Liban

Quand la lutte contre la corruption fait des dégâts collatéraux...

Décryptage
18/04/2019

Le président de la République a pris, au cours de la semaine écoulée, deux initiatives qui sont pratiquement passées inaperçues, tant les médias mettent (à juste titre) l’accent sur la situation économique. La première a été la réunion du Conseil supérieur de la défense à Baabda, dont les décisions ont été maintenues secrètes, et la seconde a été son discours lors de la cérémonie pour le centième anniversaire de la fondation de l’ordre des avocats.

Ces deux initiatives font suite à deux événements qui se sont produits ces deux dernières semaines et qui ont failli ébranler la stabilité intérieure. Il s’agit du malaise au sein du corps judiciaire et des tensions entre la justice, d’une part, et les services de sécurité, de l’autre.

Sur fond de lutte contre la corruption et dans le cadre du vent de panique que cette bataille a suscité dans toutes les institutions de l’État et au sein des différents départements administratifs, les rumeurs ont commencé à circuler sur des tensions entre certains juges, et entre ces derniers et des services de sécurité. Au point que certains analystes ont commencé à évoquer un complot déclenché à la suite de la visite du secrétaire d’État américain Mike Pompeo à Beyrouth et son incitation claire aux Libanais à se rebeller contre l’influence du Hezbollah. Par exemple, les tiraillements entre le parquet militaire et le service de renseignements des FSI ont été placés par certains dans ce contexte, d’autant qu’il s’agissait notamment d’un conflit sur les prérogatives, le commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire, le juge Peter Germanos, accusant la branche des renseignements des FSI d’outrepasser ses prérogatives et de ne pas répondre aux injonctions du parquet militaire dont il est pourtant l’un des outils.En même temps, le fait que plusieurs magistrats aient été déférés devant le Conseil de discipline et soumis à une enquête judiciaire pour des affaires de corruption a créé un véritable malaise au sein du corps judiciaire et provoqué un climat de méfiance entre les magistrats eux-mêmes. C’est d’ailleurs pratiquement la première fois qu’un tel vent de suspicion et d’insécurité règne au sein du corps judiciaire.

Cela aurait pu être un moteur poussant les magistrats à donner le meilleur d’eux-mêmes. Mais cela a, au contraire, provoqué une sorte de désordre dans l’activité judiciaire. De même, l’un des acquis de ce mandat, qui a consisté à mettre un terme à la lutte entre les différents services de sécurité – qui avait fait rage pendant des années, au point d’ailleurs de paralyser le déploiement de l’armée par exemple autour de Ersal en pleine offensive de Daech et d’al-Nosra à la fin du mandat du président Michel Sleiman –, a été remis en question par la rivalité qui a soudain ressurgi entre le service de renseignements des FSI, la Sûreté de l’État et même les SR de l’armée, la Sûreté générale ayant réussi à se tenir à l’écart.

Immédiatement, des rumeurs ont commencé à circuler sur le fait que lors de sa visite au ministère de l’Intérieur, le secrétaire d’État américain a voulu donner le signal d’une nouvelle guerre des services au Liban, encourageant la branche des renseignements des FSI, au détriment des autres services qui étaient considérés par le passé comme proches de la présidence de la République et des forces du 8 Mars, alors que les FSI étaient, elles, considérées comme proches du Premier ministre. La priorité du président nouvellement élu Michel Aoun avait d’ailleurs été de mettre un terme à cette rivalité entre les différents services et d’unifier les efforts de toutes les forces militaires et sécuritaires pour stabiliser la situation interne. Or, soudain, et à la faveur de la lutte déclenchée contre la corruption, le malaise et les tiraillements sont réapparus, menaçant de paralyser les institutions concernées et de discréditer l’ensemble de l’opération d’assainissement initiée par le chef de l’État et à laquelle toutes les parties politiques se sont ralliées.

