Généraux au pouvoir et meneurs de la contestation ont signé samedi un accord prévoyant une transition de 39 mois. Nureldin Mohammad Abdallah/Reuters
Le Soudan s’est engagé hier concrètement dans la période de transition vers un pouvoir civil, qu’il espère apaisée, avec la désignation des membres du Conseil souverain, au lendemain de l’accord historique signé par les dirigeants militaires et la contestation.
Samedi, des foules en liesse ont rempli les rues de Khartoum après la signature par les généraux au pouvoir et les meneurs de la contestation d’un accord prévoyant une transition de 39 mois, qui doit être menée par un « Conseil souverain » composé de 11 membres, six civils et cinq militaires.
La cérémonie de signature, qui a eu lieu dans la capitale en présence de nombreux dignitaires étrangers, a constitué le plus grand événement du genre à être organisé depuis des années, tranchant avec les années d’isolement du Soudan.
De nombreux pays ont salué la signature de l’accord, considéré comme le point de départ d’un « nouveau Soudan », après les 30 ans de pouvoir de Omar al-Bachir, détenu depuis sa destitution en avril par l’armée sous la pression de manifestations massives.
« Cet accord répond aux demandes du peuple soudanais, qui a appelé sans relâche au changement et à un avenir meilleur », a écrit le secrétaire d’État britannique pour l’Afrique, Andrew Stephenson. Sur Twitter, le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a promis que Washington soutiendrait l’établissement « d’un gouvernement qui protège les droits de tous les Soudanais et mène vers des élections libres et équitables ».
Nouvelles institutions
D’après les documents signés samedi, plusieurs étapes précèderont les élections prévues en 2022. La première est la formation du Conseil souverain. Cinq civils, dont une femme, ont déjà été choisis hier sur les six devant en faire partie, ont indiqué des sources au sein du mouvement de contestation.
Remplaçant le Conseil militaire, qui avait pris les rênes du pays après la destitution de Omar al-Bachir, le Conseil souverain sera d’abord dirigé pendant 21 mois par un général, puis par un civil pendant les 18 mois restants.
Abdallah Hamdok, un ex-économiste de l’ONU choisi jeudi par la contestation comme Premier ministre, devrait ensuite être officiellement désigné demain par ce conseil.
Le gouvernement doit, lui, être formé le 28 août, avec 20 membres au maximum, pour permettre aux nouvelles institutions d’affronter les principaux défis du pays, en priorité la relance d’une économie en crise.
Après huit mois de manifestations au cours desquelles plus de 250 personnes ont été tuées, selon un comité de médecins proche de la contestation, des milliers de Soudanais ont célébré l’accord tard samedi à Khartoum. Ils ont dansé, chanté et scandé « civil, civil », en référence à un pouvoir civil, le tout accompagné des klaxons de voitures.
Euphorie de courte durée ?
Quelques membres de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, craignent toutefois que l’euphorie ne soit de courte durée, et des tensions persistent. Alors que l’accord de transition conclu début juillet a été salué comme le meilleur que le Soudan puisse espérer, certains contestataires estiment qu’il a nui à leur révolution. Ils pointent notamment l’omniprésence dans le processus de transition du général Mohammad Hamdan Daglo, à la tête d’une force paramilitaire et n°2 du Conseil militaire. Celui-ci a d’ailleurs cosigné l’accord samedi. Les redoutés paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) qu’il dirige sont accusés d’avoir réprimé plusieurs manifestations. Beaucoup craignent que le général Daglo, dit « Hemeidti », ne tente de s’accaparer ensuite le pouvoir et de tuer dans l’œuf le processus démocratique.
Mais pour l’analyste soudanais Abdel Latif al-Buni, le plus grand risque dans l’immédiat pour la transition est la volonté de se venger de certains. « Un esprit de revanche contre l’ancien régime est dangereux », estime-t-il. « Cela mènera vers un affrontement entre l’ancien régime et les nouveaux dirigeants. »
Omar al-Bachir, qui fait l’objet de mandats d’arrêt internationaux émis par la Cour pénale internationale pour « génocide », « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre » au Darfour (Ouest), doit être jugé au Soudan pour corruption. Mais la date de son procès est indéterminée.
Source : AFP


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