Liban

Berry en Irak pour un dialogue entre Téhéran et Riyad ?

Décryptage
08/04/2019

C’est pratiquement au moment où le président de la Chambre achevait une visite qualifiée « d’historique » en Irak que le quotidien émirati The National annonçait l’intention de l’administration américaine d’inclure dans ses nouvelles sanctions des personnalités proches de Nabih Berry et membres du mouvement Amal qu’il préside.

Les deux faits n’ont peut-être aucun lien entre eux, mais très rapidement, des analyses ont commencé à circuler dans certains médias sur la volonté du président de la Chambre de se démarquer du Hezbollah, surtout après que l’administration américaine, selon l’article de The National, a indiqué à ses interlocuteurs libanais qu’elle n’accepte plus « les positions en demi-teintes ». Il faudrait donc désormais choisir son camp : soit avec le Hezbollah et l’Iran, soit contre eux.

Selon ces analyses, le moment le plus important de la visite de Nabih Berry en Irak aurait été sa rencontre, très médiatisée, avec l’autorité religieuse chiite du pays, l’ayatollah Sistani. L’idée sous-jacente de l’insistance sur cette visite est subtile. Elle viserait à montrer que M. Berry et son mouvement prennent leurs distances avec l’autorité religieuse de Qom (Iran) pour s’aligner sur celle de Najaf (Irak). Ce serait aussi en quelque sorte une tentative de relancer la rivalité entre ceux qu’on appelle les chiites arabes, dont l’autorité religieuse est installée à Najaf, et les chiites d’Iran qui relèvent de l’autorité de Qom. En se rapprochant des chiites relevant de l’ayatollah Sistani, le président de la Chambre prendrait ainsi ses distances avec l’autorité religieuse d’Iran à laquelle le Hezbollah a prêté allégeance, et chercherait ainsi indirectement à rassurer l’administration américaine sur sa véritable position et sur son allégeance religieuse.

Toutefois, des sources proches du 8 Mars rejettent cette interprétation. Selon ces mêmes sources, il y a toujours eu une différence entre l’approche religieuse de Berry et du mouvement Amal d’une part, et celle du Hezbollah de l’autre. Du vivant de l’uléma Mohammad Hussein Fadlallah, M. Berry faisait partie de son école religieuse qui ne reconnaissait pas, par exemple, le pouvoir absolu de la wilayet el-faqih, comme c’est le cas en Iran. Mais cette divergence dans l’allégeance religieuse n’a jamais empêché Nabih Berry et le mouvement Amal d’avoir une alliance solide et stratégique avec le Hezbollah, au point qu’aussi bien Hassan Nasrallah que le président de la Chambre ont déclaré à plusieurs reprises qu’Amal et le Hezbollah sont un même esprit dans deux corps.

Les sources proches du 8 Mars affirment ainsi qu’il ne faut pas chercher des conflits là où il n’y en a pas, ni miser sur un « divorce » entre Amal et le Hezbollah, dans la foulée de la visite de M. Berry en Irak.

Toujours selon les mêmes sources, Nabih Berry et ses partisans n’ont jamais caché leurs convictions religieuses plus proches de l’école chiite de Najaf que de celle de Qom. Mais ce sont des considérations théologiques qui n’ont aucun impact sur les relations sociales, politiques et autres. Sur ce plan, il y a eu des divergences plus graves, par exemple lors de l’élection du général Michel Aoun à la présidence qui était appuyée par le Hezbollah, alors que le mouvement Amal préférait la candidature du chef des Marada, Sleiman Frangié. Pourtant, cette divergence de fond n’a pas entraîné des frictions entre les bases respectives des deux formations, et elle n’a eu aucun impact sur l’alliance stratégique et politique entre les deux. Cette alliance est d’ailleurs le fruit d’une conviction profonde chez les états-majors des deux formations qui considèrent qu’elle est dans l’intérêt commun de la communauté chiite. Ce ne sont donc pas quelques menaces véhiculées par les médias qui vont changer quelque chose à cette réalité.

Les sources proches du 8 Mars précisent toutefois que lors de sa visite en Irak et de ses rencontres avec les responsables irakiens, politiques et religieux, le président de la Chambre a proposé une médiation irakienne entre l’Iran et l’Arabie saoudite en raison du rôle important de ce pays entre ces deux grands pays. Berry n’a en effet jamais caché son souhait de voir s’établir un dialogue entre Téhéran et Riyad dans l’intérêt des musulmans, et de la région en général. Il a évoqué ce thème à plusieurs reprises et a estimé que sa visite en Irak était l’occasion idéale pour développer cette idée. Il faut d’ailleurs relever le fait qu’au moment où le président de la Chambre était en Irak, une délégation saoudienne de haut rang (sept ministres) y est aussi arrivée pour renforcer la coopération entre Riyad et Bagdad, quelques semaines après la visite spectaculaire du président iranien dans la capitale irakienne.

Les sources du 8 Mars estiment ainsi que ceux qui voient dans la visite de M. Berry en Irak un moyen de se démarquer du Hezbollah et de l’influence de l’Iran se trompent. Au contraire, il prône le dialogue entre Riyad et Téhéran, d’abord parce qu’il est convaincu que la rivalité entre l’Iran et l’Arabie a causé du tort aux musulmans en général et dans plusieurs pays de la région. Il est donc temps qu’elle cesse, ou en tout cas qu’une médiation soit menée pour réduire la tension entre les deux pays phares dans la région et dans le monde musulman. Elle pourrait ainsi être utile pour le Yémen, mais aussi pour la Syrie, en permettant que le rapprochement amorcé avant d’être stoppé entre Damas et certains États du Golfe se confirme. L’initiative de Nabih Berry n’est donc pas, selon les sources du 8 Mars, un rapprochement avec le monde arabe au détriment de l’Iran, mais une tentative de construire des ponts là où d’autres dressent des barrages.



Pour mémoire

Berry clôture sa visite en Irak et s’envole pour Doha

Berry en Irak : "Nous ne céderons pas une goutte d'eau" à Israël


À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

MIROIR ET ALOUETTE

Pour comprendre un chiite il faudrait arriver à traduire la théorie de la relativité de Einstein de l'allemand en japonais et la lire en caractère chinois.

On y perdra son hébreu à la fin de cet exercice.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,ENCENSEMENT MEME INDIRECT SOIT-IL... DE LA TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD... DU PARTI PRIS EST PRESENT COMME D,HABITUDE !

Romulus Maximus

M. Berry en Irak ? Pourquoi il a fini de faire le ménage dans sa maison ? Laissez-moi rire...

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Les messages internes de Nasrallah et leurs différentes interprétations

Pause verte de Suzanne BAAKLINI

Déchets : de l’urgence de sortir de l’improvisation et d’instaurer un vrai débat

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants