L’ancien PDG de Nissan, Carlos Ghosn, et sa femme Carole, le 8 mars 2019 à Tokyo. Photo Reuters
L’épouse de Carlos Ghosn, revenue au Japon après son départ précipité, a été interrogée hier au tribunal de Tokyo sur les nouveaux soupçons de malversations reprochées à l’ancien PDG de Renault-Nissan, selon son avocat. Carole Ghosn « a répondu en toute sincérité comme elle en avait fait le serment », a déclaré Junichi Hironaka, principal défenseur japonais de l’ex-grand patron, sans donner davantage de détails de cette audition qui a duré un peu moins de trois heures. Elle était arrivée en début d’après-midi au tribunal, accompagnée d’une de ses proches et d’un autre avocat de l’équipe de défense de Carlos Ghosn, ont constaté des photographes de l’AFP.
Selon Me Hironaka, ce sera la seule audition de Mme Ghosn qui a été interrogée en tant que témoin dans le dernier volet de l’affaire, celui qui vaut à M. Ghosn d’être retourné le 4 avril en prison, un mois à peine après sa libération sous caution.
Le Franco-Libano-Brésilien, âgé de 65 ans, est soupçonné par le parquet d’avoir détourné des fonds de Nissan via un distributeur de véhicules du constructeur japonais à l’étranger. Il s’agit du sultanat d’Oman, selon une source proche du dossier. D’après des éléments de l’enquête interne de Nissan, une partie de ces sommes a abouti sur les comptes d’une société dirigée par Carole Ghosn, « Beauty Yachts », enregistrée dans les îles Vierges britanniques. L’argent aurait servi à l’achat d’un luxueux bateau, d’un coût de 12 millions d’euros (soit 13,5 millions de dollars), a précisé la même source. Interrogé par l’AFP, le tribunal de Tokyo s’est refusé à tout commentaire.Carole Ghosn avait quitté le Japon en fin de semaine dernière après la nouvelle arrestation de son mari, affirmant qu’elle s’était « sentie en danger ». Son passeport libanais lui a été confisqué, mais elle avait voyagé avec un document américain.
Mme Ghosn « est retournée au Japon », « c’est bien la preuve qu’elle n’a jamais entendu fuir qui que ce soit », avait déclaré mercredi à l’AFP l’avocat français de la famille, François Zimeray. « C’était important pour elle d’y être et de ne rien faire qui puisse nuire à son mari », avait-il ajouté. Me Hironaka n’a pas précisé si elle allait rester au Japon.Carlos Ghosn, qui a déjà été inculpé trois fois mais clame son innocence, se trouve quant à lui au centre de détention de Kosuge (nord de Tokyo), où il avait déjà passé 108 jours auparavant. Son équipe de défense japonaise a déposé mercredi un recours devant la Cour suprême pour tenter de le faire libérer.
« Des actes inhumains »
Selon Reuters, ses avocats ont indiqué, dans des documents consultés hier par l’agence, que l’arrestation « illégale » de M. Ghosn a interrompu le traitement suivi par l’ancien patron de Nissan pour insuffisance rénale chronique. Selon ces documents, cette arrestation a pour objectif d’entraver la préparation de la défense de l’ancien patron de Renault et de Nissan et de lui extorquer des aveux. Carlos Ghosn souffre d’un taux de cholestérol élevé et le traitement qu’il suit a provoqué une insuffisance rénale chronique et une rhabdomyolyse, maladie qui entraîne la destruction de cellules musculaires, indiquent ses avocats. Interrompre son traitement pour « la commodité de l’enquête des procureurs » était « inhumain », estime la défense de M. Ghosn dans ce document.
Ces documents incluent également un compte-rendu de Carole Ghosn. Cette dernière accuse les procureurs de l’avoir empêchée de contacter son avocat le matin de la nouvelle arrestation de son mari. Elle affirme avoir été soumise à plusieurs reprises à des fouilles corporelles, avoir été contrainte de maintenir la porte de la salle de bains ouverte lors de l’utilisation des toilettes et avoir dû se déshabiller en présence d’une enquêtrice pour prendre une douche. « J’ai eu l’impression qu’ils m’humiliaient et me contraignaient par ces actes inhumains », dit Carole Ghosn dans son récit daté du 4 avril.
Sources : agences


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