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Moyen Orient et Monde

L’attaque de bateaux montre les failles de sécurité dans le Golfe

Éclairage

L’opération menée près du stratégique détroit d’Ormuz semblait destinée à tester la détermination des États-Unis et de leurs alliés sans prendre le risque de déclencher un conflit.

OLJ
16/05/2019

Les attaques qui ont visé deux pétroliers saoudiens et deux autres navires au large des Émirats arabes unis ce week-end ont rappelé la vulnérabilité d’une route commerciale cruciale sur fond de tensions croissantes entre l’Iran, les États-Unis et les pays arabes du Golfe.

En ne provoquant que de faibles dégâts, l’opération menée près du stratégique détroit d’Ormuz semblait destinée à tester la détermination des États-Unis et de leurs alliés sans prendre le risque de déclencher un conflit après l’envoi de renforts militaires américains dans la région, soulignent les experts.

Les Émirats arabes unis n’ont pas pointé du doigt leur voisin iranien, mais les services de renseignements américains jugent très probable qu’un groupe lié ou agissant pour le compte de Téhéran soit impliqué, selon un responsable américain. L’Iran a nié toute responsabilité. « C’est une épine dans le flanc, un coup de canif porté au commerce maritime dans le détroit d’Ormuz », commente Gerry Northwood, qui dirige la société de sécurité maritime MAST. L’attaque s’est déroulée au large des côtes de l’émirat de Fujaïrah, à l’entrée du détroit d’Ormuz par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole.

Elle a été suivie deux jours plus tard par une attaque de drones contre des installations pétrolières près de Riyad, la capitale saoudienne, revendiquée par le mouvement yéménite houthi soutenu par l’Iran.

Ces deux événements ressemblent beaucoup à un avertissement envoyé par l’Iran sur sa capacité de nuisance dans la région. Des durs du régime de Téhéran ont menacé ces derniers mois de bloquer le détroit d’Ormuz si les États-Unis empêchent l’Iran d’exporter son pétrole. Le trafic ne s’est jamais interrompu dans le chenal d’une trentaine de kilomètres de large, même au plus fort de la guerre Iran-Irak (1980-1988), quand les deux pays attaquaient des pétroliers pour perturber leurs exportations respectives. C’est la cinquième flotte américaine, basée au Bahreïn, qui a la responsabilité d’assurer la sécurité du trafic commercial dans le Golfe. Le Royaume-Uni et la France disposent aussi de forces militaires dans la région, de même que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Faire passer un message

Mais les pays du Golfe peinent à mettre en place un système de protection efficace contre les attaques de drones ou les actes de sabotage, relève la société de conseil en risque politique Eurasia Group dans une note.

« Il y a des centaines, voire des milliers de petits bateaux qui circulent dans cette zone chaque jour. Beaucoup de ces bateaux appartiennent à des contrebandiers qui font du trafic entre l’Iran et les pays du Golfe », souligne Norman Roule, un ancien responsable du renseignement américain. « Ça rend difficile, mais pas impossible, d’établir quels bateaux ont participé à l’opération (de sabotage). »

Alors que pratiquement aucune information n’a filtré sur la position des navires au moment de l’attaque, le type d’armement utilisé ou ses auteurs, les Émirats arabes unis se doivent de « rassurer les armateurs sur le fait que cet incident restera isolé » en renforçant les patrouilles, estime un diplomate occidental basé à Abou Dhabi. Des experts en sécurité maritime ont déclaré à Reuters que les dégâts constatés sur la coque d’un des navires pourraient avoir été provoqués par une mine limpet (ventouse), un explosif d’assez faible puissance souvent placé par un nageur de combat sous la ligne de flottaison du bateau visé. Selon eux, le recours à ce type de matériel militaire et la coordination des attaques semble écarter la piste d’un groupe terroriste comme el-Qaëda.

« Ce ne sont pas des gens qui cherchent à faire un coup d’éclat, plutôt quelqu’un qui veut faire passer un message en restant dans l’ombre », renchérit Jeremy Binnie, rédacteur en chef du Jane’s Defence Weekly pour le Moyen-Orient et l’Afrique. Pour Jean-Marc Rickli, responsable des risques mondiaux et de la résilience au Geneva Centre for Security Policy, il est possible que l’Iran ait voulu rappeler qu’il a les moyens de perturber le trafic commercial dans le Golfe, alors que les États-Unis ont qualifié de « ligne rouge » un éventuel blocage du détroit d’Ormuz. « Peu importe l’auteur, ajoute-t-il, ça contribue à attiser les tensions dans la région et à mener à une situation où un petit incident pourrait déclencher une réponse de bien plus grande ampleur. »

Source : AFP


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