X

Moyen Orient et Monde

Les États-Unis et leurs alliés veulent jouer les sentinelles dans le Golfe

Éclairage

La volonté américaine d’intervenir militairement et de protéger les navires de la région rappelle la politique de l’administration Reagan durant la guerre Iran-Irak (1980-1988).


11/07/2019

Comme un air de « déjà-vu » dans le golfe arabo-Persique. Les États-Unis ont affirmé mardi vouloir former une coalition avec leurs alliés dans la région pour assurer la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.

Cette région stratégique, par laquelle transite près d’un tiers du pétrole brut mondial acheminé par voie maritime, est devenue le théâtre de très vives tensions entre Washington et Téhéran depuis deux mois. « Nous contactons en ce moment un certain nombre de pays pour voir si nous pouvons assembler une coalition qui garantirait la liberté de navigation dans les détroits d’Ormuz et de Bab al-Mandeb », a déclaré le général Joseph Dunford, le chef d’état-major des armées des États-Unis, dans une vidéo diffusée par l’agence Reuters. « Je pense que probablement au cours des deux ou trois prochaines semaines, nous déterminerons quelles sont les nations qui ont la volonté politique de soutenir cette initiative et, ensuite, nous travaillerons directement avec les militaires pour identifier les capacités spécifiques qui soutiendront cette initiative », a-t-il précisé.

Les États-Unis, a-t-il dit, fourniraient « la connaissance et la surveillance du domaine maritime », et les tankers seraient escortés par les nations sous le drapeau desquelles ils naviguent. Un responsable du département d’État a précisé il y a plusieurs jours que ce projet de coalition serait baptisé « Sentinelle » et que les pays membres apporteraient une contribution matérielle et financière.

Il a été élaboré à la suite des attaques à proximité du détroit d’Ormuz contre plusieurs navires, entre les mois de mai et juin derniers. Elles sont imputées à la République islamique qui continue de démentir toute implication et dont la culpabilité n’a jamais été pleinement prouvée. Les principaux accusateurs, les États-Unis et l’Arabie saoudite, se basent en réalité sur les menaces régulières agitées par les durs du régime iranien de fermer le détroit d’Ormuz.

Déjà à la mi-juin, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo avait affirmé que les États-Unis garantiraient la circulation des navires dans le détroit d’Ormuz. « Ce que vous devez garder en tête, c’est que nous allons garantir la liberté de navigation par le détroit », avait-il dit sur la chaîne Fox News, ajoutant qu’il « s’agit d’un défi international, important pour le monde dans son ensemble ». M. Pompeo a donné l’assurance que « les États-Unis vont s’assurer que toutes les décisions diplomatiques et autres seront prises pour atteindre cet objectif ». L’envoi par Washington d’un millier de soldats dans la région, s’ajoutant ainsi aux 1 500 déjà envoyés durant le mois de mai, entre dans ce schéma.

Cette initiative américaine de protection des navires dans cette zone stratégique n’est pas sans rappeler une précédente opération entreprise par Washington dans cette même région du golfe arabo-Persique… quelque quarante ans plus tôt, durant la guerre Iran-Irak (1980-1988).



(Lire aussi : Le détroit d'Ormuz, passage stratégique sous haute tension)



Mobilisation américaine
Durant ces huit années de guerre au cours desquelles plus d’un million de personnes ont trouvé la mort dans les deux camps, l’un des épisodes les plus marquants a été celui de la « guerre des pétroliers » : une sorte de guerre parallèle initiée dès la fin de l’année 1980 visant à entraver les approvisionnements en hydrocarbures de chaque acteur et, par conséquent, son économie et son effort de guerre. Elle trouve notamment ses origines dans la stabilisation du front terrestre. Installations pétrolières et navires transporteurs d’hydrocarbures sont ainsi pris pour cibles par les deux armées.

Spectateurs inquiets de la situation, les États-Unis et l’administration Reagan (républicain) décident en 1987-1988 de mobiliser les forces américaines sur place afin de sécuriser le passage du détroit d’Ormuz et la libre circulation des pétroliers koweïtiens, le Koweït s’étant rangé du côté de Bagdad, alors allié de Washington. Ils les placent sous pavillon américain, ce qui a permis à l’US Navy de leur fournir une protection militaire.

Cette opération, connue sous le nom d’« Earnest Will », est alors la plus grande opération de convoi de la marine américaine depuis la Seconde Guerre mondiale. « Elle comprenait des groupes de combat de porte-avions de la marine, des avions Awacs de l’armée de l’air, des avions de surveillance et des forces d’opérations spéciales de l’armée américaine », explique Robin Wright, auteure de Rock the Casbah : Rage and Rebellion Across the Islamic World (2012), dans un article publié le 13 juin dernier dans le journal américain The New Yorker. « À un moment donné, une trentaine de navires ont été déployés pour escorter des pétroliers du Golfe à travers le détroit d’Ormuz », ajoute-t-elle.



(Lire aussi : Détroit d'Ormuz : déséquilibre des forces et guérilla navale)



« Les Américains sont intervenus pour protéger les convois de pétroliers naviguant dans le Golfe, lutter contre l’extension des positions des pasdaran dans le Golfe, notamment à proximité du détroit d’Ormuz, et dissuader l’Iran d’exporter la guerre Iran-Irak à l’ensemble de la région », précise, quant à lui, Pierre Rasoux, historien et spécialiste de la région, auteur de La guerre Iran-Irak (1980-1988) : la première guerre du Golfe (Perrin, 2013), contacté par L’Orient-Le Jour, ajoutant que « cet épisode a entre autres permis aux Américains de revenir en force et de s’implanter militairement de façon durable dans la région ».

Mais bien que la volonté de protection américaine des navires koweïtiens ait été mise en place, celle-ci n’a néanmoins pas empêché Washington et Téhéran d’en venir aux mains, comme lors de l’opération « Praying Mantis » (Mante religieuse) au printemps 1988, lorsque « l’US Navy a coulé plusieurs unités navales iraniennes, avant de commettre l’erreur d’abattre l’Airbus d’Iran Air dans le détroit d’Ormuz en juillet 1988 », explique Pierre Rasoux. Un tel affrontement n’est pas au programme actuellement, mais le risque est (de plus en plus) présent. Il suffit pour cela d’une simple erreur de calcul de la part de l’un des deux acteurs, qui continuent d’augmenter la pression l’un sur l’autre. Une braise volante peut déclencher un feu incontrôlable.



Pour mémoire

Pompeo : Les États-Unis garantiront le passage par le détroit d’Ormuz


À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE CONTROLE DES DETROITS DE HERMOZ ET DE BEB EL MANDEB POUR LE LIBRE PASSAGE DES NAVIRES EST UN DEVOIR POUR LES OCCIDENTAUX ET LES KHALIGIOTES.

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants