Liban

25 mai 2000-25 mai 2019 : ce qui reste de la fête de la Libération

Décryptage
25/05/2019

La fête de la Libération n’aurait pas pu mieux tomber qu’aujourd’hui, samedi, pour passer pratiquement inaperçue. Si l’on excepte quelques déclarations de responsables – notamment du président de la République, du commandant en chef de l’armée et du directeur de la Sûreté générale –, les Libanais auraient pu oublier cette date, tant ils sont plongés dans de nombreux problèmes sociaux et économiques, avec de réelles appréhensions pour l’avenir.

C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont poussé le secrétaire général du Hezbollah à prendre la parole cet après-midi, en dépit du jeûne du ramadan, au cours duquel il prend soin de ménager son auditoire.

Dix-neuf ans après le 25 mai 2000, cette date ne suscite donc plus une grande émotion chez les Libanais, même si elle a marqué un tournant dans les rapports arabo-israéliens. Pour la première fois en effet dans l’histoire du conflit arabo-israélien, l’armée israélienne s’est retirée d’une terre arabe sans le moindre accord politique, dans une sorte de débandade, laissant même ses alliés de l’Armée du Liban-Sud (ALS) se débrouiller seuls pour s’enfuir, après avoir abandonné sur place leurs armes lourdes et les véhicules militaires.

Pour la vérité historique, le 25 mai est la date de la fin du retrait israélien qui avait commencé une dizaine de jours auparavant dans une sorte de phénomène de boule de neige, les localités étant libérées les unes après les autres, jusqu’au jour décisif de l’ouverture par les habitants de la grille impressionnante de la prison de Khiam pour libérer les prisonniers libanais qui y étaient détenus, suivie par la fermeture définitive de la fameuse porte de Fatima à Kfar Kila, par laquelle les derniers soldats israéliens et miliciens de l’ALS sont partis.



(Lire aussi : "Pas de répit avant la libération de tout le territoire", promet le général Aoun)



Sur le plan politique et officiel, c’est à cette période qu’a eu lieu le fameux coup de fil entre le président de l’époque Émile Lahoud et la secrétaire d’État américaine Madeleine Albright, auquel M. Lahoud a mis fin brutalement pour ne plus discuter d’arrangements indirects avec les Israéliens. C’est aussi pendant cette période que les habitants du Sud ont craint d’éventuels règlements de comptes entre, d’un côté, les résistants et, de l’autre, les familles des combattants de l’ALS. Au point que le président français de l’époque Jacques Chirac avait proposé à son homologue libanais d’envoyer un contingent spécial français pour protéger ceux qui avaient peur et empêcher des incidents qui pourraient dégénérer en affrontements confessionnels. M. Lahoud avait refusé cette offre, assurant à son interlocuteur qu’il se portait garant de la stabilité dans la région libérée. Le secrétaire général du Hezbollah avait d’ailleurs prononcé le fameux discours de Bint Jbeil pour confirmer la libération du territoire, dans lequel il avait assuré qu’il n’y aurait aucun incident ni aucun acte de représailles ou de vengeance. C’est aussi dans ce discours que Nasrallah avait lancé sa fameuse phrase sur le fait qu’Israël est « plus fragile qu’une toile d’araignée ».

Contrairement à ce qui se dit aujourd’hui, à l’époque, la résistance du Hezbollah ne faisait pas l’unanimité. Certes, une partie des chrétiens, qui avaient cru un moment que les Israéliens étaient les défenseurs des chrétiens dans le cadre d’une alliance des minorités face à la grande majorité musulmane dans la région, en étaient revenus, surtout après la fameuse guerre dite de la Montagne dans les années 1983-1985. Mais une partie des Libanais continuait à croire à la fameuse théorie selon laquelle « la force du Liban est dans sa faiblesse » et que les Libanais ne peuvent pas affronter l’armée israélienne, l’une des plus puissantes de la région. Une autre partie, qui pansait encore les blessures de la guerre civile, n’avait pas une grande confiance dans le Hezbollah. C’est d’ailleurs pourquoi, lorsque le Hezbollah, dans un souci de faire participer les Libanais à la victoire qu’il venait de remporter, avait fait circuler un blindé israélien dans toutes les régions du pays, cela avait été mal perçu dans certaines régions à majorité chrétienne.

C’est aussi en 2000 que la ligne bleue a été tracée par l’ONU à la frontière sud. Elle a été conçue comme une frontière provisoire laissant en suspens les treize points conflictuels, dont les fermes de Chebaa, les collines de Kfarchouba et une partie du village de Ghajar. Dix-neuf ans après, cette ligne bleue avec les points conflictuels sont toujours d’actualité. Pour certains, le fait de déclarer que les fermes de Chebaa, les collines de Kfarchouba et une partie de la localité de Ghajar sont libanaises est destiné à justifier le maintien du Hezbollah en tant que groupe armé sous couvert de résistance, alors qu’en réalité, ces territoires sont syriens. Pour d’autres, il s’agit d’un faux débat, car l’État libanais dans son ensemble a déclaré que ces territoires sont libanais. Dans leurs déclarations ministérielles, les gouvernements qui se sont succédé depuis Taëf reconnaissent le droit du Liban à libérer toute portion de territoire occupée par tous les moyens disponibles.

De fait, les événements de 2000 ont fait entrer le Liban dans une nouvelle ère, avec un changement radical dans l’approche du dossier libano-israélien. Aujourd’hui, le spectre de la discorde entre sunnites et chiites qui plane sur la région depuis que les États du Golfe, l’Arabie saoudite en tête, considèrent l’Iran comme le principal ennemi, ce changement est remis en question. Le Liban est-il à la veille d’entrer dans une nouvelle ère de turbulences ? C’est sans doute la raison pour laquelle le président de la République a insisté il y a deux jours sur le fait que la priorité doit rester à l’unité nationale.


Lire aussi
Le jour où Damas a « reconnu » la libanité des hameaux de Chebaa

Le tracé des frontières entre le Liban et la Syrie pour arrêter la contrebande et le passage des armes


À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Wlek Sanferlou

J'ai cherché partout dans le "je sème à tout vent" pour trouver une relation quelconque entre Décryptage et Dérapage...les seules references furent cet article et d'autres pareils où les illusions de victoires sont dépeintes comme des vrais...
Je dirai encore plus... Bizzare.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ENCENSEMENTS HABITUELS. ARTICLE INDIGNE DE COMMENTAIRE !

gaby sioufi

je ne sais si l'auteure me permettrait de repondre a sa question/titre de son décryptage , mais me dois en avouer en avoir la reponse, la seule la vraie - sur que la majorité des libanais sont de mon avis - :
ce qu'il en reste est une soumission totale a vali fakih.
sans honte, sans fiorite AVEC, cerise sur le gateau des chants de louanges & de fierte.

Dernières infos

Les signatures du jour

Un peu plus de Médéa AZOURI

D’un automne à l’autre

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants