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France : arrêt des soins pour un patient en état végétatif, dans un climat passionnel



AFP
20/05/2019

L'arrêt des soins a commencé lundi pour Vincent Lambert, un patient en état végétatif depuis plus de dix ans, devenu le symbole du débat passionnel en France sur "l'acharnement thérapeutique", mais ses parents ont lancé une énième procédure judiciaire, poursuivant ainsi une bataille de six ans devant les tribunaux.

L'annonce est tombée dans un courriel diffusé tôt dans la matinée par le Dr Vincent Sanchez, de l'hôpital Sébastopol de Reims (nord-est) : "l'arrêt des traitements" et "la sédation profonde et continue" ont été "initiés ce matin".

"Dans cette période douloureuse, j'espère pour Monsieur Vincent Lambert que chacun saura ouvrir une parenthèse et se rassembler, auprès de lui, afin que ces moments soient le plus paisibles, intimes et personnels possible", ajoute ce médecin, chef de service des soins palliatifs, dans un mail à la famille dont l'AFP a obtenu copie.

"C'est une honte, un scandale absolu, ils n'ont même pas pu embrasser leur fils", a aussitôt réagi Jean Paillot, avocat des parents, farouchement opposés à l'interruption des traitements.

Le Dr Sanchez, "en violation de tous ses devoirs et de ce qu'il avait laissé croire, vient d'annoncer à la famille qu'il avait initié le processus de mort sans préavis, sans tenir compte des recours, sans tenir compte des mesures provisoires. (...) Le coup de force continue. Il est encore temps d'arrêter cette folie", ont également affirmé dans un communiqué Me Paillot et Me Jérôme Triomphe, autre avocat des parents.

"C'est des monstres! Des monstres! C'est des nazis!", a lancé depuis une voiture Viviane Lambert, la mère de Vincent, 73 ans, en passant devant le centre hospitalier de Reims.

Devant les grilles de l'hôpital, sous un ciel gris, une cousine de Vincent Lambert annonce entamer une grève de la faim pour dénoncer une décision "inacceptable dans un pays comme la France".

"Ca va au-delà d'un membre de ma famille. Si on accepte que Vincent aujourd'hui soit tué, assassiné, ça veut dire qu'on peut (...) tuer tous les handicapés qui ne peuvent pas se nourrir; ça fait jurisprudence", accuse Hélène Liaud. Dans ses mains, un écriteau avec la mention "Grève de la faim pour Vincent" et le livre "Indignez-vous!" de Stéphane Hessel.

Validée fin avril par le tribunal administratif suprême, le Conseil d'Etat, l'interruption des soins prévoit, selon une source médicale, l'arrêt des machines à hydrater et alimenter ainsi qu'une sédation "contrôlée, profonde et continue" de cet homme aujourd'hui âgé de 42 ans, ainsi qu'une prise d'analgésiques "par précaution".

De sources médicales, le décès, dans ces conditions, interviendrait d'ici quelques jours à une semaine.

Mais l'éprouvante bataille juridique et morale qu'est devenue "l'affaire Lambert" n'est pas terminée.


Quatrième procédure en six ans
Les avocats des parents ont saisi lundi la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) selon une procédure d'urgence, ainsi que le Conseil d'Etat français, ont annoncé les deux Cours.

Les parents et deux autres membres de sa famille s'appuient sur la demande du Comité des droits des personnes handicapées de l'ONU qui a souhaité que la France suspende toute décision en attendant son examen sur le fond, a précisé la CEDH.

Samedi, dans une lettre ouverte, les parents s'étaient déjà appuyés sur ce comité de l'ONU pour demander l'intervention du président Emmanuel Macron.

Il s'agit de la quatrième procédure en six ans dans cette affaire qui déchire la famille de Vincent Lambert, tétraplégique et plongé dans un état végétatif depuis un accident de la route en septembre 2008.

Les avocats des parents réclament par ailleurs la radiation et des poursuites à l'encontre du docteur Sanchez.

Face à ceux qui s'opposent à l'arrêt des soins, la femme de Vincent Lambert, Rachel, et son neveu François assurent que le patient, ancien infirmier, avait pris position contre tout "acharnement thérapeutique", même s'il n'a pas laissé de directives anticipées.

"Vincent Lambert n'est pas en fin de vie", explique à l'AFP Jean Leonetti, l'artisan de la loi française de 2005 visant à éviter l'acharnement thérapeutique. Mais "la question de l'obstination déraisonnable qui se pose le concernant relève, cependant, de la loi de 2005. Est-il raisonnable ou déraisonnable de le maintenir artificiellement en vie ?", ajoute-t-il.

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