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Liban

Un devoir de mémoire pour empêcher la « déformation de l’histoire »

« Journée des martyrs Kataëb »

Samy Gemayel prône une « opposition nationale élargie » pour « faire face à la mainmise sur la décision de l’État ».


Yara ABI AKL | OLJ
15/04/2019

Mettre fin aux hostilités ne suffit pas pour tourner la page sanglante d’une guerre fratricide qui a déchiré une nation pendant une quinzaine d’années. Il y a aussi l’obligation de tirer les leçons du passé pour jeter les bases d’un avenir meilleur, et le devoir moral de garder vivace la mémoire des militants ayant sacrifié leur vie pour une cause noble et faire barrage aux tentatives de « déformer l’histoire ». C’est dans cet esprit que le parti Kataëb a célébré, samedi au théâtre Platea (Jounieh), la « Journée des martyrs » et annoncé l’inauguration officielle du musée de l’Indépendance, situé à Haret Sakhr, qui expose – photos et vidéos à l’appui – les principales étapes de la lutte menée par les Kataëb au fil des ans.

Étaient présents à la cérémonie l’ancien président de la République Amine Gemayel et son épouse Joyce, le leader des Kataëb Samy Gemayel, les députés et membres du directoire Kataëb, notamment le député Nadim Gemayel, les députés Roger Azar (Courant patriotique libre), Chawki Daccache, Eddy Abillama et Fady Saad (Forces libanaises), Nicolas Nahas (Tripoli), l’ancien député Farès Souhaid, président du Rassemblement de Saydet el-Jabal, et de nombreuses autres personnalités politiques.

C’est à dessein que le directoire de la formation a choisi la date du 13 avril, qui marque le début de la guerre libanaise, pour rendre hommage à ses six mille militants tombés au combat. Une façon d’affirmer que cette date marque le coup d’envoi de la « Résistance libanaise ». D’ailleurs, sur les lieux du rassemblement, tout rappelle cette époque de l’histoire contemporaine du pays sous l’angle du rôle des Kataëb aussi bien en temps de guerre que durant les périodes de paix, sur le double plan politique et militaire. L’emplacement est ainsi décoré de pancartes où l’on peut lire les slogans : « Mémoire d’une nation », « Mémoire d’une lutte » ou encore « Mémoire d’une résistance ».


Chants partisans
À cela s’ajoute l’enthousiasme de milliers de partisans, cadres et sympathisants Kataëb (toutes générations confondues) venus réaffirmer leur foi dans la cause défendue par le parti depuis plus de huit décennies et leur engagement aux côtés de l’actuel directoire, et rendre hommage aux vétérans. Pour compléter ce tableau, des chants partisans interprétés par une chorale ont été entonnés à la mémoire du fondateur des Kataëb Pierre Gemayel, de l’ancien président de la République Bachir Gemayel, de l’ancien député et ministre Pierre Amine Gemayel et de tous les autres partisans tombés durant la guerre. Parmi ces chants, l’emblématique Aa daassatak (Sur tes traces), dédié au président assassiné Bachir Gemayel, ou encore le fameux Aal sakher mnehfour Kataëb (Sur la roche, nous gravons le mot Kataëb), pour ne citer que ceux-là.

Commémorer le souvenir des martyrs du parti fondé en 1936 par Pierre Gemayel et revenir sur l’itinéraire de la Résistance libanaise ne sont certainement pas sans rappeler le nom de Jocelyne Khoueiry, pionnière de l’engagement des femmes dans les combats. La mémoire collective libanaise se souvient de sa photo portant les armes lors des combats au centre-ville, et nombreux sont ceux qui se rappellent d’elle comme étant la fondatrice des « combattantes » Kataëb. Absente de la cérémonie de samedi pour des raisons de santé, elle a adressé un émouvant message à ses camarades, assurant que le parti poursuivra sa lutte pour sauvegarder un Liban souverain et préserver les valeurs longtemps brandies par les Kataëb.


