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Liban

Les médecins se préparent à une bataille serrée demain

Professions libérales

À l’heure d’aller sous presse, l’on recensait toujours quinze candidats à la présidence de l’ordre. Mais la bataille se déroulera entre les anciens présidents Georges Aftimos et Charaf Abou Charaf.

Nada MERHI | OLJ
08/06/2019

C’est une bataille difficile et serrée pour la présidence de l’ordre des médecins de Beyrouth qui s’annonce pour demain dimanche. Malgré le grand nombre de candidats – quinze sur les vingt-trois praticiens ayant présenté leur candidature à la présidence de l’ordre étaient toujours dans la course à l’heure d’aller sous presse –, la bataille se déroulera entre Charaf Abou Charaf, candidat du Courant patriotique libre, et soutenu par les Forces libanaises, les Kataëb et le Hezbollah, et Georges Aftimos, candidat indépendant qui mise sur le bloc des indépendants, qui « ne veulent plus de l’ingérence des partis politiques » dans les affaires syndicales, comme sur l’appui « de quelques partis traditionnels, notamment le courant du Futur, le Parti socialiste progressiste et le mouvement Amal ». Selon des observateurs, ce dernier n’a pas encore annoncé sa couleur. Les discussions avec lui se poursuivent. Idem pour le Parti communiste.

Un troisième candidat indépendant, Georges Habre, qui se présente au nom du Hirak, un mouvement de médecins qui effectuait un sit-in à chaque réunion du conseil de l’ordre, recourant parfois à des actes de violence, ne semble pas avoir des chances pour percer. Toutefois, si le Dr Habre maintenait sa candidature, le Dr Aftimos ne profiterait pas des voix des indépendants puisque ces derniers pourraient voter Hirak.

Ce qui est sûr, c’est que jusqu’à hier soir, les cartes étaient toujours brouillées. Les négociations se poursuivaient tous azimuts pour boucler les listes, toujours incomplètes, et obtenir l’appui des parties politiques encore indécises ou celui des grandes universités. Selon des sources proches de l’ordre, l’Hôtel-Dieu de France, l’hôpital Saint-Georges des grecs-orthodoxes, l’hôpital Rizk (de l’Université libano-américaine) et l’hôpital libanais (Jeitaoui) pencheraient plutôt pour la liste « Les valeurs et l’éthique professionnelle » présidée par le Dr Abou Charaf, alors que l’Université américaine de Beyrouth accorderait ses voix à la liste de « L’entente, la paix et les actions », menée par le Dr Aftimos. Selon les mêmes milieux, la participation du Hezbollah aux élections pourrait être timide « puisque le parti n’a pas un candidat fort ».


(Lire aussi : Poursuites contre le président de l’ordre des médecins)



Réforme et lutte contre la corruption

Tous deux anciens présidents de l’ordre, Georges Aftimos (2007-2010) et Charaf Abou Charaf (2010-2013) mènent leur bataille, chacun de son côté, sous les mêmes thèmes : la réforme et la lutte contre la corruption. Forts de leurs acquis lors de leur mandat précédent, ils assurent vouloir continuer, en cas d’élection, sur la même lancée.

« L’état de l’ordre est lamentable à tous les points de vue, s’insurge le Dr Aftimos. À part son rôle en tant qu’entité professionnelle, l’ordre a un rôle à jouer dans la politique de santé au Liban. Il doit se prononcer sur les grands sujets de controverse, comme les problématiques des décharges d’ordures ou des lignes à haute tension, ou encore le problème lié à la non-application de la loi 174 sur la lutte antitabac. Ce qui n’a pas été fait au cours des dernières années. »

« Les praticiens sont écœurés, poursuit-il. Ils ont honte, d’une part, d’être médecins et, d’autre part, d’appartenir à ce corps professionnel entaché par toutes ces accusations de corruption, alors que les médecins sont censés être au sommet de la probité. »

