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Culture

Une « Guerre », entre bleu Klein et sarabande à la Chagall

Danse

C’est devant une salle comble jusqu’aux loges du second étage que la 15e édition de Bipod a clôturé, samedi 13 avril au Citerne Beirut, sa ronde dédiée à la danse. À l’affiche pour le dernier soir, la création de Samuel Mathieu se répand avec le bleu vibrant d’Yves Klein, entre indigo sombre et profondeur des océans. Un combat en choc frontal entre grâce et vigueur, entre affrontement et fuite.


15/04/2019

Le temple de la danse, Citerne Beirut, a donné la voix, pour sa soirée de clôture, à un spectacle qui, s’il ravit par moments les yeux grâce à des jongleries de cirque, est toutefois dérangeant par une musique assourdissante qui se rapproche des souffleries et des vrombissements d’une grosse machinerie. Et même quand les orgues tonnent et ronflent, le coup de grâce n’en finit pas pour des tympans sérieusement malmenés par une bande son obsédante et lourdement omniprésente.

Six danseurs torse nu, et danseuses en tenue légère, investissent l’aire de la scène avec trois sangles à deux cordes pour déployer un discours et des sauts aériens habités d’une acrobatie vertigineuse et dangereuse comme pratiquée par les gens de cirque. L’idée initiale est née d’une ébauche du peintre et performer Yves Klein pour un spectacle opposant couleurs et lignes. Samuel Mathieu, chorégraphe toulousain rompu au métier des concepts de danse, s’en est emparé, l’a étirée et creusée jusqu’à ses plus lointaines limites et fantaisies. Alors est née Guerre, une fresque mouvante, sensorielle, vaguement violente, traduisant le mouvement et la fluidité des couleurs, et l’énigmatique mobilité des lignes par des contrastes et des confrontations où le matériel et l’immatériel ont des empoignades, des rejets, des accrochages, des prises de bec.

Mais la transposition de cette métaphore des relations humaines en filigrane – car l’enjeu est là loin de toute chétive notion d’abstraction – reste inarticulée et confuse avec ce constant et lent va-et-vient des danseurs au-devant des feux de la rampe. Des danseurs qui, sans pirouettes ni autres cabrioles onctueuses, courent et s’agitent dans tous les sens quand ils ne prennent pas leur envol comme des tarzans, qui ne retrouvent parfois pas la liane, pour mieux se suspendre, s’agripper ou se poser… Et ce n’est certainement pas la bande son proche d’une musique électronique aux confins d’une expression dodécaphonique embrouillée qui va jeter la lumière sur la compréhension et faciliter l’accès à ces corps débordants d’une irrépressible énergie. Une énergie qui décrit sans doute la confusion, l’incontrôlable, la désorganisation, la désunion en temps de clash, discorde et bataille.


(Lire aussi : Ivo Dimchev, chantre gothique du désarroi de vivre)


Abysses
Mais tout cela reste peu perceptible et impalpable. Sur une scène absolument nue avec un grand écran blanc en fond, une lumière déclinante laisse les danseurs se profiler et se mouvoir comme des ombres chinoises. Puis progressivement, avec un crescendo de son allant vers un insoutenable fortissimo, le mouvement s’accélère telles ces toupies qui roulent en accéléré, à une vitesse folle.

Comme un cri d’assaut et d’attaque surprise, Guerre secoue le spectateur d’emblée avec des images qui vont puiser leur force et leur motricité dans les abysses du conscient et de l’inconscient. Les danseurs courent, culbutent, se vautrent, se balancent, s’agglutinent, se séparent, s’isolent, s’aimantent, se repoussent, s’éloignent les uns des autres, se rapprochent, se groupent, s’unissent…

Les sangles les font virevolter et tournoyer dans l’espace comme des sculptures vivantes suspendues en l’air, et les feux de la rampe les font tourbillonner sur le plancher comme une délirante sarabande chagallienne. La danse se fend carrément en un grand écart. Un grand écart où triomphe la beauté de l’équilibre de haute voltige d’une brillante gymnastique de trapéziste. Même si on a oublié et peu compris de quelle guerre ou de quel conflit il s’agit…

Demeurent quand même, loin de tout tapage, certaines images marquantes de ces corps en apesanteur, happés par l’air et les spots dardés sur leurs muscles tendus et renflés.



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