C’est dans ce contexte que le président de la République a donc convoqué une réunion du Conseil supérieur de la défense, qui regroupe le Premier ministre, les ministres concernés, les chefs des services sécuritaires et militaires, ainsi que les responsables judiciaires. Officiellement, il s’agissait de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité pendant la période des fêtes et pour le mois de ramadan qui commence au début du mois de mai. Mais selon des sources proches de cette réunion, le chef de l’État a voulu rappeler aux participants à la réunion que leur coopération et leur collaboration sont importantes pour le pays, alors que la rivalité entre les services et entre les institutions est dévastatrice pour tous. En même temps, toujours selon les mêmes sources, il aurait insisté sur la nécessité de travailler dans la discrétion pour plus d’efficacité, rappelant qu’il n’y a de couverture politique pour personne, mais en même temps qu’il ne peut y avoir de condamnation dans les médias avant que la justice ne se prononce.

Michel Aoun a aussi profité de la cérémonie qui s’est tenue à l’ordre des avocats pour rappeler le rôle prépondérant de la justice dans la lutte contre la corruption, mais aussi dans la réalisation de la justice, qui est un des fondements de l’État de droit. Selon les sources précitées, le chef de l’État a tenu à envoyer ce message en toute clarté pour, d’une, part encourager le corps judiciaire et, d’autre part, montrer que la campagne contre la corruption se poursuivra. Dans ce contexte, toujours selon les mêmes sources, le malaise actuel peut donc être considéré comme normal dans un pays où la corruption est devenue un système, mais il est important de remettre les choses dans leur cadre réel plutôt que de leur donner une dimension plus générale et inappropriée.

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MAKE LEBANON GREAT AGAIN

Tout l'Etat n'a pas su se refaire une identite depuis la sinistre guerre ( et pas guerre civile ) de 1975
Taef en redonnant plus de poids aux sunnites n'a pas reussi a refaire un Liban reel et la mise sous tutelle du Liban pendant quinze ans par les Syriens n'a surement pas aide a la reconciliation

L creation de HB branche chiite du Liban qui a refuse de desarmer comme le prevoyait Taef a envenime la solution et Geagea s'est retrouve au trou alors que l'auteur de Sabra et Chatila Mr Hobeika agissant sur ordre des Syriens est devenu ministre ( evidement assassine pour qu'il ne puisse pas aller dire la verite a la Haye )

La plus part des membres des nouveaux gouvernements depuis lors n'ont pense qu'a s'enrichir au lieu de diriger le pays vers une reconciliation vraie ( ou etre juste tue par des attentats )

Meme aujourdh'ui le pays ne peut survivre quoi qu'on le dise avec les memes car je ris bien fort quand le ministre Bassil demande la levee du secret bancaire
alors qu'est devenu plutot plus riche depuis qu'il est ministre et le seul fait que le camp du futur a refuse les amendements logique de transparence au niveau de l'electricite donne voie a croire ce que Paula Yacoubian disait d'une commission recu par Bassil et Harriri ( pas Saad ) sur ce domaine les nomment expressement

LA JUSTICE PEUT FAIRE SON TRAVAIL SI LA POLITIQUE NE SE MELE PAS D'EUX MAIS MALHEUREUSEMENT CERTAINS DOIVENT LEUR NOMINATION A DES PARTIS .CELA DEVRAIT ETRE INTERDIT

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

C,EST QUE LA BATAILLE CONTRE LA CORRUPTION TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD A COMMENCE DE LA QUEUE AU LIEU DE COMMENCER DE LA TETE. UN ADAGE DIT QUE LE POISSON POURRI EXHALE L,ODEUR PAR LA TETE ! QUAND AUX ENCENSEMENTS JE NE VEUX PAS EN PARLER...

AIGLEPERçANT

On voit que la conscience de nos magistrats et de notre système judiciaire est sauve.

Il nous faudrait un hercule pour faire le ménage dans nos écuries.

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