Sur quoi mise-t-il ? « Sur ma performance au cours de mon mandat précédent, assure le Dr Aftimos. Les médecins ont toujours en mémoire mes années d’exercice. L’exemple que j’avais donné était encourageant pour qu’ils m’accordent une fois de plus leur confiance. » Se penchant sur ses principales réalisations, il rappelle ainsi que c’était lui qui avait réglé le gros contentieux que posait le dossier de la Maison du médecin, dont la construction avait coûté 11 millions de dollars. On parlait alors de 4,5 millions de dollars de gaspillage. « J’ai aussi créé la bibliothèque électronique qui permettait aux médecins d’accéder à la littérature médicale, mais celle-ci a été supprimée par la suite, poursuit-il. J’ai également œuvré pour faire voter la loi sur la formation médicale continue pour améliorer la situation financière de l’ordre. De plus, j’ai exigé des sociétés médicales de tenir leurs congrès au sein de l’ordre, j’ai aménagé le cinquième étage de la Maison du médecin qui devait servir de siège au secrétariat général de la Fédération des médecins arabes au Liban, après mon élection au poste de secrétaire général de cette fédération. Par ailleurs, j’ai mené campagne contre les charlatans de la médecine par les plantes, etc. Durant mon mandat également, le conseil de l’ordre n’a jamais été paralysé. Toutes les réunions se tenaient. Sans oublier que je n’ai pas permis aux partis politiques qui m’avaient soutenu (les forces du 14 Mars) d’interférer dans le travail de l’ordre. »


Une bonne volonté pour travailler

Avec la fin de son mandat en mai 2013, le Dr Abou Charaf ne pensait pas qu’il entrerait de nouveau dans la course pour la présidence de l’ordre. « D’ailleurs, je me suis présenté il y a un mois, à la demande de nombreux collègues qui connaissent mon parcours et mes réalisations, explique-t-il. La situation dans laquelle se trouve l’ordre actuellement a besoin d’une personne qui ait une expérience syndicale, une bonne volonté pour travailler et prendre des décisions, et qui jouisse de bonnes relations avec les différents partis politiques, ce qui permet de faire passer des lois dans la Chambre, sachant que ces partis, s’ils soutiennent ma candidature, n’ont aucun rôle à jouer dans l’action syndicale. Leur rôle se termine avec l’annonce des résultats. Tel a été le cas durant mon ancien mandat et tel sera le cas aujourd’hui encore si je suis réélu. »

Le Dr Abou Charaf explique que lors de son premier mandat, il a œuvré pour résoudre de nombreux problèmes d’ordres administratif et financier. « J’avais travaillé avec toute transparence et je continuerai à le faire, assure-t-il. De plus, l’ordre fait face à de nombreux problèmes d’ordres légal et juridique. Il y a grand besoin de le doter d’un bon département légal. »

L’ancien président de l’ordre des médecins note en outre que, durant son mandat, bien qu’il constituait une minorité au sein du conseil de l’ordre, il avait réussi à faire passer de nombreux projets. Il rappelle dans ce cadre que c’était lui qui avait mis au point l’ordonnance médicale unifiée « qui avait contribué à baisser la facture de la santé et permis à l’ordre de faire des rentrées de deux millions de dollars ». Au nombre des réalisations citées par le Dr Abou Charaf également, la loi pour financer la Caisse de retraite, la loi pour réglementer l’exercice de la profession et la spécialisation obligatoire, la baisse des dépenses administratives, la baisse de la valeur du contrat avec l’assurance médicale de 40 % sur une durée de trois ans, tout en maintenant les mêmes conditions et bénéfices…

Demain, quelque 8 700 médecins sur près de 13 000 ayant déjà payé leur cotisation devront élire un nouveau président de l’ordre et sept membres du conseil, quatre membres à la Caisse de secours et d’assurance, et trois autres membres à la caisse de retraite.

Pour mémoire

L’ordre des médecins menace d’une escalade

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