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Moyen Orient et Monde

Municipales d’Istanbul : Erdogan change de stratégie

Turquie

Alors que le nouveau scrutin pour élire le maire de la métropole a été reporté à dimanche prochain, suite à l’annulation des résultats du 31 mars, le président turc semble adopter une posture plus conciliante afin de rassembler davantage d’électeurs.

Noura DOUKHI | OLJ
21/06/2019

Jamais un tel débat n’avait été organisé en 17 ans. Dimanche 16 juin au soir, les deux candidats à la mairie d’Istanbul, Binali Yildirim, candidat du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, et son opposant, Ekrem Imamoglu, se sont affrontés pendant près de trois heures à la télévision. Un événement qui ne s’était pas produit depuis 2002. « Il y a un changement de stratégie vérifiable de la part du président Recep Tayyip Erdogan en acceptant l’organisation de ce débat. Cela ne s’est pas produit une seule fois depuis qu’il est à la tête de la Turquie, d’abord comme Premier ministre puis comme président de la République », analyse Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut des relations internationales (IRIS) et spécialiste de la Turquie et du Moyen-Orient, interrogé par L’Orient-Le Jour. « Ce débat télévisé est vu comme un moyen de grappiller quelques dixièmes de point aux élections qui suffiraient pour renverser la situation », explique Samim Akgönül, directeur du département d’études turques de l’Université de Strasbourg, contacté par L’Orient-Le Jour.

Le 31 mars dernier, le candidat de l’opposition, Ekrem Imamoglu, avait battu le candidat du parti au pouvoir, avec près de 13 000 voix d’avance. L’AKP, le parti au pouvoir, parvient par la suite à faire annuler le scrutin par le Haut-Comité électoral, sous prétexte d’irrégularités. Une manœuvre condamnée par de nombreux experts internationaux. Malgré les critiques à son égard, le président turc reste prudent et adopte une posture plus conciliante.

« Recep Tayyip Erdogan et son allié nationaliste du MHP, Devlet Bahçeli, se sont mis en retrait. La présence trop voyante du président turc mobilise les opposants contre lui en faveur d’Ekrem Imamoglu. Dès lors, l’AKP a décidé de re-municipaliser la campagne et de mettre Binali Yildirim au premier plan, à travers ce débat notamment. Le président fait face à l’éventualité d’une nouvelle défaite : si Binali Yildirim est battu, ce sera sa défaite et non celle d’Erdogan », analyse Jean Marcou, directeur des relations internationales de Sciences Po Grenoble, interrogé par L’Orient-Le Jour.


(Lire aussi : La campagne qui détonne du candidat Imamoglu pour la mairie d'Istanbul)



Les interventions du président, devenues plus rares ces dernières semaines, adoptent des éléments de langage plus modérés. « Ses discours sont nettement moins agressifs », indique Didier Billion. « Tous ses discours précédant la campagne électorale étaient en effet anxiogènes, axés autour de la survie de la nation turque en danger. M. Erdogan se présentait volontiers comme le sauveur suprême de la nation sans lequel la Turquie tomberait à feu et à sang », poursuit le spécialiste.

Le chef de l’État turc semble avoir changé d’orientation. Des signes ont même été adressés par ce dernier à la communauté kurde. Pour la première fois depuis 2011, deux avocats du chef historique de la rébellion kurde Abdullah Öcalan, fait prisonnier en Turquie depuis 1999, ont été autorisés fin mai à lui rendre visite. « Le but d’Erdogan est de gagner l’électorat kurde d’Istanbul, susceptible de faire basculer le vote dans ces élections », explique Didier Billion.

Bien que l’AKP soit arrivé en tête du scrutin du 31 mars dans le pays et reste la première force politique, le parti d’Erdogan n’a pas conquis les grandes villes. Izmir, traditionnellement opposée au pouvoir, mais surtout Ankara et Istanbul ont été perdues par l’AKP. Le parti souhaite retrouver la main sur les grands centres urbains, en particulier Istanbul, qui représente à elle seule 20 % de l’électorat du pays.


(Lire aussi : Le maire déchu d'Istanbul promet une "révolution" démocratique)



Cette dernière ville occupe symboliquement une très grande place pour M. Erdogan, où le président a effectué son ascension politique en devenant maire d’Istanbul en 1994. Mais elle est aussi importante à d’autres égards. « Istanbul est le poumon économique, le centre culturel et médiatique du pays. Elle bénéficie d’une visibilité internationale », expose Nicolas Monceau, maître de conférences à l’Université de Bordeaux et chercheur associé à l’Institut d’études anatoliennes d’Istanbul, contacté par L’Orient-Le Jour.

« Perdre Istanbul est bien plus préjudiciable que perdre Ankara ou Antalya. Erdogan sait parfaitement qu’un pouvoir non docile à Istanbul peut avoir des répercussions dans tous les domaines », explique Samim Akgönül.

L’enjeu du scrutin de dimanche apparaît ainsi déterminant pour M. Erdogan et son parti, l’AKP. Les basculements minimes peuvent coûter cher lors de cette élection, d’où le changement de stratégie adopté par le président.

« En cas de nouvelle défaite de l’AKP, les conséquences en termes d’image pour le parti et pour M. Erdogan seraient désastreuses. Il serait alors très difficile de contester à nouveau le vote sans perdre toute crédibilité », conclut Nicolas Monceau.


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Sarkis Serge Tateossian

Selam-larım efendi.
Sen ghayeb-oldun
Il est perdu ...le sultanet.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

JE LUI SOUHAITE LA DEFAITE A L,APPRENTI MINI SULTAN FANATIQUE OTTOMAN QUI REFUSE DE RECONNAITRE LES GENOCIDES ET LES POGROMS DE SES PREDECESSEURS CONTRE LES ARMENIENS ET LES CHRETIENS DE L,ASIE MINEURE ET ACTUELLEMENT CONTRE LES KURDES.

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