Un peu plus

Comment (ne pas) se dire adieu

Au Liban, (trop) souvent séparés, nous nous sommes habitués aux retrouvailles. On rattrape le temps perdu, une fois le pied posé sur le tarmac. Six mois, un an, voire deux… quelle que soit la durée de l’absence, elle fut longue. Des cheveux blancs ont poussé, les enfants ont grandi. Nous nous sommes mariés, avons divorcé, déménagé, changé de boulot. Bref, certaines choses ont changé.

Mais il n’y a pas que les kilomètres qui nous éloignent les uns des autres. Parfois, on a pris une autre voie et on a beau vivre dans le même pays, on se voit moins puis plus. Et le temps passe. La distance s’installe. On vit nos vies. On pense à l’autre parfois, on se dit qu’on va l’appeler. Puis on ne le fait pas. Pas que l’on se soit disputés, mais on finit comme toujours par ne voir que ceux que l’on voit. Et même si, quand on se croise, on se lance toujours un « on doit faire quelque chose », on ne le fait pas.

Puis un jour, le hasard, le destin, les circonstances font que l’on se retrouve. Et c’était comme si c’était hier. Rien n’a changé. Même 10, 15 ou 25 ans plus tard. Comme si le lien qui nous unissait et que l’on avait tissé quand nous étions plus jeunes n’avait jamais été coupé. La connexion est bel et bien là. L’intimité aussi. Et en l’espace d’une conversation mêlée de banalités et de confidences, on rattrape le temps perdu. On s’enfonce dans un canapé et on se raconte nos vies depuis le moment où elles se sont séparées. On ne se cache rien. Parce qu’il est souvent plus facile de se confier à quelqu’un de moins proche. Quelqu’un qui n’a pas le jugement de la promiscuité. Le jugement de celui ou celle qui nous connaît trop bien ou qui connaît suffisamment nos erreurs pour nous dire : « Je te l’avais dit. » Et cet épanchement fait du bien. Il rassure. Il ouvre d’autres perspectives. D’autres avis, d’autres points de vue. Une vision que ne partagent pas forcément nos intimes parce que justement, nous n’avons pas pris la même voie. Et allongé(e)s sur un transat sous le soleil écrasant du mois d’août, on retrouve dans un fou rire l’insouciance de nos 20 ans. On (re)parle de nos conneries, de nos histoires de cœur et de corps. Et l’on réalise au bout du compte qu’aucun de nous n’a vraiment changé. Malgré tous les aléas que la vie a pu nous imposer. Au fin fond de nous, c’est la même personne dont il s’agit. Et en l’espace d’une journée à la plage, d’une après-midi passée dans l’air conditionné, d’une soirée entre filles ou entre potes, quelque chose renaît.

Il n’y a pas que les amitiés qui ressurgissent. Il y a les anciennes amours également. Les gens qu’on a terriblement aimés. Passionnément ou platoniquement. Et de qui on a voulu s’éloigner une fois l’histoire terminée. Et là aussi, le temps a passé. Et les sentiments sont toujours là. Pas exactement ceux qu’on avait ressentis. D’autres, plus doux, se sont installés. Ceux des souvenirs, du temps partagé. Ceux des joies et des peines. Parce que, finalement, quand on a aimé quelqu’un, on ne peut pas arrêter de le faire. Et ce serait dommage, tellement dommage de préserver la rancœur ou le ressentiment. Une fois table rase faite du passé, il n’y a souvent que le meilleur qui subsiste. Comme après toute dispute. Après tout fracas. Que ce soit en amour, en amitié, dans la famille ou encore au travail.

Le temps passe vite et se perd. Et on ne s’en rend compte que lorsque l’on se revoit. Que les années ont passé. Qu’on a perdu ce temps par souci de se protéger ou par nonchalance. Par haine ou tout simplement par peur. Les adieux ne devraient jamais avoir lieu. On doit les laisser au Saint-Père. C’est à lui qu’ils appartiennent. Les adieux ne devraient jamais avoir lieu parce que, lorsque l’on se retrouve, on constate très souvent que « le temps perdu ne se rattrape plus ». Et qu’après tant d’années, on souhaite intrinsèquement qu’il ne se reperdra plus.


Au Liban, (trop) souvent séparés, nous nous sommes habitués aux retrouvailles. On rattrape le temps perdu, une fois le pied posé sur le tarmac. Six mois, un an, voire deux… quelle que soit la durée de l’absence, elle fut longue. Des cheveux blancs ont poussé, les enfants ont grandi. Nous nous sommes mariés, avons divorcé, déménagé, changé de boulot. Bref, certaines choses ont...

commentaires (4)

On se sent rajeuni et si vieux tout à la fois! Aïe!

Wlek Sanferlou

15 h 48, le 07 septembre 2019

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Commentaires (4)

  • On se sent rajeuni et si vieux tout à la fois! Aïe!

    Wlek Sanferlou

    15 h 48, le 07 septembre 2019

  • Vous m'avez flanqué la rengaine de la chanson de Jeane Manson " faisons l'amour avant de nous dire Adieu " ..

    FRIK-A-FRAK

    12 h 46, le 07 septembre 2019

  • TRES SENTIMENTAL. TRES TOUCHANT.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 25, le 07 septembre 2019

  • Comment ne pas se rappeler de la célèbre et merveilleuse chanson que chantait Mouloudji , dans les années 60, à ce sujet ! La voici : https://www.youtube.com/watch?v=BOZGx8ks-b4&list=RDBOZGx8ks-b4&start_radio=1&t=17 Elle ne passe plus comme naguère , bien malheureusement , sur les ondes de nos radios massacrantes ! Quelle nostalgie ! Il y en a plein d'autres encore plus poétiques , qui l'eut cru ?

    Chucri Abboud

    08 h 39, le 07 septembre 2019