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Moyen Orient et Monde

Grand remaniement à la tête de l’appareil sécuritaire et militaire syrien

Éclairage

Le général Ali Mamlouk serait nommé vice-président pour les Affaires sécuritaires, tandis que Jamil Hassan aurait été remplacé par son second.


09/07/2019

Le régime syrien aurait procédé hier au plus grand remaniement au sein de l’appareil sécuritaire et militaire depuis le début du conflit démarré en 2011, selon plusieurs sources prorégime. Le président Bachar el-Assad aurait nommé de nouveaux responsables à la tête de plusieurs entités, ce qui n’a toutefois pas été confirmé de manière officielle. Damas publie rarement des annonces officielles sur les décisions relatives aux changements de postes-clefs, choisissant plutôt d’envoyer des notes internes, qui sont ensuite relayées sur les réseaux sociaux par des proches du régime. « Cela semble être le bouleversement le plus important de l’appareil sécuritaire de ces huit dernières années de conflit en Syrie. C’est quasiment sans précédent de voir la direction de tous les principaux services de renseignements changer ou se déplacer simultanément de cette manière », estime Danny Makki, un journaliste freelance et analyste syro-britannique prorégime, contacté par L’Orient-Le Jour.

Figure-clef du régime, le général Ali Mamlouk quitte, selon ces sources, la direction du bureau de la sécurité nationale pour la vice-présidence aux Affaires sécuritaires. Il est remplacé par Mohammad Dib Zeitoun, qui était jusque-là à la tête de la direction générale des renseignements généraux. Au fil des ans, « Ali Mamlouk s’est imposé comme la figure numéro une des renseignements syriens », rappelle Danny Makki. Contrairement à Jamil Hassan, chef des services de renseignements de l’armée de l’air syrienne qui s’est « sali les mains » dans la répression depuis 2011, Ali Mamlouk a davantage agi sur la scène politique et diplomatique. « C’était lui qu’on envoyait lorsqu’il fallait reprendre langue avec les Égyptiens, les Saoudiens ou les Européens. Il a fait un peu la politique étrangère des moukhabarat syriens », résume Thomas Pierret, chargé de recherche au CNRS (Paris) et à l’Iremam (Aix-en-Provence), également contacté par L’OLJ.En avril 2011, peu après le déclenchement du soulèvement, le gouvernement américain avait imposé des sanctions à l’encontre du général Mamlouk, le tenant pour responsable d’abus dans le domaine des droits de l’homme, dont l’usage de violence contre les civils. L’Union européenne avait également imposé, en mai de la même année, des sanctions à l’encontre de l’officier, pour son rôle dans la répression des manifestations. Malgré une interdiction de se rendre en Europe et un gel de ses avoirs, il continue de voyager régulièrement à l’étranger, notamment à Rome en février 2018, où il a rencontré son homologue, Alberto Manenti. Un câble diplomatique américain datant de 2007 et révélé par Wikileaks évoque ses « activités contestables relatives au Liban et sa répression de la société civile syrienne et de l’opposition interne ». Ce câble révélerait en outre que Ali Mamlouk ne serait pas sunnite mais en réalité chiite et que le régime aurait falsifié sa confession pour servir sa propagande de promotion de sunnites à des postes-clefs. « C’est quand même compliqué d’obtenir des positions pareilles dans les renseignements, quand on est sunnite en tout cas, donc cette hypothèse ne me paraît pas absurde », estime Thomas Pierret.

En 2014 déjà, des rumeurs avaient circulé à Damas sur sa nomination à ce poste, à la place de Farouk al-Chareh, tombé en disgrâce aux yeux du régime pour ses positions dès le début de la révolution. « Cette nomination n’est pas forcément un bon signe pour Ali Mamlouk. Quand Farouk al-Chareh a accédé au poste après avoir été ministre des Affaires étrangères, c’était vraiment une voie de garage », estime Thomas Pierret. En Syrie, le pouvoir institutionnel n’est pas du tout le reflet du pouvoir réel, qui est, lui, concentré entre les mains du clan Assad.

Atteint d’un cancer

Autre personnalité à faire partie de l’important remaniement, Jamil Hassan, qui, selon les mêmes sources, a été remplacé à la tête des redoutables services de renseignements de l’armée de l’air syrienne par son numéro deux, le général Ghassan Ismaïl. Jamil Hassan, originaire de Homs, était à la tête des services de renseignements de l’armée de l’air depuis 2009. « Généralement on ne reste pas aussi longtemps à la tête des services de renseignements en Syrie, il a bénéficié d’exemptions. Il s’agit d’un départ à la retraite, qui s’explique par le fait qu’il soit très malade d’une part, et de l’autre par le fait que sa présence n’est plus aussi indispensable qu’à l’époque où le régime devait tenter de se maintenir », explique Thomas Pierret. Connu pour avoir été l’un des principaux maîtres d’œuvre de la répression contre l’opposition, et surnommé par elle le « parrain des barils d’explosifs », Jamil Hassan est visé par un mandat d’arrêt international allemand pour crimes contre l’humanité et également recherché par la justice française. En février dernier, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel avait rapporté que Berlin a transmis aux autorités libanaises une demande d’extradition de Jamil Hassan, qui se faisait soigner pour un cancer au Liban.

Ces derniers mois, Jamil Hassan s’était rendu dans plusieurs provinces du pays pour faire ses adieux et présenter officiellement son suppléant, Ghassan Ismaïl, 58 ans, originaire de Tartous. Issu d’une fratrie de militaires, l’homme s’est construit une solide réputation au sein de l’appareil sécuritaire de l’État, certains l’estimant encore « plus impitoyable » que son prédécesseur. Il a été chef de la branche spéciale de la direction du renseignement aérien, chef de la direction de la sécurité de Souaida en 2016, et depuis l’an dernier directeur adjoint des services de renseignements de l’armée de l’air.

« En termes d’orientation, ce n’est pas un changement, étant donné que Ghassan Ismaïl étant le bras droit de Jamil Hassan, autant impliqué que lui dans les basses œuvres du régime. C’est quelqu’un qui pourrait être présenté devant la CPI avec tout un tas de chefs d’inculpation, tout comme son patron, donc on a affaire au même genre de figure », résume Thomas Pierret.

Autres nominations, celle de Houssam Louqa à la direction générale des renseignements généraux, autrefois appelée la Sécurité de l’État, à la place de Mohammad Dib Zeitoun ; celle de Nasser el-Ali à la direction générale de la sécurité politique, à la place de Houssam Louqa ; ainsi que celle de Nasser Dib à la direction générale de la sécurité criminelle à la place de Safwan Issa. Kifah Melhem a été nommé à la tête des SR militaires, succédant ainsi à Mohammad Mahla qui occupait cette fonction.

Ces remaniements importants interviennent en pleine lutte d’influence entre les deux parrains du régime, Moscou et Téhéran. Certains activistes de l’opposition y voient ainsi la main des Russes qui souhaitent l’éviction de certaines personnalités pro-Iran. « L’establishment syrien est scindé en deux. Une partie répond à l’agenda russe, l’autre à l’iranien », estime un activiste syrien basé en Turquie, souhaitant garder l’anonymat. « Jamil Hassan est connu pour être proches de Iraniens. Les Russes ont une influence sur certaines décisions, mais il est difficile de dire s’il s’agissait là d’un effort systématique de promouvoir des responsables de la sécurité prorusses et ébranler les pro-iraniens au sein de l’appareil sécuritaire », estime, pour sa part, Danny Makki.




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