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Liban

Aleida Guevara, fille du Che : La révolution, je suis née avec

Rencontre

Aleida Guevara connaît son père grâce aux souvenirs de ses camarades et aux valeurs que sa mère lui a inculquées.


08/04/2019

« Je ne sais pas si je me souviens bien de mon père ou si c’est grâce à ses photos et aux histoires que les autres me racontent que je crois m’en souvenir », confie à L’Orient-Le Jour Aleida Guevara, la fille aînée d’Ernesto Guevara, dit le Che, et d’Aleida March, révolutionnaire cubaine de qui le chef de guérilla devenu légende était tombé amoureux.

De passage à Beyrouth, Aleida, pédiatre cubaine âgée de 58 ans, raconte qu’elle a vu son père pour la dernière fois avant le départ de ce dernier pour le Congo, alors qu’elle avait quatre ans et demi. Le Che est mort un an et demi plus tard, assassiné en Bolivie. Elle avait six ans.

« La révolution, je suis née avec. C’est comme quand on naît avec une certaine religion. On est éduqué d’une certaine façon et puis, une fois adulte, on se fait un chemin avec les valeurs qui ont été inculquées », dit-elle.

Aleida Guevara a choisi de lutter pour le respect des droits de l’homme dans les pays en développement, soutenant aussi les peuples autochtones d’Amérique latine, la cause de la Palestine, les enfants dans les pays en guerre et tous les opprimés de ce monde. Malgré les barrières de la langue et celles nées des différences politiques, elle parvient à communiquer facilement ses émotions à ses auditeurs, comme lorsqu’elle chante à la mémoire de son père, lors des conférences qu’elle anime, ou quand elle défend la cause des enfants privés de médicaments à cause des embargos et des guerres.

« J’en ai assez de répondre aux mêmes questions des journalistes. Depuis trente ans, je ne fais que ressasser la même rengaine », soupire-t-elle.

De qui tient-elle sa jolie voix? Elle éclate de rire et répond : « Quand j’étais petite, j’avais les oreilles fragiles, je faisais des otites récurrentes. Ma mère me chantait la même berceuse comme un disque rayé et je finissais par m’endormir. Quand mon père rentrait tard dans la nuit, même si je dormais, il me prenait dans ses bras et me réveillait, car il n’avait pas l’occasion de me voir souvent. Je me remettais à pleurer et ma mère devenait furieuse. Il se mettait donc à me chanter des berceuses et tout le monde sait que le Che chantait comme une casserole, même quand il s’agissait de chants révolutionnaires », dit-elle, répétant les berceuses de sa mère et de son père en imitant leur voix.

« Durant mon enfance, ma mère nous a toujours dit qu’il y aura trois catégories de personnes qui nous entourerons, des gens qui voudront nous protéger, d’autres qui s’attendront à beaucoup de choses de nous et d’autres encore qui nous traiteront normalement. Elle nous a éduqués bien sûr dans l’esprit de la révolution, nous inculquant les valeurs pour lesquelles mon père a lutté », dit-elle.

Aleida Guevara a une sœur et deux frères. Celia est vétérinaire et biologiste, Camilio est avocat et Ernesto travaille dans le tourisme. « Quand nous étions petits, nous n’avons bénéficié d’aucun privilège. Quand mon père est mort, ma mère ne permettait pas à ses camarades de nous offrir des cadeaux. “Vous devez avoir les pieds sur terre et vous devez mériter ce que vous avez”, nous disait-elle. Nous avons vécu des périodes difficiles. Ma mère cousait les pantalons de mes frères avec le tissu de ses vieilles chemises. Nous avons vécu comme tous les enfants cubains sans jamais être éloignés de la communauté », poursuit-elle.


« Tio » Fidel
Elle parle aussi de sa première rencontre avec l’ex-numéro un cubain Fidel Castro, un homme qu’elle considère comme son second père et qu’elle a toujours appelé tio (tonton en espagnol). C’est un événement duquel les autres lui ont parlé car elle était trop petite pour s’en souvenir. Elle avait à peine quatre mois, et c’était la crise de la baie des Cochons (avril 1961) quand les Américains avaient débarqué sur les côtes cubaines pour une tentative d’invasion militaire, finalement ratée.

« Les États-Unis la désigne par la baie des Cochons, pour nous cette plage s’appelle Playa Giron! » s’exclame-t-elle. « Mon père a été blessé au front et ma mère, inquiète, est partie le rejoindre, me laissant chez Celia Sanchez (devenue elle aussi symbole de la révolution cubaine). Inquiet pour moi, Fidel Castro est venu le jour même pour s’occuper de moi. Je pense que depuis ce jour-là, il me considérait comme sa fille », dit-elle. Pour Aleida Guevara, Fidel Castro est un second père. « Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à lui. Tous les jours, je réalise l’impact de son absence », dit-elle.

Elle évoque un souvenir personnel. « Il tenait à assister à mon mariage. Comme il avait été retenu par le président yougoslave qui était en visite à Cuba, il a fini par l’amener avec lui à la cérémonie, qui s’est finalement déroulée à 23h30. Il est venu avec tous les gardes du corps et je n’avais qu’une bouteille de champagne car j’avais invité très peu de monde. Fidel Castro est présent sur toutes les photos de mon mariage, je n’ai pas une où je figure seule avec mon mari. Il est toujours au milieu de l’image », raconte-t-elle dans un grand rire.

Quelle est l’injustice qui la révolte le plus ? « La souffrance des enfants », répond sans hésiter cette pédiatre qui a travaillé entre autres au Nicaragua et en Angola. Elle se souvient : « En Angola, je devais soigner, une fois, trois enfants qui souffraient de la même maladie, mais les médicaments suffisaient uniquement à l’un d’entre eux. Et j’avais à choisir. Je ne pouvais sauver qu’un seul. » Sa voix s’étrangle, ses larmes coulent, elle marque une longue pause, puis poursuit : « À Cuba, des enfants meurent à cause de maladies qu’on peut traiter, mais les États-Unis refusent de nous vendre le médicament. » Mais son credo politique ne faiblit pas pour autant : « Malgré la pauvreté et les injustices, les peuples et les individus trouvent toujours la force de lutter et de se sacrifier pour faire valoir leurs droits », dit-elle sans hésiter.

Aleida Guevera est mère de deux filles, l’une est une économiste qui aime le chant et la danse et l’autre est médecin en cours de spécialisation en chirurgie.



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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

C,ETAIT LA REVOLUTION OU LE TERRORISME ?

Yves Prevost

J'avoue ne pas comprendre comment elle peut à la fois " lutter pour le respect des droits de l’homme " et "chanter à la mémoire de son père", ce fou sanguinaire. Lui qui a créé le premier camp de concentration pour les opposants au régime castriste, lui qui aimait tant participer au peloton d'exécution chargé de fusiller les hommes qu'il avait lui-même condamnés.

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