Le conflit territorial entre Bécharré et Denniyé autour de Qornet es-Saouda devrait être examiné demain en Conseil des ministres.
Les travaux de construction d’un lac artificiel à Qornet es-Saouda, dans la zone que se disputent les deux cazas de Bécharré et de Denniyé, se sont poursuivis quelques heures durant samedi, en dépit d’un semblant de trêve à laquelle les responsables des deux cazas étaient parvenus jeudi, sous le parrainage du ministre de l’Environnement Fady Jreissati. Parallèlement, les députés de Denniyé ont à nouveau haussé le ton et revendiqué l’appartenance à leur localité du « toit du Liban ».
Ce n’est qu’après l’intervention des services de sécurité, sollicités par les responsables de Bécharré, que les travaux ont été interrompus une nouvelle fois, sachant que l’accord conclu jeudi entre les deux parties prévoyait l’arrêt temporaire de ces travaux, le temps pour les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture de trouver un nouvel emplacement pour le lac dans un délai de quelques jours.
Un délai de trois jours a été accordé au gouvernement qui doit en principe inscrire cette affaire à l’ordre du jour de sa réunion demain mardi. Dans ce cadre, le député Jihad el-Samad a pris contact avec le député Sami Fatfat, l’appelant à coordonner avec son collègue Osmane Alameddine, en vue de prendre rendez-vous auprès du Premier ministre Saad Hariri avant la réunion du gouvernement.
Le projet de construction du lac avait été lancé par la municipalité de Bkaasafrine (caza de Denniyé) et financé par le Plan vert. Considéré comme pouvant assurer les ressources nécessaires à l’irrigation des terres agricoles de la localité, l’aménagement du lac a créé des tensions avec le caza voisin de Bécharré autour de questions territoriales et menaçait de prendre une dimension confessionnelle. Pour les habitants de Bécharré, le terrain sur lequel le lac devait être creusé, la zone de Samara, leur appartient.
En outre, la construction de ce lac à 2 700 mètres d’altitude va à l’encontre d’une décision du ministère de l’Environnement qui interdit tous travaux et par conséquent toute exploitation de l’eau souterraine à plus de 2 400 mètres. En vertu de la même décision, la région de Qornet es-Saouda est classée zone naturelle.
(Lire aussi : Sur le « toit du Liban », un litige sur l’eau tourne à l’aigre)
Des questions autour de l’impact environnemental
La tension entre les deux cazas est montée d’un cran pendant le week-end. Samedi, les députés de Bécharré ont essayé de calmer les habitants de la région furieux de constater la reprise des travaux dans le jurd. Dans l’après-midi, la députée de Bécharré Sethrida Geagea a publié un communiqué dans lequel elle a appelé à la retenue pour aboutir à une solution, tout en insistant sur la nécessité d’assurer l’eau aux habitants et aux agriculteurs de Denniyé.
De son côté, le député Fayçal Karamé a reçu hier en sa résidence des délégations de notables de Denniyé, composées notamment du président de la municipalité de Bkaasafrine Ali Kanj et des membres du conseil municipal. En fin d’après-midi, M. Karamé a publié un communiqué dans lequel il a assuré que la zone de Samara appartient au caza de Denniyé et que le projet de construction du lac est conforme à tous les critères écologiques, dont la réalisation au préalable d’une étude d’impact environnemental (EIE).
Mais si le dossier comprend réellement une EIE, pourquoi le ministère de l’Environnement avait-il réclamé, lors d’une réunion mercredi entre Fady Jreissati et les députés Jihad el-Samad, Osmane Alameddine et Sami Fatfat, qu’une étude d’impact soit réalisée ? Pourquoi a-t-il fait état d’une violation de la loi ? Pourquoi les députés ont-ils approuvé cette mesure s’il est vrai que l’étude d’impact existe ? L’affaire reste entourée de flou. À l’heure où les députés de Bécharré assurent que le projet est exécuté sans EIE, une source du Plan vert confirme sa présence dans le dossier qui lui a été soumis.
Joint au téléphone par L’Orient-Le Jour, Fayçal Karamé assure que le ministère de l’Environnement n’était pas au courant de la présence de l’étude d’impact mais qu’« il a changé de position vis-à-vis de l’affaire dès que l’EIE lui a été présentée ». L’OLJ a aussi pris contact avec le ministre Fady Jreissati, qui a cependant affirmé ne pas vouloir commenter cette affaire avant mardi, date de la réunion du Conseil des ministres. Il convient de noter dans ce cadre que le ministre de l’Environnement n’a pas encore publié de communiqué ou fait de déclaration officielle à ce sujet. Une source bien informée laisse entendre que le ministre attend de s’enquérir à ce sujet auprès de M. Hariri.
La territorialité
Bien que le délai de trois jours ait été approuvé par les deux parties, M. Karamé est monté au créneau. Pour lui, l’affaire est tranchée : « La zone de Samara appartient à Denniyé et le lac ne sera construit qu’à Samara. » Le député de Tripoli affirme posséder des cartes géographiques militaires confirmant ses propos. Mais les habitants de Bécharré disent, eux aussi, posséder ces terrains.
Pourquoi avoir choisi de construire ce lac sur une zone objet de litige entre les deux localités alors que le jurd est immense et qu’un autre emplacement est possible ? « La zone n’est pas disputée et ses propriétaires sont depuis toujours les habitants de Denniyé », insiste Fayçal Karamé.
Contactée par L’OLJ, une personne de Bécharré qui suit le dossier de près s’étonne de cette détermination. « Si les habitants et les responsables de Denniyé cherchent uniquement à irriguer leurs terres agricoles, ils ne doivent pas en principe se préoccuper de l’emplacement du lac tant que sa fonction est remplie », estime cette source, avant de poursuivre : « Les habitants de Bécharré ont le sentiment d’être visés par ce projet. »
Cette personne a fait part de son étonnement quant aux propos tenus la veille par le député Jihad el-Samad, qui avait estimé que la direction des affaires géographiques de l’armée libanaise est la seule partie habilitée à accomplir les travaux de cadastre et à délimiter les frontières, alors que cette mission est normalement du ressort de la Direction générale du cadastre. « Nous n’accepterons comme preuve de propriété que les cartes de l’armée libanaises et aucun autre document falsifié », avait déclaré Jihad el-Samad. Pour le député, ce n’est pas seulement la zone de Samara qui appartient aux habitants de Denniyé mais tout le sommet de Qornet es-Saouda : « Tout comme les Bécharriotes sont fiers que les Cèdres se situent dans leur région, nous sommes fiers que Qornet es-Saouda se situe dans la nôtre, et elle le restera », avait-il dit.
Joint au téléphone par L’OLJ, le député de Bécharré Joseph Ishac ne souhaitant pas réagir, se contentant d’assurer que les responsables de sa région comptent sur le corps judiciaire pour trancher la question de la territorialité, ainsi que sur les services de sécurité pour préserver la stabilité dans la région.
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Le dieu dollar ne se soucie ni d'environnement, ni d'eau propre pour les populations ! Sa doctrine est: les bénéfices en dollars à n'importe quel prix et au mépris de toutes les lois, sauf les siennes, bien-entendu ! L'état déplorable de notre environnement le prouve malheureusement ! Irène Saïd
17 h 13, le 16 septembre 2019