajoute-t-il. L’académie envisage d’organiser une exposition sur les Phéniciens à Paris, la dernière remontant à 2008, à l’Institut du monde arabe.

L’itinéraire parcouru

Pour le général Lamballe, le Liban a le double atout d’être orienté vers la mer et d’avoir aussi une attache continentale, non ignorée par les Phéniciens d’ailleurs. L’itinéraire choisi a mis en avant cet aspect central du pays. Il a inclus le musée national où est exposé le sarcophage du roi Ahiram de Byblos ; les vestiges de Byblos, l’une des villes les plus anciennes de l’Antiquité ; la Vallée Sainte, Qadicha, le monastère Saint-Antoine, la première imprimerie installée par les pères maronites en Orient et qui jouera un rôle central dans le mouvement de la Nahda – la renaissance arabe ; le Chouf ; Sidon, où le président de l’académie était lui-même directeur du Centre culturel français en pleine guerre civile ; Tyr, site romano-byzantin, derrière des remparts phéniciens ; Baalbeck, ou était vénéré Jupiter, inspiré du dieu phénicien Baal, porteur de la foudre.

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