Le député druze Talal Arslane lors d'une conférence de presse le 1er juillet 2019, à Khaldé (sud de Beyrouth). REUTERS/Aziz Taher
Le chef du Parti Démocratique libanais, le député druze Talal Arslane, a de nouveau exigé mercredi que les responsables des tirs de dimanche, dans le caza de Aley, sur le convoi du ministre d'Etat pour les Affaires des réfugiés, Saleh Gharib, membre de son parti, soient jugés devant la Cour de justice, soulignant que la situation actuelle dans la Montagne n'est "pas rassurante".
Les incidents de la Montagne ont fait deux morts, Samer Abou Faraj et Rami Salmane, gardes du corps de Saleh Gharib, et trois blessés. Ils sont survenus au moment où le chef du Courant patriotique libre et chef de la diplomatie, Gebran Bassil, effectuait une tournée dans la région. Celle-ci intervenait après des semaines de tensions nourries entre M. Bassil et ses alliés druzes d'une part, et le Parti socialiste progressiste du leader druze Walid Joumblatt de l'autre. La colère des joumblattistes s’est manifestée par des blocages de route à Kfarmatta et a culminé avec des tirs mortels contre le convoi du ministre Saleh Gharib, à Qabr Chmoun.
"Je n'accepterai qu'une seule approche des incidents de dimanche : qu'ils soient considérés comme une attaque contre la sécurité de l'Etat et la paix civile via une tentative d'assassinat d'un ministre", a déclaré Talal Arslane à la chaîne de télévision locale LBC. "La situation dans la Montagne n'est pas rassurante", a-t-il ajouté. "Les autorités doivent comprendre les risques liés à ce qu'il s'est passé", a-t-il ajouté.
Talal Arslane a demandé à plusieurs reprises depuis dimanche que les responsables de la mort des deux gardes du corps de Saleh Gharib soient jugés par la Cour de justice, dont les jugements sont sans appel, ce que le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt refuse. Ce recours à la Cour de justice équivaudrait à entériner la thèse de la tentative d’attentat préméditée contre Saleh Gharib, que le Parti démocrate et le CPL font promouvoir, alors que les circonstances de l’échange de tirs n’ont toujours pas été élucidées, compte tenu des versions antinomiques des faits.
C'est en raison des divergences des différentes parties politiques sur la question de transférer le dossier à la Cour de justice que le Premier ministre, Saad Hariri, a décidé de reporter le Conseil des ministres qui était prévu mardi, le temps qu'un compromis soit trouvé entre toutes les factions.
Dans les milieux du chef du gouvernement, on souligne qu’il appartient à l’autorité judiciaire ordinaire de qualifier les faits et c’est sur base de ses conclusions que le Conseil des ministres pourra juger si le dossier relève ou non de la compétence du tribunal d’exception.
"Nous avons confiance en Abbas Ibrahim"
Talal Arlsane revient aujourd'hui à la charge alors que les contacts engagés sans relâche mardi par le chef de l’État, Michel Aoun, le président de la Chambre, Nabih Berry, et même Saad Hariri, qui a mandaté le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, pour engager une médiation auprès des belligérants, avaient fini par avoir raison de l’obstination des uns et des autres. La mission de Abbas Ibrahim était concentrée sur le Sérail, Khaldé, le palais Bustros et Clémenceau, notamment pour assurer que les personnes impliquées dans les incidents de dimanche se rendent. Ce ballet avait fini par déboucher sur une formule de compromis qui consiste pour le chef du Parti démocratique, Talal Arslane, et ses alliés au sein du gouvernement de cesser de réclamer un renvoi du dossier de l’affaire devant la Cour de justice et pour le parti de Walid Joumblatt – qui a regagné mardi Beyrouth, au terme d’une visite au Koweït – d’accepter que les personnes soupçonnées d’avoir tiré sur le convoi de Saleh Gharib soient interpellées pour les besoins de l’enquête.
La famille de Rami Salmane, un des deux gardes du corps de Saleh Gharib tués dimanche, a de son côté annoncé que la date des funérailles sera fixée "en coopération avec Talal Arslane". Dimanche, les familles des défunts avaient déclaré qu'ils ne seraient pas enterrés tant que les responsables des échanges de tirs n'étaient pas traduits en justice. "Nous avons confiance en Abbas Ibrahim et la situation se dirige vers une résolution de cette affaire", ont ajouté les proches de Rami Salmane.
Reçu dans la journée par le ministre libanais de la Défense, Elias Bou Saab, à Yarzé, le chef du PDL a persisté et signé et souligné que sa demande que le dossier des incidents de Qabr Chmoun soit saisi par la Cour de justice n'était "pas une plaisanterie" et n'était pas négociable, qualifiant les échanges de tirs de "tentative d'assassinat d'un ministre en exercice" et de "piège". "S'en prendre à un ministre revient à s'en prendre à la paix civile", a-t-il ajouté. Le député druze a annoncé avoir remis à Elias Bou Saab "des vidéos et des informations précises sur le piège tendu pour tuer le ministre Gharib".
De son côté, le ministre de la Défense a estimé que la demande de M. Arslane d'avoir recours à la Cour de justice est "juste". Il affirmé avoir eu "une impression positive" de sa rencontre avec le chef du PDL, soulignant que ce dernier "veille à préserver la paix civile dans la Montagne, malgré les difficultés". M. Bou Saab a encore affirmé que l'armée "est capable d'assurer la sécurité et de la préserver", soulignant l'importance de tenir la troupe "à l'écart de la politique".
Michel Aoun a pour sa part appelé mercredi toutes les parties à "assumer leurs responsabilités". "L'Etat doit préserver son prestige", a-t-il déclaré alors qu'il recevait à Baabda une délégation de l'Ordre des médecins. "La justice doit protéger les citoyens et appliquer la loi contre les meurtriers", a-t-il ajouté, sans toutefois mentionner clairement les incidents de Qabr Chmoun.


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