(Lire aussi : Un musée de l’indépendance des Kataëb pour lutter contre l’amnésie)


20 000 documents
Puis Joy Homsy, directeur du musée de l’Indépendance, a expliqué la difficulté de résumer l’histoire de six mille victimes dans un espace de mille mètres carrés. « Nous avons plus de vingt mille documents et dix mille photos », a-t-il précisé, rappelant qu’en l’absence d’un livre d’histoire unifié, le parti espère contribuer à l’unité nationale. C’est aussi sous l’angle de la défaillance de l’État que se place le témoignage de Rabih Khawand, fils de Boutros Khawand (enlevé en 1992). « La mémoire de l’indépendance, c’est aussi ceux que le régime syrien a kidnappés », a-t-il lancé, exhortant les autorités à assumer leurs responsabilités sur ce plan.

Émouvant était aussi le témoignage de Salim Reaïdy, compagnon de route de Pierre Gemayel et militant de la première heure au sein de son parti. Il a profité de son intervention pour revenir sur certains épisodes marquants de la guerre déclenchée il y a 44 ans, notamment les affrontements de Dékouané ayant opposé les Kataëb aux Palestiniens à l’issue de la bataille de Tall el-Zaatar. « Je suis témoin des luttes des Kataëb et du martyre de leurs combattants », a-t-il dit, estimant que le parti s’est substitué à l’État « lorsque celui-ci était défaillant ».

Outre les combats de Dékouané, Fouad Abou Nader, conseiller de Samy Gemayel et compagnon de route de Bachir et Amine Gemayel, s’est attardé sur quelques combats significatifs, particulièrement la bataille de Zahlé le 2 avril 1981, qui, selon lui, « a fait de Bachir un présidentiable », et celle du centre-ville. « Nous avons défendu le Liban en tant que nation, face à un danger que représentaient les factions palestiniennes », a-t-il insisté, estimant que « si les Kataëb n’avaient pas résisté en 1975, le compromis du siècle aurait eu lieu depuis cette année-là aux dépens des Libanais ».


« Gare au changement d’identité »
Enfin, c’était à Samy Gemayel de prendre la parole pour rendre hommage aux vétérans du parti et définir les grandes lignes de l’action de la formation dans la prochaine phase. Évoquant le souvenir de son cousin Amine Assouad (tué au combat en 1976 à Beyrouth), le député du Metn a déclaré sans détour : « La disparition d’Amine nous a motivés à mener une résistance et à lutter pour la vérité. » « Le seul objectif des Kataëb sera d’œuvrer pour que les Libanais puissent vivre en sécurité dans leur pays », a-t-il lancé, avant d’expliquer les objectifs de la mise sur pied du musée de l’Indépendance. « Nous appelons tout le monde à tirer les leçons du passé et faisons barrage aux tentatives de déformer l’histoire », a affirmé Samy Gemayel, ajoutant : « L’histoire se souviendra que les Kataëb ont versé la première goutte de sang dans la lutte pour l’indépendance, que le président Kataëb Bachir Gemayel a été assassiné au siège du parti à Achrafieh et que Amine Gemayel a défendu la souveraineté du Liban (…) »

Samy Gemayel a en outre rappelé que son parti a fait face à la tutelle syrienne et qu’il est resté fidèle à ses constantes et à la mémoire de ses martyrs. « La guerre n’aurait pas eu lieu si l’État exerçait alors pleinement sa souveraineté », a encore dit le chef des Kataëb, avant de s’en prendre implicitement au Hezbollah. « Certains répètent les erreurs du passé en usant des armes pour s’emparer de la décision de l’État et de la souveraineté », a-t-il averti, déplorant un « changement de l’identité du Liban tant sur le plan de la politique étrangère que par les atteintes aux libertés publiques ».

Convaincu de son positionnement de fer de lance de l’opposition, il s’est enfin adressé à ceux qui estiment que la souveraineté est un détail et s’emploient à justifier le compromis présidentiel. « C’est cette perception qui a mené au 13-Avril. Et le rôle des Kataëb est de briser l’accord sur la démission collective face aux armes illégales. Nous voulons être la pierre angulaire d’une large opposition nationale qui affronterait la mainmise sur la décision de l’État, pour présenter aux Libanais un autre mode d’action politique », a conclu Samy Gemayel.

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Bery tus

Je ne comprend pas cheykh Samy pq cette phrase sibylline que je crois lancée contre les FL .... ceux qui tente de justifier le compromis présidentiel ou encore ceux qui ont démissionner ... pourquoi ?!?

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